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Collège à Bordeaux : quel lycée derrière ?

Beaucoup de parents bordelais choisissent un collège en pensant au lycée qui suivra. Dans le public, ce lien n'existe pas : c'est l'adresse du domicile qui fixe le lycée de secteur, rue par rue. Dans le privé, le collège et le lycée partagent souvent le même site, sans que le passage en seconde soit écrit nulle part.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

À Bordeaux, ce qui décide du lycée : l'adresse, une section internationale ou le privé À Bordeaux, qu'est-ce qui décide du lycée ? Trois chemins vers la seconde, et le collège ne fait partie d'aucun L'adresse du domicile arrêté de la direction académique Lycée public de secteur secteur propre ou commun, vœux Affelnet Dossier et tests sections internationales Magendie, Camille Jullian, Brémontier… hors carte scolaire Dossier et rendez-vous lycées privés sous contrat Grand Lebrun, Tivoli, Saint-Genès… passage en seconde jamais garanti par écrit Le collège fréquenté, une option rare (latin, bilangue) : aucun effet sur l'affectation.
Ce qui décide du lycée à Bordeaux. Sources : arrêté des zones de desserte de la Gironde, lycée Camille Jullian (dérogations), sites des établissements.

Des parents me demandent souvent si tel collège « mène » à Montaigne, ou si Cassignol prépare mieux à Eiffel qu'un autre. La réponse les surprend. Un collège public bordelais ne mène, en droit, à aucun lycée. Ses élèves vont au même lycée parce qu'ils habitent le même quartier, c'est tout. Pour une famille qui déménage ou qui hésite entre deux appartements, ça change beaucoup de choses.

Deux cartes, deux administrations

Le collège de secteur est fixé par le Département de la Gironde. Il se vérifie sur moncollege.gironde.fr, et l'affectation en sixième passe par la procédure Affelnet 6e, à partir de l'adresse du domicile. Le Département modifie ses secteurs de temps en temps : Belcier en 2021, Bègles et Belcier pour la rentrée 2025, Camus, Monséjour et Saint-André en 2019.

Le lycée de secteur, lui, est fixé par la direction académique (DSDEN de la Gironde), dans un arrêté des « zones de desserte des lycées ». C'est un autre découpage, fait par d'autres personnes, qui ne suit pas les limites des collèges. Deux enfants assis côte à côte en troisième peuvent très bien relever de deux lycées différents.

Où recrutent Montaigne, Eiffel et Magendie

Je décris ici le découpage de l'arrêté de décembre 2023, appliqué depuis la rentrée 2024. L'académie l'a mis à jour en septembre 2026, et seul son document fait foi. Avant de signer un bail ou un compromis, vérifiez votre adresse précise sur le site de l'académie de Bordeaux (ac-bordeaux.fr), page « Carte des secteurs de lycées ».

Montaigne a un secteur à lui, mais minuscule : une poignée de rues du centre historique, entre le Grand-Théâtre et les allées de Tourny. La plupart de ses élèves de seconde viennent de deux secteurs communs. Le premier, partagé avec Gustave Eiffel, couvre une grande part du centre et du sud-ouest de la ville, Saint-Genès et Mondésir compris, jusqu'à la limite de Mérignac. Le second, partagé à trois avec Eiffel et Magendie, entoure le parc de Lescure.

Magendie a aussi son propre secteur, au sud-ouest vers Pellegrin et la limite de Pessac, qui mord sur une partie de Talence. Camille Jullian recrute vers le Palais Gallien et Caudéran, avec une partie d'Eysines et du Haillan. Montesquieu prend les Chartrons, Bruges et presque tout Le Bouscat. Brémontier couvre la gare, Saint-Michel et les Capucins, en partie en commun avec Eiffel. Condorcet prend Bacalan et le nord de la ville, François Mauriac la rive droite.

