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Grand oral de maths : choisir un bon sujet et le défendre
Un bon sujet de Grand oral en maths est une vraie question, à laquelle on répond en dix minutes avec des mathématiques du programme de terminale, calculs à l'appui. « Pourquoi faut-il seulement 42 pliages pour qu'une feuille atteigne la Lune ? » en est une. « Les mathématiques dans le sport » n'en est pas une. À partir de la session 2027, les règles changent : dix minutes d'exposé au lieu de cinq, plus de partie sur l'orientation, un coefficient 8, et aucune note apportée dans la salle.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Le Grand oral est l'épreuve que les élèves de spécialité maths redoutent le plus, et celle à laquelle ils se préparent le plus mal. Beaucoup choisissent leur sujet en avril, dans une liste trouvée en ligne, et découvrent en juin qu'ils ne savent pas dire grand-chose de mathématique dessus. Le problème vient presque toujours du choix de la question. Un bon sujet se prépare tout seul, ou presque. Un mauvais ne se rattrape pas, même avec une belle diction.
Les règles du Grand oral à partir de 2027
Une note de service publiée en septembre 2026 a réécrit l'épreuve pour les candidats du bac général à partir de la session 2027. Les changements sont nets.
| Sessions 2022 à 2026 | À partir de la session 2027 | |
|---|---|---|
| Coefficient | 10 | 8 |
| Présentation de la question | 5 minutes | 10 minutes, debout |
| Échange avec le jury | 10 minutes | 10 minutes |
| Projet d'orientation | 5 minutes | Supprimé |
| Matériel | Le support préparé pendant les 20 minutes | Rien d'autre que le nécessaire d'écriture ; un tableau si le candidat le souhaite |
| Questions présentées | Deux, sur les deux spécialités | Deux, avec trois montages possibles : une par spécialité, une par spécialité et une transversale, ou deux transversales |
| Questions non conformes | Rien de prévu dans la note | Pas de passation, convocation à la session de remplacement ; 0 si le problème se répète |
Notes de service du 27 juillet 2021 (Bulletin officiel n° 31 du 26 août 2021) et du 10 septembre 2026 (Bulletin officiel spécial n° 4 du 17 septembre 2026).
Le reste ne bouge pas. Vingt minutes de préparation, vingt minutes d'épreuve. Un jury de deux professeurs de disciplines différentes, dont l'un au moins représente une des spécialités du candidat. Le jury choisit l'une des deux questions, et le texte précise que ce choix est « subordonné aux spécialités enseignées par les membres du jury ». Si aucun des deux n'enseigne les maths, il y a de bonnes chances que la question de maths ne soit pas retenue. Les deux questions doivent donc être prêtes au même niveau.
Une phrase de la nouvelle note mérite d'être lue deux fois : « La formulation et la pertinence de la question ne sont pas des critères de l'évaluation. » On ne perd pas de points pour une question maladroite. Cela ne veut pas dire qu'elle est sans importance. C'est elle qui décide de ce que l'élève pourra montrer pendant dix minutes, et des questions que le jury lui posera ensuite, puisqu'il peut l'interroger sur toute partie du programme de ses spécialités « en lien avec le premier temps ».
Ce qu'est un bon sujet de maths
Je vérifie quatre choses avant de valider une question avec un élève.
D'abord, c'est une question à laquelle on peut répondre. « Comment les mathématiques sont-elles présentes dans l'économie ? » n'a pas de réponse, seulement des exemples. « Pourquoi un capital placé à 3 % par an double-t-il en un peu plus de 23 ans ? » en a une, qui se calcule avec le logarithme.
Ensuite, la réponse passe par des mathématiques du programme du cycle terminal, pas par une anecdote historique ni par une explication qualitative. Si l'on peut faire l'exposé sans écrire une seule ligne de calcul, ce n'est pas un sujet de maths.
Il faut aussi que le niveau corresponde à la terminale. Sur le forum ilemaths, en juin 2021, deux élèves faisaient relire leurs sujets, l'un sur le dénombrement dans un tournoi sportif, l'autre sur l'évolution d'une population. Un intervenant jugeait les calculs présentés « plus proche du Collège que du Bac ». Une question qui se contente de pourcentages successifs ou de quelques produits ne montre rien du niveau de terminale.
Enfin, l'élève doit maîtriser tout ce qu'il dit. Le jury peut l'interroger sur chaque mot de son exposé. Un élève qui parle de la transformée de Fourier parce qu'il l'a vue dans une vidéo sera interrogé sur ce qu'est une intégrale, et c'est là que la note se joue.
Des questions de maths bien posées
Les quatre exemples qui suivent servent à montrer la forme d'une bonne question, pas à être repris tels quels. Un sujet repris tel quel d'une liste se reconnaît vite à l'oral.
« Combien de fois faut-il plier une feuille de papier pour que son épaisseur dépasse la distance de la Terre à la Lune ? » Une feuille de 0,1 mm doublée n fois mesure 0,1 × 2n mm. La distance Terre-Lune, environ 384 400 km, fait 3,844 × 1011 mm. Il faut donc 2n ≥ 3,844 × 1012, ce qui donne n ≥ 41,8 avec le logarithme : 42 pliages. Le sujet mobilise les suites géométriques, le logarithme et la croissance exponentielle, et il se termine sur une vraie discussion : pourquoi aucune feuille réelle ne se laisse plier autant de fois.
