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Prépas de Bordeaux : les résultats aux concours, filière par filière

Les prépas bordelaises placent bien leurs élèves dans les écoles d'ingénieurs, nettement au-dessus de la moyenne nationale. Pour Polytechnique, l'écart avec Paris est énorme. La meilleure performance de la ville se trouve là où peu de familles la cherchent, dans la PT* de Gustave Eiffel.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Intégrés dans le « panier large » d'écoles, concours 2025 Intégrés dans le « panier large » d'écoles, concours 2025 Part de la classe de 2e année · classement de presse L'Étudiant 2026 Eiffel PT / PT* 63 % 8 à l'X et aux ENS Montaigne PSI / PSI* 49,5 % Montaigne MP / MP* 45,7 % 4 aux ENS Camille Jullian MP 44,2 % Montaigne PC / PC* 40,5 % Montaigne MPI / MPI* 36,4 % Eiffel PSI 32,1 % 1 à l'X Camille Jullian PC 15,9 % Grand Lebrun MP 11,1 % moyenne nationale en MP : 28,3 % privé public
Part de chaque classe de 2e année intégrée dans le panier large d'écoles, concours 2025. Source : L'Étudiant, classement 2026 des prépas.

Aucune prépa bordelaise ne publie de liste complète de ses intégrations. Montaigne n'a pas de page de résultats sur son site, le lycée annonce seulement que « plus de 95 % » de ses scientifiques entrent en école d'ingénieurs. Les statistiques du concours ne sont pas diffusées lycée par lycée. Pour savoir où vont les élèves, il reste une source régulière, le classement des prépas de L'Étudiant. C'est un classement de presse, et je m'en sers comme tel. Les chiffres qui suivent sont ceux du classement publié en décembre 2025, qui porte sur les concours 2025.

L'Étudiant raisonne par « paniers » d'écoles. Le panier large en MP compte l'X, les ENS, les Mines, les Ponts, les Centrale, ISAE-Supaéro, Arts et Métiers, les INSA, l'ENSEEIHT et une dizaine d'autres. Le taux, c'est le nombre d'intégrés dans ces écoles rapporté à tout l'effectif de deuxième année.

Classe de 2e annéeEffectifX + ENS en 2025Panier large en 2025Panier large sur 5 ans (rang national)
Montaigne MP/MP*944 (toutes ENS)45,7 %47,7 % (22e sur 151)
Montaigne PSI/PSI*93249,5 %61,6 % (17e sur 134)
Montaigne PC/PC*79040,5 %52,9 % (15e sur 109)
Montaigne MPI/MPI*44136,4 %44,1 % sur 3 ans (12e sur 39)
Camille Jullian MP43044,2 %32,7 % (43e sur 151)
Camille Jullian PC44015,9 %14,4 % (62e sur 109)
Gustave Eiffel PT/PT*92863 %62,3 % (11e sur 69)
Gustave Eiffel PSI841 (X)32,1 %29,3 % (51e sur 134)
Grand Lebrun MP45011,1 %10,5 % (101e sur 151)

Source : L'Étudiant, classement 2026 des prépas, publié le 16 décembre 2025, fiches des lycées Michel-Montaigne, Camille-Jullian, Gustave-Eiffel et Sainte-Marie Grand-Lebrun. Effectifs étoilées et non étoilées réunies.

Polytechnique et Ulm : la marche est haute

Je commence par là parce que c'est la question que les familles posent en premier, et la réponse est nette. Pour les concours 2025, L'Étudiant ne compte aucun intégré à l'X depuis une MP bordelaise. Sur cinq ans, la MP de Montaigne y place en moyenne 2,4 % de sa promotion. Elle a envoyé quatre élèves dans les ENS en 2025, et se classe 15e de France sur cinq ans pour l'ensemble X et ENS.