Hors de Bordeaux, c'est plus simple. Mérignac dépend de Fernand Daguin, Pessac de Pape Clément, Gradignan du lycée des Graves. À Talence, Victor Louis et Alfred Kastler partagent un secteur commun, sauf la partie qui relève de Magendie.

Dans un secteur commun, la famille classe les lycées dans ses vœux Affelnet, et c'est la procédure qui départage. Montaigne a présenté sa classe de seconde aux familles le 14 mars en 2026 : c'est là qu'il faut poser la question de l'ordre des vœux, car les modalités peuvent bouger d'une année sur l'autre.

Les collèges des quartiers de Montaigne

Si l'on croise les deux cartes, les quartiers des secteurs communs de Montaigne correspondent à cinq collèges publics : Alain Fournier, Cheverus, Saint-André, Cassignol et Émile Combes. Le lien tient à la géographie et à rien d'autre : un élève de Cassignol qui habite hors de ces secteurs n'a aucune priorité.

Ces collèges ont bonne réputation, et leurs résultats bruts sont bons. La valeur ajoutée raconte une autre histoire.

Ce que disent vraiment les chiffres du brevet

Le ministère calcule pour chaque collège une valeur ajoutée : l'écart entre le taux de réussite au brevet et ce qu'on attendait de ses élèves, vu leur profil. J'explique comment la lire dans l'article sur les lycées bordelais. Sur trois sessions, à Bordeaux, elle donne ceci.

CollègeStatutMoyenne aux écrits 2025Part de mentions TB 2025Valeur ajoutée 2023 · 2024 · 2025
Sainte-Marie Grand Lebrunprivé14,463 %+1 · +1 · +1
Saint-Genès La Salleprivé14,455 %+1 · 0 · +1
Saint-Joseph de Tivoliprivé14,247 %−1 · −1 · −1
Sainte-Marie Bastideprivé13,965 %0 · +1 · +3
Assomption Sainte-Clotildeprivé13,529 %+2 · +1 · +1
Saint-Seurinprivé13,338 %+2 · +4 · +3
Francisco Goyapublic, REP13,552 %−4 · +1 · −1
Alain Fournierpublic12,948 %−2 · −4 · −4
Saint-Andrépublic12,848 %−2 · −3 · 0
Cassignolpublic12,746 %−6 · −8 · −2
Cheveruspublic12,444 %−4 · 0 · +1
Émile Combespublic13,045 %−3 · −4 · 0
Blanquipublic, REP+10,227 %+1 · +8 · +6
Casimir Fidèle (ex-Grand Parc)public, REP9,318 %+6 · +14 · +11

Moyenne des épreuves écrites du brevet, sur 20. Part de mentions très bien rapportée aux candidats (calcul à partir des données publiées). Valeur ajoutée du taux de réussite, en points. Source : DEPP, indicateurs de valeur ajoutée des collèges, sessions 2023 à 2025.

Les grands privés ont les moyennes les plus hautes de la ville et des taux de mentions très bien impressionnants, 63 % à Grand Lebrun en 2025. Leur valeur ajoutée tourne autour de zéro : ils accueillent de bons élèves et les mènent là où on les attendait. Les publics réputés du centre font pareil, en un peu moins bien. Alain Fournier est resté sous l'attendu trois années de suite, Cassignol a touché −8 en 2024.

Les collèges qui font progresser leurs élèves plus que prévu sont ailleurs. Saint-Seurin, un petit privé, est entre +2 et +4. Casimir Fidèle, en éducation prioritaire, a atteint +14 en 2024. Ces établissements ne fabriquent pas de grosses colonnes de mentions, mais leurs professeurs obtiennent davantage de leurs élèves que leur profil ne le laissait prévoir.

Une dernière colonne mérite un coup d'œil, absente du tableau : le taux d'accès de la sixième à la troisième dans le même établissement. Il descend à 58 % à Notre-Dame en 2023 et entre 76 et 83 % à Albert le Grand. Quand une partie des élèves part en route, les résultats de ceux qui restent paraissent meilleurs.

