Comment apprendre son cours de maths, et le comprendre
Un cours de maths s'apprend en deux temps, et le second compte plus que le premier. Le soir même, une demi-heure cahier fermé : réécrire les définitions et les hypothèses des propriétés, refaire l'exemple de la classe en justifiant chaque ligne. Puis on y revient deux ou trois jours plus tard, et encore la semaine suivante. Comprendre se vérifie ensuite par des tests précis, comme changer un nombre dans l'exemple ou retirer une hypothèse pour voir la propriété tomber.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
« Le cours, je le connais, c'est les exercices que je ne sais pas faire. » La phrase est fréquente, et c'est souvent sa première moitié qui est fausse. Reconnaître son cours quand on le relit ne veut pas dire savoir l'écrire. Demandez la définition d'une fonction croissante sans regarder : « une fonction qui monte » est une réponse courante. Avec cette phrase-là, aucun exercice ne tombe, et l'élève en conclut qu'il est mauvais en exercices alors que son cours n'est pas su assez précisément pour servir.
Ce qu'il y a à apprendre dans un cours de maths
Un chapitre de lycée contient cinq sortes de choses, et elles ne s'apprennent pas de la même façon.
Les définitions, au mot près
Une définition de maths se sait par cœur, virgules comprises, parce que chaque mot sert dans une preuve. En seconde, f est croissante sur un intervalle I si, pour tous réels a et b de I, a < b entraîne f(a) ≤ f(b). « Pour tous » n'est pas décoratif : vérifier l'inégalité pour a = 1 et b = 2 ne prouve rien. Un élève qui connaît la phrase exacte sait ce qu'on attend de lui quand l'énoncé dit « montrer que f est croissante ». Celui qui retient « elle monte » regarde la courbe et n'a rien à écrire.
Les propriétés, avec leurs hypothèses
C'est la partie que les élèves apprennent le plus mal, parce qu'ils retiennent la conclusion et oublient les conditions. En première : si f′(x) > 0 pour tout x d'un intervalle I, alors f est strictement croissante sur I. Le mot intervalle a l'air anodin. Prenez f(x) = −1/x. Sa dérivée vaut 1/x², strictement positive partout où elle est définie, et pourtant f(−1) = 1 alors que f(1) = −1. La fonction n'est pas croissante sur son ensemble de définition, qui n'est pas un intervalle.
Les méthodes types
Chaque chapitre contient trois ou quatre questions qui reviennent dans tous les contrôles, avec une marche à suivre. En première, « montrer que (vn) est géométrique » : on exprime vn+1 en fonction de vn, rien d'autre. Si un+1 = 0,5un + 3 et vn = un − 6, on écrit vn+1 = 0,5un + 3 − 6 = 0,5un − 3 = 0,5(un − 6) = 0,5vn. Une méthode s'apprend sous forme de phrase (« pour montrer que…, je… ») et surtout en la refaisant.
Les démonstrations au programme
Les programmes officiels listent des démonstrations que l'élève doit savoir refaire. En seconde, le programme de 2026 garde par exemple l'irrationalité de √2. En terminale, le programme en vigueur demande de démontrer que toute suite croissante non majorée tend vers +∞. Celles-là ne s'apprennent pas comme un texte. On retient l'idée et l'enchaînement en trois ou quatre étapes : pour √2, on suppose √2 = p/q en fraction irréductible, on obtient p² = 2q², donc p est pair, puis q aussi, ce qui contredit l'irréductibilité. Un élève qui sait refaire cette preuve sait aussi raisonner par l'absurde dans un exercice qui ne lui ressemble pas, et c'est pour cela qu'elle est au programme.
Les exemples traités en classe
On les néglige parce qu'ils ont l'air faciles. Ce sont pourtant eux qui montrent comment la définition et la propriété servent sur un cas réel. Mieux vaut en garder un par notion et le refaire seul que d'en relire trois.
Réciter et savoir utiliser
Un élève de première peut écrire Δ = b² − 4ac sans hésiter et rester bloqué devant x⁴ − 5x² + 4 = 0, parce que rien ne lui dit qu'il s'agit d'un second degré en X = x². En terminale, le même piège revient avec e2x − 3ex + 2 = 0. Savoir utiliser, c'est reconnaître la situation dans laquelle un énoncé du cours s'applique quand l'exercice ne la nomme pas.
Cette reconnaissance s'appuie sur le par-cœur, elle ne le remplace pas. On n'identifie pas un second degré déguisé si l'on ne sait pas exactement à quoi ressemble un second degré. Les élèves les plus à l'aise ont donc tout intérêt à apprendre aussi leurs définitions au mot près.
Le soir du cours : une demi-heure, cahier fermé
Le cours se travaille le jour même, pas la veille du contrôle. Le soir, la notion est encore fraîche et les questions aussi. Pour un cours d'une heure, comptez une demi-heure, dans cet ordre.
- Cinq minutes, cahier fermé : écrire les définitions et les propriétés du jour, hypothèses comprises. Puis ouvrir le cahier et corriger d'une autre couleur.
- Dix minutes : refaire l'exemple de la classe sur une feuille blanche, en écrivant en marge pourquoi chaque ligne est permise. « J'ai le droit de diviser par x parce que x est non nul. »
- Dix minutes : un exercice d'application du manuel, que la classe n'a pas traité.
- Deux minutes : noter la question qui reste, pour le professeur, le lendemain.
Le deuxième geste s'appuie sur une étude de 1989 devenue une référence. Michelene Chi et ses collègues de l'université de Pittsburgh ont fait parler à voix haute des étudiants qui étudiaient des exemples corrigés de mécanique. Ceux qui réussissaient ensuite les problèmes se distinguaient par la quantité d'explications qu'ils se donnaient à eux-mêmes en lisant : pourquoi cette étape, d'où vient cette condition. Les autres lisaient les lignes les unes après les autres. L'étude ne portait que sur huit étudiants, mais l'effet d'auto-explication a été retrouvé depuis dans de nombreuses études.
