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Arrêter les maths en terminale : ce qui se ferme, ce qui reste ouvert
Arrêter la spécialité maths en fin de première est courant et souvent raisonnable. Arrêter toute forme de maths l'est beaucoup moins : sans spécialité ni maths complémentaires, un élève renonce aux prépas scientifiques et économiques, aux écoles d'ingénieurs et à la plupart des licences d'économie. Le droit, les lettres, les langues, l'histoire et les arts restent ouverts. Pour un élève qui hésite encore sur ses études, les trois heures de maths complémentaires coûtent peu et évitent de fermer une porte à dix-sept ans.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Chaque printemps, en première, une partie des élèves qui ont pris la spécialité maths décident de ne pas la garder. Ils sont nombreux : à la rentrée 2025, deux élèves de première sur trois suivaient la spécialité, mais moins d'un élève de terminale sur deux. Cette décision n'a rien d'anormal, puisque la réforme du lycée oblige à abandonner une spécialité sur trois. Le problème vient d'une confusion que j'entends souvent chez les parents : on parle d'« arrêter les maths » alors que l'élève arrête la spécialité. Ce sont deux décisions différentes, qui ne ferment pas les mêmes portes.
Arrêter la spécialité ou arrêter les maths
En terminale générale, un élève qui ne garde pas la spécialité maths peut prendre l'option maths complémentaires, trois heures par semaine. S'il ne la prend pas, il n'a plus aucun cours de maths jusqu'au bac. D'après la DEPP, c'est le cas d'environ quatre élèves de terminale générale sur dix.
L'option complémentaires a été pensée exactement pour la situation qui inquiète les parents. Son programme officiel la destine aux élèves qui abandonnent la spécialité mais ont besoin de maths pour leurs études, « en particulier en médecine, économie ou sciences sociales ». Si l'hésitation porte plutôt sur le choix entre les deux options de terminale, je la traite dans l'article sur maths expertes ou maths complémentaires. Ici, la question est plus brutale : que perd un élève qui n'a plus de maths du tout ?
Ce que l'abandon complet ferme
Sans aucune maths en terminale, certaines formations deviennent inaccessibles en pratique, d'autres très difficiles.
- Les prépas scientifiques (MPSI, MP2I, PCSI, PTSI) et les écoles d'ingénieurs post-bac, qui attendent en pratique la spécialité maths en terminale : avec les seules complémentaires, un dossier y a très peu de chances.
- Les prépas économiques et commerciales ECG. La foire aux questions d'une prépa ECG publique résume la règle : la seule condition pour candidater est de ne pas avoir abandonné les maths en première et en terminale. La spécialité ou les complémentaires conviennent ; rien, non.
- Les licences d'économie et de gestion, dont les attendus nationaux demandent de disposer des compétences mathématiques et statistiques indispensables à ces disciplines. Un dossier sans maths de terminale y part avec un handicap net, et la première année, faite de statistiques et de microéconomie, le confirme souvent.
- Les licences de maths, de physique, d'informatique, et une partie des BUT scientifiques, où les maths de terminale servent dès le premier semestre.
Pour les études de santé, la situation est moins tranchée. Les facultés n'exigent pas, en général, la spécialité maths, mais la première année comporte des statistiques et de la physique qui supposent du calcul. Les élèves en physique-chimie et SVT l'ont bien compris : à la rentrée 2025, 82 % d'entre eux suivaient les maths complémentaires. C'est la combinaison que je conseille pour un projet de médecine.
Ce qui reste ouvert
Beaucoup de choses, et les élèves qui arrêtent les maths par goût d'autre chose plutôt que par fuite ont raison de le savoir. Les licences de droit, de lettres, de langues, d'histoire, de philosophie, d'arts, les écoles d'art, les études de journalisme ou de communication ne demandent pas de maths en terminale. Une bonne partie des formations de sciences politiques non plus, même si certaines épreuves écrites ou orales font une place aux données chiffrées.
