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Prépa Montaigne ou Camille Jullian : comment choisir à Bordeaux

Montaigne est la grande prépa de l'académie, avec ses classes étoilées et une MPSI qui prend un candidat sur dix. Camille Jullian, à quelques rues, recrute plus large, en petites promotions, avec une réputation d'ambiance tranquille. Les deux se valent pour la plupart des élèves. Pour quelques-uns, le choix pèse lourd.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

La cour principale du lycée Michel-Montaigne à Bordeaux
L'entrée de la cour principale du lycée Michel-Montaigne, cours Victor-Hugo, où étudient ses vingt-huit classes préparatoires. Photo Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Montaigne, cours Victor-Hugo. Camille Jullian, rue de la Croix-Blanche. Deux lycées publics du centre que les familles mettent côte à côte dans leurs vœux Parcoursup, et qu'on compare sur les forums depuis au moins 2008. Les parents me la posent aussi, chaque hiver. La plupart pensent que Montaigne est « la meilleure » et Camille Jullian « la plus sympa ». C'est un peu court. Les chiffres d'admission racontent quelque chose de plus fin, et il faut le savoir avant de classer ses vœux.

Deux maisons de taille très différente

Montaigne est une petite ville. Vingt-huit classes préparatoires, plus d'un millier d'étudiants d'après le site du lycée, toutes les filières : MPSI, MP2I, PCSI, BCPST, ECG, hypokhâgne et khâgne A/L, B/L. En deuxième année, les classes étoilées sont là : MP*, PC*, PSI*, MPI*. On y trouve aussi un cycle préparatoire avec Bordeaux Sciences Agro et une CPES « Sciences et société » montée avec l'université.

Camille Jullian fonctionne à une autre échelle. Une MPSI qui mène à la MP, une PCSI qui mène à la PC, une hypokhâgne avec option théâtre, une CPES littéraire. Quarante-huit places en première année pour chaque filière scientifique. Les élèves se connaissent, les professeurs aussi, et ça se ressent dans tout ce que les anciens en écrivent.

Ce que Camille Jullian n'a pas : les classes étoilées, la MP2I, la BCPST, l'ECG. Un élève qui veut l'une de ces filières n'a pas vraiment à hésiter.

Ce que disent les chiffres d'entrée

Parcoursup publie, pour chaque formation, le nombre de vœux, le taux d'accès (la part des candidats qui ont reçu une proposition) et le profil des admis. Sur la session 2025, l'écart entre les deux lycées se lit d'un coup d'œil.

FormationPlacesVœuxTaux d'accèsAdmis avec TBdont félicitationsAdmis de l'académie
Montaigne MPSI945 26610 %88 %22 %70 %
Camille Jullian MPSI482 98220 %64 %2 %83 %
Montaigne PCSI964 13619 %85 %16 %76 %
Camille Jullian PCSI482 36332 %51 %2 %77 %
Montaigne MP2I482 14415 %72 %11 %65 %
Montaigne hypokhâgne A/L951 69649 %39 %4 %67 %
Camille Jullian hypokhâgne961 95436 %39 %6 %79 %

Admis avec TB : mention Très bien, félicitations comprises. Source : open data Parcoursup, session 2025 (ministère de l'Enseignement supérieur).

La colonne qui m'intéresse le plus est celle des félicitations. En MPSI, Montaigne en compte 22 % parmi ses admis, Camille Jullian 2 %. Les deux recrutent pourtant beaucoup de mentions Très bien, 88 % et 64 %. La différence se fait tout en haut. Les candidats qui ont eu les félicitations, donc 18 de moyenne au bac ou plus, vont surtout à Montaigne, et ça change le rythme d'une classe dès septembre. L'Étudiant indique d'ailleurs une moyenne au bac de 17,4 sur 20 pour les entrants de la filière MP de Montaigne.

Montaigne recrute aussi beaucoup plus loin. Trente pour cent de ses admis en MPSI viennent d'une autre académie, contre 17 % à Camille Jullian. Montaigne joue dans une cour régionale, et un bon élève bordelais y est en concurrence avec des candidats d'autres académies. Le lieu de résidence n'est pas un critère de sélection en prépa, L'Étudiant l'a rappelé en 2024 en interrogeant des proviseurs de grandes prépas. Habiter le centre de Bordeaux ne donne aucune priorité, quoi qu'on en lise sur les forums.

En lettres, c'est l'inverse de l'idée reçue. L'hypokhâgne de Camille Jullian a eu en 2025 un taux d'accès plus bas que celle de Montaigne (36 % contre 49 %), pour une part de mentions Très bien identique. La B/L de Montaigne est une autre affaire : 18 % d'accès, 81 % de TB, et plus de la moitié des admis venus d'ailleurs.

Le dossier qu'on vous demande, vu de près

Un dossier de MPSI se lit en maths d'abord, avec les notes de première et de terminale, le rang, et l'appréciation du professeur. À mon sens, une appréciation qui parle d'autonomie et de goût pour la recherche vaut bien un point de moyenne. Les maths expertes en terminale ne sont pas obligatoires sur le papier. Pour Montaigne en MPSI, je ne présenterais pas un dossier sans elles.

Les autres matières comptent aussi, et c'est là que des candidats solides se font surprendre. Sur Maths-Forum, un ancien élève de Gustave Eiffel racontait en 2008 avoir été écarté de Montaigne à cause du français et de l'anglais. On lui avait répondu, à juste titre, que ces matières font partie de la prépa scientifique.

