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Mon enfant est nul en maths : que faire ?

Un enfant qui se dit nul en maths a presque toujours raté une marche précise, parfois deux ou trois ans plus tôt, et il a fini par en avoir peur. Les deux se soignent. Le mot « nul », lui, aggrave les choses : il transforme une lacune qu'on peut localiser en trait de caractère qu'on croit définitif.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Part des élèves de 15 ans qui ont peur d'avoir de mauvaises notes en maths, PISA 2012 et 2022 « J'ai peur d'avoir de mauvaises notes en maths » Part des élèves de 15 ans en France qui se disent d'accord · PISA, DEPP 73,0 % 2012, tous 64,2 % 2022, tous 71,9 % 2022, filles 55,6 % 2022, garçons
La peur des mauvaises notes en maths chez les élèves de 15 ans en France. Source : DEPP, Note d'information n° 23.48 (PISA 2022).

C'est une phrase que j'entends souvent au premier appel. Elle vient parfois de l'enfant, souvent du parent, et dans les deux cas elle a été dite assez de fois pour que tout le monde y croie. Je ne la crois presque jamais, et l'optimisme n'y est pour rien. En regardant les copies, on trouve à peu près toujours une explication plus précise que le manque de don, et plus encourageante.

Ce que le mot « nul » recouvre

Quand un enfant dit qu'il est nul en maths, il décrit ce qu'il ressent pendant un devoir, rarement ce qu'il sait faire. Il ressent qu'il ne sait pas par où commencer, et que les autres vont plus vite. Ces sensations sont réelles. Elles ont des causes, et ces causes sont presque toujours situées dans un chapitre ou une règle de calcul qu'on peut nommer.

Les maths ont une particularité qui explique beaucoup de choses. Chaque notion repose sur les précédentes. Un élève peut avoir oublié la Révolution française et réussir son chapitre sur l'Empire. En maths, celui qui n'a jamais vraiment compris les fractions bute en quatrième sur le calcul littéral, puis en seconde sur les fonctions, puis en première sur les dérivées. Il ne voit que le dernier échec. Il en conclut qu'il est nul, alors que le problème date de la sixième.

D'où vient le blocage

Une marche ratée, souvent lointaine

Les fractions, les nombres négatifs, la priorité des opérations, le passage du calcul avec des nombres au calcul avec des lettres : ce sont les marches que je vois le plus souvent ratées. Le ministère lui-même a avancé l'apprentissage des fractions et des décimaux, introduits dès le CE1 avec les programmes entrés en vigueur à la rentrée 2025, précisément parce qu'ils conditionnent tout le reste.

Une marche ratée ne se voit pas tout de suite. L'élève compense par la mémoire et reconnaît les exercices déjà vus. La difficulté éclate plus tard, quand les exercices s'allongent et que la compensation ne suffit plus.

Le jeu change de règles en cours de route

Au collège, beaucoup d'élèves réussissent en appliquant des procédures vues en classe. En seconde, et plus encore en première, les exercices demandent de choisir soi-même l'outil, d'enchaîner plusieurs étapes, de rédiger un raisonnement. Un élève qui avait 15 sans effort peut tomber à 8 en un trimestre. Il n'est pas devenu nul en septembre. Sa façon de travailler, qui suffisait, ne suffit plus, et personne ne lui a dit laquelle la remplace.

La peur, qui finit par décider à la place de l'élève

La peur des maths est mesurée, et elle est très répandue. Dans l'enquête PISA 2022, 64 % des élèves de 15 ans en France disent avoir peur d'avoir de mauvaises notes en maths. C'est moins qu'en 2012, où ils étaient 73 %, mais cela reste deux élèves sur trois. L'écart entre filles et garçons est l'un des plus marqués de l'OCDE : 72 % des filles contre 56 % des garçons.

Un élève qui a peur pendant un devoir ne pense plus correctement. Il saute des lignes, oublie une règle qu'il connaît, abandonne l'exercice dès la première difficulté. La note baisse, ce qui confirme la peur. Ce cercle se forme tôt. Dans l'enquête TIMSS 2023, l'écart de score en maths entre filles et garçons en CM1 est passé de 6 points en 2015 à 23 points en 2023. On voit mal comment les capacités des filles auraient changé en huit ans. Ce qu'on leur renvoie, et ce qu'elles finissent par croire d'elles-mêmes, a sans doute bougé davantage.