Il y a une catégorie à part : les études qui ne demandent pas de maths au dossier mais en font en première année. La psychologie en est l'exemple le plus courant, avec ses statistiques dès le premier semestre. La sociologie et la géographie aussi. Un élève qui s'y destine peut arrêter les maths ; il doit seulement savoir qu'il les retrouvera, et qu'il les retrouvera sans les avoir pratiquées depuis plus d'un an.
Ce que Parcoursup lit vraiment
L'abandon de la spécialité ne fait pas disparaître les maths du dossier. Les commissions voient les bulletins de première en entier, donc la note de spécialité maths de toute l'année. Elles voient aussi le résultat de l'épreuve anticipée de maths de juin, que tous les élèves de première passent depuis 2026. Au bac, la spécialité suivie seulement en première compte pour 8 coefficients, sur la moyenne annuelle.
Deux conséquences pratiques. Un élève qui a décidé d'arrêter la spécialité n'a aucun intérêt à lâcher l'effort au troisième trimestre de première : cette moyenne reste dans son dossier et dans son bac. Et un élève qui garde les complémentaires doit les prendre au sérieux, parce qu'une note de 15 en option rassure une commission d'économie bien plus qu'une ligne vide. Pour savoir quel niveau il faut pour suivre l'option sans peine, je renvoie à l'article sur la moyenne nécessaire pour chaque enseignement de maths.
Le filet des maths complémentaires
Je conseille l'option à presque tous les élèves qui arrêtent la spécialité sans savoir encore ce qu'ils feront après le bac. L'argument est simple. Trois heures par semaine pendant un an, c'est un coût modeste. En face, l'absence de maths ferme définitivement les prépas ECG et rend une licence d'économie bien plus difficile, deux voies que beaucoup d'élèves découvrent en terminale, quand il est trop tard pour reprendre les maths.
L'option n'est pas un rattrapage de la spécialité. Elle traite de l'exponentielle et du logarithme, des intégrales, des lois de probabilité, à travers des situations à modéliser : une évolution de population, une répartition des richesses, un test médical lu avec la formule de Bayes. Un élève qui a quitté la spécialité parce que les démonstrations l'ennuyaient y trouve souvent des maths plus concrètes, et parfois de meilleures notes.
Les seuls élèves à qui je ne la conseille pas sont ceux dont le projet est clairement fixé sur une filière sans maths, et qui veulent consacrer ces trois heures à une autre option, une langue ancienne ou le droit par exemple, qui servira davantage leur dossier.
Le bon moment pour décider
La décision se prend au deuxième trimestre de première, quand le lycée demande les deux spécialités gardées pour la terminale. C'est trop tôt pour beaucoup d'élèves, qui n'ont pas encore regardé une seule fiche Parcoursup. Je conseille donc aux familles de faire l'exercice dès l'hiver : choisir cinq ou six formations plausibles, ouvrir leur fiche, lire la rubrique sur les attendus et les éléments pris en compte. Dix minutes par formation suffisent pour savoir si les maths de terminale y comptent.
Si l'élève hésite parce que la spécialité lui coûte trop, je cherche d'abord d'où viennent ses difficultés, du niveau de la première ou d'un retard accumulé depuis la seconde. Un retard se reprend en quelques mois avec un travail ciblé. Un vrai désintérêt pour les maths se respecte, et les complémentaires permettent alors de garder un pied dedans sans en faire le centre de son année.
Ce que je fais avec un élève qui arrête la spécialité
Pour un élève qui passe en maths complémentaires, je commence par ce qui manque le plus souvent à la sortie de la spécialité de première : un calcul sûr sur les exponentielles et une lecture correcte d'un énoncé de probabilités. Ensuite, je prends les chapitres de l'option avant la classe, pour que les trois heures hebdomadaires servent à consolider. Et je fais rédiger : une commission qui lit un 16 en complémentaires sait que derrière il y a un élève capable de justifier un résultat, ce qui compte aussi en économie ou en santé.
Greg Mittelette
Avant qu'un élève arrête les maths, je regarde ses copies de première pour savoir si l'envie manque ou si un retard se rattrape. S'il garde les maths complémentaires, je prends les chapitres avant la classe.
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