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Nombres premiers et décomposition en facteurs premiers : tester jusqu'à √n, puis tout factoriser

Un entier naturel p est premier s'il a exactement deux diviseurs positifs, 1 et p ; 1 n'est donc pas premier, et 2 est le seul premier pair. Pour savoir si un entier n ≥ 2 est premier, il suffit de vérifier qu'aucun nombre premier p tel que p² ≤ n ne le divise. Tout entier n ≥ 2 s'écrit comme un produit de nombres premiers, et cette décomposition est unique à l'ordre des facteurs près : 360 = 2³ × 3² × 5.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Le crible d’Ératosthène jusqu’à 100 Le crible d’Ératosthène jusqu’à 100 1 est barré d’office ; multiples de 2, 3, 5 et 7 barrés à partir de p² ; 11² = 121 > 100, on s’arrête 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 multiples de 2 à partir de 4 multiples de 3 à partir de 9 multiples de 5 à partir de 25 multiples de 7 à partir de 49 25 nombres premiers restent, en or
Le crible d'Ératosthène jusqu'à 100 : on barre les multiples de 2, 3, 5 et 7 à partir de leur carré, et les 25 nombres premiers restent.

Ce chapitre appartient à la partie arithmétique de l'option maths expertes de terminale. Le programme (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) y range trois résultats : l'ensemble des nombres premiers est infini, dont la démonstration est exigible ; la décomposition d'un entier en produit de facteurs premiers existe et est unique ; le petit théorème de Fermat, traité avec les congruences.

Le plus petit diviseur d'un entier est premier

Propriété 1. Tout entier n ≥ 2 admet au moins un diviseur premier : son plus petit diviseur d strictement supérieur à 1. En effet, si d n'était pas premier, il aurait un diviseur d′ avec 1 < d′ < d, et d′ diviserait aussi n, ce qui contredit le choix de d.

Propriété 2. Si n ≥ 2 n'est pas premier, son plus petit diviseur premier p vérifie p² ≤ n. On écrit n = p × m avec m ≥ 2. Or m ≥ 2 admet un diviseur premier q (propriété 1) ; q divise aussi n, donc q ≥ p, et m ≥ q ≥ p. Ainsi n = pm ≥ p².

La contraposée donne le test : si aucun nombre premier p avec p² ≤ n ne divise n, alors n est premier. On teste donc les nombres premiers jusqu'à √n, ni moins ni plus.

Décider si un nombre est premier

Exemple 1 · 211 est premier, 221 ne l'est pas

Rédaction. 14² = 196 et 15² = 225, donc 14 < √211 < 15. Les nombres premiers à tester sont 2, 3, 5, 7, 11 et 13. 211 est impair ; la somme de ses chiffres, 4, n'est pas multiple de 3 ; il ne finit ni par 0 ni par 5 ; 211 = 7 × 30 + 1, 211 = 11 × 19 + 2 et 211 = 13 × 16 + 3. Aucun ne divise 211 : 211 est premier.

Pour 221, la même liste s'applique, puisque 14² < 221 < 15². 2, 3, 5, 7 et 11 ne le divisent pas, mais 221 = 13 × 17. Le nombre 221 n'est pas premier. L'élève qui conclut « premier » après avoir testé jusqu'à 11 seulement se trompe.

Pour obtenir tous les nombres premiers jusqu'à une borne, le crible d'Ératosthène, au programme parmi les algorithmes, applique la propriété 2 à tous les entiers à la fois. La figure le déroule jusqu'à 100. Le 1 est barré d'office. On entoure 2 et l'on barre ses multiples à partir de 4, puis on entoure 3 et l'on barre ses multiples à partir de 9, puis 5 à partir de 25, puis 7 à partir de 49. On commence à p² parce que les multiples kp avec k < p ont déjà été barrés à cause d'un facteur premier de k, plus petit que p. Au moment de passer à 11, 11² = 121 dépasse 100 : tout entier composé inférieur ou égal à 100 a déjà un facteur premier au plus égal à 7. Les 25 cases restantes, colorées en or à la dernière étape, sont les nombres premiers inférieurs à 100.

Une infinité de nombres premiers

Théorème. L'ensemble des nombres premiers est infini.

Démonstration, par l'absurde. Supposons qu'il n'y ait qu'un nombre fini de nombres premiers, p₁, p₂, …, pₖ. Posons N = p₁ × p₂ × … × pₖ + 1. Comme N ≥ 2, N admet un diviseur premier p (propriété 1), qui est l'un des pᵢ. Alors p divise le produit p₁ × … × pₖ et divise N, donc il divise leur différence, 1. C'est impossible, puisque p ≥ 2. L'hypothèse est fausse : il existe une infinité de nombres premiers.

La preuve n'affirme pas que N est premier. Avec les six premiers nombres premiers, 2 × 3 × 5 × 7 × 11 × 13 + 1 = 30 031 = 59 × 509. Ce que dit la preuve, c'est que N a un facteur premier hors de la liste, ici 59 et 509.