L'objection habituelle est que réécrire de mémoire fait apprendre par cœur, pas comprendre. En 2011, Jeffrey Karpicke et Janell Blunt, à l'université Purdue, ont comparé des étudiants qui essayaient de restituer un texte de sciences de mémoire et d'autres qui en construisaient une carte conceptuelle. Une semaine plus tard, les premiers faisaient mieux, y compris sur les questions qui demandaient de relier des idées que le texte ne reliait pas, ce qui mesure bien de la compréhension.
Puis revenir, et à quel rythme
Un cours vu une seule fois, même bien, s'efface. Ce qui le fixe, c'est d'y revenir après un délai. En 2007, Doug Rohrer et Kelli Taylor, à l'université de Floride du Sud, ont appris à 66 étudiants à compter les permutations d'un mot comportant des lettres répétées. Tous faisaient le même nombre d'exercices. Les uns les enchaînaient en une séance, les autres les répartissaient sur deux séances séparées d'une semaine. Au test, une semaine plus tard, les premiers réussissaient 49 % des problèmes, les seconds 74 %.
Quel délai choisir ? Une étude de Nicholas Cepeda et ses collègues, publiée en 2008 et menée sur plus de 1 350 personnes, donne un ordre de grandeur. Pour un test dans une semaine, le meilleur moment pour revoir se situe autour de 20 à 40 % de ce délai, soit un à trois jours après la première étude. Pour retenir pendant un an, l'écart idéal s'allonge en valeur absolue mais ne représente plus que 5 à 10 % du délai.
Pour un chapitre de lycée, j'en tire un calendrier simple. Le soir du cours, la demi-heure décrite plus haut. Deux ou trois jours après, dix minutes : réécrire de mémoire, refaire l'exemple. Une semaine à dix jours après, encore dix minutes, cette fois avec un exercice nouveau. Puis à chaque nouveau chapitre, un exercice d'un chapitre précédent. Dans une seconde expérience, Rohrer et Taylor ont montré qu'un entraînement mêlant plusieurs types de problèmes faisait moins bien pendant les séances (60 % contre 89 %) mais beaucoup mieux au test une semaine plus tard (63 % contre 20 %), sur un petit groupe de dix-huit étudiants. La semaine du contrôle a sa propre logique, décrite dans l'article sur comment réviser un contrôle de maths.
Comment comprendre les maths, et le vérifier
Le sentiment de comprendre naît dès qu'une explication est claire, même quand on serait incapable de la reproduire, et il ne prouve donc rien. Quatre tests le vérifient, du plus facile au plus exigeant.
Refaire l'exemple sans regarder
Feuille blanche, cahier fermé. Si l'élève bloque à la troisième ligne, il sait exactement où reprendre.
Changer un nombre
Reprenons la suite un+1 = 0,5un + 3. Si l'on remplace 0,5 par 2, quelle suite vn devient géométrique ? Un élève qui a retenu « on retranche 6 » est perdu. Celui qui a compris que 6 est la solution de ℓ = 0,5ℓ + 3 résout ℓ = 2ℓ + 3, trouve ℓ = −3, et pose vn = un + 3. Changer un nombre sépare instantanément ce qui a été mémorisé de ce qui a été compris.
Expliquer à voix haute
À un parent, à un camarade, ou à personne. L'endroit où l'explication devient vague (« et là, on fait le truc ») est l'endroit à retravailler.
Retirer une hypothèse et chercher le contre-exemple
Le test le plus exigeant, et le meilleur. On prend une propriété, on enlève une condition, et on cherche un cas où la conclusion devient fausse. Sans « intervalle », la propriété sur la dérivée tombe avec −1/x. On peut aussi tester la réciproque : f(x) = x³ est strictement croissante sur ℝ alors que f′(0) = 0, donc « f strictement croissante » n'entraîne pas « f′ > 0 partout ». Un élève capable de produire ces exemples a compris pourquoi chaque mot de l'énoncé est là. C'est aussi ce qui distingue, à la fin, un élève bon en maths d'un élève qui s'en sort : le premier sait ce qui se passe quand on sort du cadre du cours.
Selon la classe
En troisième, l'enjeu est surtout de connaître les propriétés de géométrie avec leurs conditions, Pythagore et sa réciproque, Thalès et la configuration exigée. En seconde, les définitions prennent de l'importance (fonction croissante, intervalle, valeur absolue) et les premières démonstrations apparaissent. En première, le volume du cours augmente brutalement avec la dérivation et les suites, et l'apprentissage du jour même devient difficile à rattraper ensuite. En terminale, les énoncés se chargent de quantificateurs (« pour tout », « il existe ») et le raisonnement par récurrence s'ajoute ; une hypothèse oubliée dans une limite coûte une question entière. Pour les points perdus sur la façon d'écrire, voyez comment bien rédiger en maths.
Ce que j'en fais en séance
Les élèves que je suis voient le chapitre avec moi avant que la classe l'aborde. Le cours du professeur devient alors une deuxième rencontre, et la demi-heure du soir une troisième : l'espacement est installé sans effort supplémentaire. Quand la moyenne a déjà décroché, le point de départ est différent, et je l'ai décrit dans comment remonter sa moyenne en maths.
Greg Mittelette
Je prends les chapitres avant la classe, donc le soir du cours l'élève revoit une notion qu'il a déjà travaillée. Entre deux séances, il peut m'appeler quand une démonstration résiste.
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