Le privé, sept ans sous le même toit ?

Le privé sous contrat ne connaît pas la carte scolaire. Grand Lebrun, Saint-Genès, Tivoli, Sainte-Marie Bastide et l'Assomption ont chacun un collège et un lycée sur le même site, et beaucoup de familles y voient un parcours d'un seul tenant. Je n'ai trouvé, dans aucun de ces établissements, de document qui garantisse le passage en seconde. Les chiffres du lycée invitent d'ailleurs à la prudence : en 2025, seuls 79 % des élèves de seconde de Saint-Genès et 83 % de ceux de Grand Lebrun ont obtenu le bac dans l'établissement, respectivement 12 et 8 points sous l'attendu. Je compare ces maisons en détail dans l'article sur les grands lycées privés.

Tivoli est le seul dont j'ai trouvé, publiée noir sur blanc, la procédure d'entrée en sixième pour 2026. Les dossiers y sont étudiés « dans l'ordre d'arrivée », avec une priorité aux fratries et aux enfants qui viennent d'écoles catholiques du secteur, puis un rendez-vous avec le responsable de niveau ou le chef d'établissement. Le collège propose une bilangue anglais-allemand de 3 heures par langue, de la sixième à la troisième. Pour les autres, je n'ai pas trouvé les règles publiées : demandez-les tôt, dès l'automne du CM2, avec cette idée en tête que l'ordre d'arrivée peut compter.

La dérogation, ce qu'on peut en attendre

Pour entrer dans un lycée public hors de son secteur, il faut une dérogation, et c'est la DSDEN qui décide. Camille Jullian publie l'ordre des priorités : handicap, prise en charge médicale à proximité, élève boursier, frère ou sœur déjà dans le lycée, domicile en limite de secteur, puis parcours particulier. Les seuls motifs pédagogiques que le lycée cite sont la LVB russe et certaines spécialités de première. Et il ajoute une phrase que chaque parent devrait lire avant de choisir le latin en cinquième pour de mauvaises raisons : « Un enseignement optionnel ne peut pas être dérogatoire. »

Le latin, le grec, une bilangue rare au collège ne donnent donc aucun droit à un lycée. Un site immobilier qui traite de la carte scolaire bordelaise donne le même conseil à ceux qui achètent : ne pas compter sur une dérogation.

Il reste une voie publique qui ne dépend pas de l'adresse : les sections internationales, sur dossier et sur tests, à Alain Fournier, Cheverus et Goya au collège, puis à Magendie, Camille Jullian et Brémontier au lycée. Elles s'adressent à des enfants bilingues. Je les détaille dans l'article sur le BFI à Bordeaux.

Ce que je regarderais à la place du nom

Si l'adresse est déjà fixée, le collège de secteur fait l'affaire dans la grande majorité des cas, et je le dis sans détour aux parents qui m'interrogent. Le collège compte surtout par deux choses que les classements ne mesurent pas : la régularité du travail qu'il exige et le niveau réel des contrôles de maths en quatrième et en troisième.

C'est en quatrième que tout se joue en maths. Le calcul littéral arrive, avec les puissances, les équations, le théorème de Pythagore et les premières vraies démonstrations. Un élève qui sort de troisième en sachant développer, factoriser et rédiger un raisonnement de trois lignes entre en seconde à Montaigne, à Eiffel ou à Tivoli sans difficulté particulière. Les DS de seconde que je vois passer dans ces lycées supposent tous ces acquis dès la rentrée.

Mon travail avec les élèves bordelais que j'accompagne au collège porte là-dessus : reprendre ce qui n'a pas été compris, faire écrire les raisonnements au propre, et avancer un peu sur le programme suivant pour que la seconde ne soit pas un choc. Ça se fait sur une ou deux années, pas en un été.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves bordelais dès le collège, parce que la seconde se prépare en quatrième, avec le calcul littéral et les premières démonstrations. Je prends ces chapitres avant la classe.

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