Décomposer en produit de facteurs premiers

Théorème. Tout entier n ≥ 2 s'écrit n = p₁α₁ × p₂α₂ × … × pₖαₖ, où p₁ < p₂ < … < pₖ sont des nombres premiers et α₁, …, αₖ des entiers naturels non nuls. Cette écriture est unique.

L'existence se prouve par récurrence forte : n a un diviseur premier p ; si n = p, c'est fini, sinon n/p est compris entre 2 et n − 1 et se décompose déjà. L'unicité repose sur une conséquence du théorème de Gauss : si un nombre premier divise un produit, il divise l'un des facteurs. Le programme ne range ni l'une ni l'autre parmi les démonstrations exigibles.

Méthode. On divise par 2 tant que c'est possible, puis par 3, puis par 5, 7, 11…, en notant chaque quotient, et l'on s'arrête quand le quotient est 1 ou quand le carré du diviseur testé dépasse le quotient restant, qui est alors premier.

Exemple 2 · Les diviseurs de 360, puis PGCD(360 ; 84)

Rédaction. 360 = 2 × 180 = 2² × 90 = 2³ × 45 = 2³ × 3² × 5. Un diviseur positif de 360 s'écrit 2ᵃ × 3ᵇ × 5ᶜ avec a ∈ {0, 1, 2, 3}, b ∈ {0, 1, 2}, c ∈ {0, 1}, et l'unicité de la décomposition garantit que deux choix différents donnent deux diviseurs différents. 360 a donc 4 × 3 × 2 = 24 diviseurs positifs.

84 = 2² × 3 × 7. Les facteurs communs sont 2 et 3, avec les plus petits exposants 2 et 1 : PGCD(360 ; 84) = 2² × 3 = 12. Le 5 et le 7 n'apparaissent que d'un côté et ne comptent pas. Pour de grands nombres, l'algorithme d'Euclide va plus vite.

Exemple 3 · Rendre 360 carré parfait

Énoncé. Trouver le plus petit entier k ≥ 1 tel que 360k soit le carré d'un entier.

Rédaction. Si 360k = m², la décomposition de m² a des exposants pairs, et par unicité c'est celle de 360k. Dans 360 = 2³ × 3² × 5, les exposants de 2 et de 5 sont impairs : k doit contenir au moins un facteur 2 et un facteur 5, donc k est un multiple de 10. Pour k = 10, 3 600 = 2⁴ × 3² × 5² = (2² × 3 × 5)² = 60². Le plus petit k est 10.

Où les copies se trompent sur les nombres premiers

Trois exercices corrigés sur les nombres premiers

Exercice 1 · 391 est-il premier ?

Correction. 19² = 361 et 20² = 400, donc on teste les premiers jusqu'à 19 : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19. 391 est impair, la somme de ses chiffres vaut 13, il ne finit ni par 0 ni par 5, et 7, 11, 13 ne le divisent pas. En revanche 391 = 17 × 23. 391 n'est pas premier.

Exercice 2 · Combien de diviseurs pour 1 386 ?

Correction. 1 386 = 2 × 693 = 2 × 3 × 231 = 2 × 3² × 77 = 2 × 3² × 7 × 11. Le nombre de diviseurs positifs est (1 + 1)(2 + 1)(1 + 1)(1 + 1) = 24.

Exercice 3 · Si 2ⁿ − 1 est premier, n est premier

Énoncé. Soit n ≥ 2. Montrer que si 2ⁿ − 1 est premier, alors n est premier. La réciproque est-elle vraie ?

Correction. On montre la contraposée. Supposons n non premier : n = ab avec 2 ≤ a ≤ n − 1 et 2 ≤ b. Comme 2ᵃ ≡ 1 [2ᵃ − 1], on a 2ⁿ = (2ᵃ)ᵇ ≡ 1 [2ᵃ − 1], donc 2ᵃ − 1 divise 2ⁿ − 1. Explicitement, 2ᵃᵇ − 1 = (2ᵃ − 1)(1 + 2ᵃ + 2²ᵃ + … + 2⁽ᵇ⁻¹⁾ᵃ). Or 3 ≤ 2ᵃ − 1 < 2ⁿ − 1 : 2ⁿ − 1 a un diviseur autre que 1 et lui-même, il n'est pas premier. Par exemple 2⁶ − 1 = 63 = 7 × 9, avec a = 3 et b = 2.

La réciproque est fausse : 11 est premier, mais 2¹¹ − 1 = 2 047 = 23 × 89.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je pars des copies de l'élève, où se voient les tests de primalité arrêtés trop tôt. Nous prenons ce chapitre avant la classe, avec un objectif chiffré pour le prochain devoir.

★★★★★ 5/5 sur 411 avis Superprof

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