Pour Camille Jullian, un dossier régulier, solide en maths, avec de bonnes appréciations, a sa chance. Aucune règle publiée ne le dit ; je le déduis des 64 % de mentions Très bien et des 2 % de félicitations parmi les admis. Pour Montaigne en MPSI, avec un candidat retenu sur dix, il faut un dossier qui se détache, et en maths avant tout.

L'ambiance : deux réputations qui datent

Sur ce point, je me méfie des forums, qui recopient souvent des impressions vieilles de quinze ans. En 2008 déjà, une lycéenne trouvait sur Maths-Forum que « Montaigne paraît mettre beaucoup la pression », et un élève de MPSI de Montaigne lui répondait que « l'ambiance y est très bonne ». Le débat n'a pas beaucoup bougé depuis.

Camille Jullian a publié en 2023, sur son site, des témoignages d'anciens de PCSI. Le lycée les a choisis, il faut le garder en tête. Ils disent tous à peu près la même chose : une ambiance « loin d'être compétitive », des professeurs « impliqués dans notre réussite et à l'écoute ». Côté Montaigne, une hypokhâgneuse écrivait en 2016 qu'elle adorait son lycée et ses professeurs « très disponibles ».

À mon avis, la pression vient surtout des élèves eux-mêmes. Dans une MPSI où un admis sur cinq a eu les félicitations, le rythme monte vite. Certains adorent. D'autres s'y épuisent en novembre, et je préfère qu'une famille le sache avant les vœux.

Internat, khâgne, passerelles

Dormir sur place

Les deux lycées ont un internat ouvert aux étudiants de prépa. Celui de Montaigne compte 300 places, réservées aux CPGE. Un parent décrivait en 2025 sur WikiPrépa des chambres de deux « assez spacieuses » et un internat qui ne ferme que pour les week-ends prolongés. Celui de Camille Jullian est mixte, partagé avec les élèves de la série S2TMD. Pour une famille de Périgueux ou de Mont-de-Marsan, la question du logement se pose dès les vœux.

Ulm ou Lyon

En lettres, les deux khâgnes ne préparent pas la même école. Montaigne prépare l'ENS Ulm, avec un large choix de spécialités jusqu'à la préparation à l'École des chartes. Camille Jullian prépare l'ENS de Lyon, théâtre compris.

Passer de l'un à l'autre

Le passage existe. Parmi les témoignages publiés par Camille Jullian, une ancienne a fait sa PCSI rue de la Croix-Blanche, puis sa PC* à Montaigne, avant d'intégrer CentraleSupélec. Commencer à Camille Jullian n'interdit donc pas l'étoile un an plus tard, à condition d'être en tête de sa classe en fin de première année.

Comment je ferais les vœux

Les deux ensemble, presque toujours. Un élève qui hésite n'a aucune raison de choisir avant les réponses de juin. Le classement entre les deux, lui, dépend de l'élève. Je l'établis avec la famille, et ce qui pèse le plus, au-delà du rang en maths, c'est la façon dont l'élève réagit le jour où il n'est plus premier.

Pour un élève qui vise une classe étoilée et a les félicitations en ligne de mire, Montaigne d'abord. Pour un élève solide qui a besoin de confiance, et qui travaille mieux dans une classe où il est dans la première moitié, je n'hésite pas à conseiller Camille Jullian en premier. Il y fera une très bonne prépa, et la passerelle vers l'étoile reste ouverte.

Autour de ce duel, d'autres vœux bordelais se défendent très bien. Gustave Eiffel recrute sa PCSI presque uniquement dans l'académie (93 % des admis en 2025), et sa PTSI mène à une PT* remarquable. Grand Lebrun ouvre sa MPSI plus largement, avec 63 % de taux d'accès en 2025. Sur les forums, Camille Jullian et Grand Lebrun reviennent souvent comme vœux de sécurité derrière Montaigne, ce qui ne rend pas justice à Camille Jullian.

Quant à ce que donnent ces prépas à la sortie, je le détaille dans l'article sur les résultats des prépas bordelaises aux concours. Un seul repère ici : en 2025, d'après L'Étudiant, 45,7 % de la MP de Montaigne et 44,2 % de celle de Camille Jullian ont intégré une école du large panier d'ingénieurs que suit ce classement. Pour un élève qui hésite avec Paris ou Toulouse, j'ai écrit un article à part sur rester à Bordeaux ou partir.

Ce qui se prépare avant Parcoursup

Les notes de maths de première comptent dans le dossier. Et les premiers chapitres de MPSI supposent un calcul sûr et l'habitude de rédiger une démonstration complète. Les élèves qui arrivent en prépa avec ça passent le premier trimestre sans casse, à Montaigne comme à Camille Jullian. Les autres découvrent la rédaction en même temps que le programme, et c'est ce qui fait les automnes difficiles.

Avec les élèves bordelais que j'accompagne, je travaille ce passage dès la première, avec des exercices longs rédigés jusqu'au bout et des démonstrations refaites sans le corrigé. Quand l'élève est prêt, on prend un peu d'avance sur le programme. Le dossier Parcoursup en profite, et la première année de prépa aussi. Pour le choix du lycée en amont, voyez le comparatif des lycées bordelais pour les maths.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves bordelais qui visent une prépa, dès la première, puisque le dossier se joue là. J'anticipe aussi le programme de MPSI et de PCSI avant l'entrée.

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