« Un test de dépistage positif veut-il dire qu'on est malade ? » C'est une question transversale idéale pour un élève en maths et SVT. Avec un arbre de probabilités et la formule des probabilités totales, on montre qu'un test fiable à 99 % donne une majorité de faux positifs quand la maladie touche moins d'une personne sur cent. Le calcul est simple, la conclusion surprend, et le jury a matière à interroger sur les probabilités conditionnelles.
« Pourquoi la méthode de Newton approche-t-elle √2 aussi vite ? » En partant de 1 et en remplaçant x par (x + 2/x)/2, on obtient 1,5, puis 1,41666…, puis 1,4142156…, alors que √2 vaut 1,4142135… Le nombre de décimales justes double presque à chaque étape. Le sujet relie la tangente, la dérivée, les suites définies par récurrence, et un algorithme écrit en Python. C'est un bon sujet pour un élève qui vise une prépa scientifique.
« À taux égal, pourquoi un placement à intérêts composés finit-il toujours par dépasser un placement à intérêts simples ? » On compare une suite arithmétique et une suite géométrique, puis une fonction affine et une exponentielle. Pour un élève en maths et SES, la question peut devenir transversale en parlant de dette publique ou d'inflation.
Dans les quatre cas, la question annonce un résultat, la réponse se démontre, et l'exposé tient en dix minutes avec un calcul central au tableau.
Les pièges les plus fréquents
- Le sujet trop large, du type « les maths et l'intelligence artificielle ». On parle beaucoup et on ne démontre rien.
- L'exposé d'histoire : la vie de Gauss ou l'histoire de π racontée sans un calcul.
- La question dont la réponse tient en une ligne, ou dont la réponse est un simple « oui ».
- Le contenu au-delà de ce que l'élève maîtrise, pris dans une vidéo ou un article, qui s'effondre à la deuxième question du jury.
- La question « comment » artificielle. En avril 2024, sur ilemaths, un élève proposait « Comment est-il possible de faire des messages cryptés grâce aux suites et congruences ? ». Un professeur lui répondait que le « comment » semblait artificiel, puisqu'il existe une infinité de façons de coder un message, et lui suggérait plutôt la solidité d'un chiffrage. La remarque vaut pour beaucoup de sujets.
Un mot sur les maths expertes. L'arithmétique et les nombres complexes donnent de très beaux sujets, mais la question doit rester adossée aux enseignements de spécialité. Un sujet qui ne reposerait que sur l'option risquerait d'être jugé non conforme : il faut le rattacher au programme de spécialité et le faire valider par le professeur de maths. Les deux options sont comparées dans l'article sur maths expertes ou maths complémentaires.
La préparation, de la première à juin
Le programme de spécialité maths de première demande que le travail oral commence dès la première, pour les élèves qui garderont la spécialité. Peu de lycées en font un vrai entraînement. Un élève qui prend l'habitude d'expliquer un exercice à voix haute en première arrive en terminale avec un avantage réel ; j'en parle aussi dans l'article sur la spécialité maths de première.
En terminale, la question se choisit idéalement avant les vacances d'hiver, quand l'élève a vu assez de chapitres pour savoir ce qui l'intéresse. Le professeur de spécialité doit la valider et signer la feuille ; il vaut mieux lui présenter deux ou trois pistes que d'arriver avec une seule.
Ensuite vient l'écriture. Une trame de dix minutes, pas un texte rédigé. Pourquoi cette question, puis le cœur mathématique, puis la réponse et ses limites. Le calcul central doit pouvoir être refait de mémoire au tableau, puisque l'élève n'aura que ce qu'il écrit pendant ses vingt minutes de préparation.
Enfin, l'entraînement à l'échange, qui compte pour la moitié du temps. Je fais lister à l'élève les questions qu'un jury poserait, puis je lui en pose d'autres, sur les chapitres voisins : un élève qui parle du logarithme doit pouvoir le définir, donner ses propriétés et dériver ln(x). La grille indicative annexée à la note évalue la qualité orale, la prise de parole en continu, les connaissances, l'interaction et la construction de l'argumentation. Les connaissances y pèsent autant que l'élocution.
Comment je prépare un élève au Grand oral de maths
Je pars de ce qu'il aime dans le programme, pas d'une liste de sujets. Nous cherchons ensemble la question qui oblige à faire des mathématiques de son niveau, puis nous vérifions chaque calcul, chaque définition, chaque résultat cité. Les dernières semaines, il présente son exposé debout, sans notes, en temps réel, et je l'interroge comme le ferait un jury, y compris sur les chapitres qu'il pensait hors sujet. Le jour de l'épreuve, il sait qu'aucune question sur son sujet ne le prendra au dépourvu.
Greg Mittelette
Pour le Grand oral, je travaille d'abord le fond mathématique de la question, la présentation ensuite. L'élève doit pouvoir refaire chaque calcul de son exposé et rédiger au niveau des meilleurs établissements.
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