Ce que vous pouvez faire à la maison

Commencez par supprimer le mot. Ni « tu es nul », évidemment, ni la version affectueuse, « tu n'es pas fait pour les maths, ce n'est pas grave ». Évitez aussi le « moi non plus je n'étais pas bon en maths », dit pour consoler : l'enfant y entend une explication héréditaire, donc une raison de ne plus essayer. Un enfant a besoin d'entendre qu'il n'a pas encore compris telle chose, et qu'elle s'apprend.

Demandez-lui de vous expliquer, avec ses mots, ce qu'il a compris du chapitre. Vous n'avez pas besoin de maîtriser les maths pour écouter : vous entendrez très vite s'il récite ou s'il comprend. Un enfant qui explique se rend compte lui-même de ce qui lui échappe, et c'est souvent la première fois qu'il le formule.

Ne faites pas les devoirs à sa place, même par petits bouts. C'est la tentation de tous les parents qui s'en sentent capables, et elle produit des devoirs maison justes qui ne préparent à rien. Mieux vaut un exercice laissé inachevé, avec une question écrite pour le professeur, qu'un exercice terminé par un adulte.

Valorisez la manière, plus que la note. Un 9 obtenu en ayant tout cherché seul vaut davantage qu'un 12 obtenu en recopiant. Dites-le. Et quand il se trompe, laissez-le chercher où. Une erreur trouvée par l'élève lui apprend plus que dix erreurs corrigées par un autre.

Pensez enfin à quelques minutes de calcul mental ou écrit chaque jour, sans enjeu. Les automatismes de calcul pèsent lourd dans toutes les classes, et depuis juin 2026 ils ont même une partie dédiée dans l'épreuve anticipée de maths de première, sans calculatrice. Un enfant qui calcule sans hésiter a l'esprit libre pour raisonner.

Quand demander de l'aide

Une moyenne qui baisse deux trimestres de suite doit vous alerter, tout comme un enfant qui ne montre plus ses copies ou qui dit qu'il « n'a rien compris » sans pouvoir préciser quoi. Les veilles de transition demandent aussi de la vigilance : la seconde avant le choix des spécialités, puis la première avant l'épreuve anticipée et le premier bulletin qui part dans Parcoursup. Une difficulté qui traverse une de ces transitions sans être traitée devient beaucoup plus coûteuse de l'autre côté.

Au collège, commencez par ce que l'établissement propose, notamment les groupes de besoins en maths mis en place à la rentrée 2024 et les heures de devoirs faits. Parlez au professeur de maths, avec les copies sous les yeux. Il a souvent déjà repéré ce qui coince.

Si cela ne suffit pas, ou si votre enfant a besoin d'un diagnostic plus fin, un professeur particulier se justifie. Choisissez quelqu'un qui commence par chercher la marche ratée avant de reprendre le chapitre de la semaine. L'article comment trouver un prof de maths particulier donne les questions à lui poser. Au lycée, quand se pose la question d'abandonner les maths, lisez d'abord ce que l'abandon ferme et ce qu'il laisse ouvert : on décide mal sous l'effet d'un mauvais trimestre.

Pour les familles dont l'enfant suit un cursus bilingue, la difficulté tient parfois à un décalage entre deux façons d'enseigner les maths ; je l'ai décrit sur Carmine, à propos des difficultés en maths dans un lycée bilingue.

Ce que je vois chez les élèves qui remontent

Les élèves qui se disaient nuls et qui remontent ne deviennent pas brillants du jour au lendemain. Ils retrouvent d'abord la sensation de savoir faire un exercice entier, seul, sans avoir à deviner. Cela arrive généralement quand la marche ratée a été reprise, à leur rythme, sans qu'on leur fasse sentir qu'elle aurait dû être acquise depuis longtemps. La note suit ensuite, plus lentement qu'on ne voudrait. Mais un jour, au lieu de « je suis nul », l'élève dit « je n'ai pas compris cette question », et on peut enfin travailler sur cette question-là.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je commence par chercher la marche ratée, sur les copies et en faisant travailler l'élève devant moi. Puis on fixe un objectif chiffré et on reprend sans brûler d'étape.

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