Le même classement donne, pour la seule X en MP et pour les concours 2025, 33,9 % à Sainte-Geneviève, 28,9 % à Hoche, 21,3 % à Louis-le-Grand, 17,5 % à Henri-IV et 16 % à Stanislas. Pierre-de-Fermat, à Toulouse, est à 4,8 %. Bordeaux n'apparaît pas parmi les lycées qui ont un taux supérieur à zéro.

Je ne lis pas ces chiffres comme un verdict sur les professeurs bordelais. Ils reflètent d'abord le recrutement. À l'entrée en MPSI, Montaigne prend 22 % d'élèves avec les félicitations du jury, Fermat 36 %, Ginette 74 %. Les grandes prépas d'Île-de-France trient leurs élèves deux ans avant les concours, et leurs résultats en portent la trace. Un élève qui a des chances réelles à l'X peut les jouer depuis Montaigne, mais il sera plus seul en tête de classe. C'est l'objet d'un article à part, sur rester à Bordeaux ou partir.

Centrale, Mines, INSA : là où Bordeaux fait mieux que la moyenne

Changez d'échelle et le tableau s'inverse. En MP, la moyenne nationale du panier large est de 28,3 %. Montaigne est à 45,7 % en 2025, Camille Jullian à 44,2 %. Les deux MP du centre de Bordeaux envoient donc près d'un élève sur deux dans une école de ce niveau, Centrale, Mines, Ponts, ISAE-Supaéro, Arts et Métiers ou INSA.

La PSI de Montaigne fait encore mieux sur la durée, 61,6 % sur cinq ans, 17e de France. Sa PC est 15e sur cinq ans dans sa filière. Pour un bon élève qui vise une grande école d'ingénieurs sans viser l'X, Montaigne est une prépa de premier plan, et je le dis aux familles sans réserve.

Camille Jullian demande une lecture plus nuancée. Sa MP a eu une très bonne année 2025, avec 19 intégrés sur 43, mais sa moyenne sur cinq ans est plus basse (32,7 %), et sa PC reste à 15,9 %. Le lycée publie lui-même des parcours d'anciens de PCSI passés par Centrale Lille, CentraleSupélec, Mines Saint-Étienne, l'ENAC ou l'ENS de Lyon. Il signale aussi que plusieurs élèves de MP partent chaque année en L3, souvent pour enseigner, ou vers les magistères d'Orsay. Ces trajectoires ne comptent pas dans le panier de L'Étudiant.

La PT* de Gustave Eiffel, la meilleure classe de la ville

Peu de parents la connaissent, et c'est dommage. En 2025, la PT/PT* d'Eiffel a placé huit élèves à l'X et dans les ENS, soit 8,7 % de ses 92 étudiants. Sur cinq ans, elle est 5e de France pour cet ensemble dans sa filière. Aucune autre classe bordelaise n'atteint ce rang.

Quarante et un de ses élèves ont intégré les Arts et Métiers en 2025, 44,6 % de la classe, ce qui la met au 6e rang national sur cinq ans pour cette école. Le lien est logique : la filière PT recrute pour les Arts et Métiers par une banque d'épreuves dédiée, et la première année d'école se fait dans un campus de province, dont celui de Bordeaux-Talence. Au total, 63 % de la classe a intégré une école du panier large.

La PT se prépare en PTSI, une filière où les sciences de l'ingénieur pèsent lourd à côté des maths et de la physique. Elle convient à un élève que la conception d'un mécanisme intéresse autant qu'une démonstration. Les maths y sont exigeantes sans être le seul juge. Pour un élève solide qui ne se voit pas en MPSI, c'est le choix que je regarde en premier à Bordeaux. Eiffel a aussi une PSI, qui a placé un élève à l'X en 2025, avec des résultats plus modestes dans l'ensemble.

Et Grand Lebrun ?

Seul lycée privé de Bordeaux avec une prépa scientifique, Grand Lebrun a ouvert sa filière MPSI-MP récemment, et le site du lycée parle encore de « premiers résultats ». Les chiffres sont modestes : 11,1 % de sa MP dans le panier large en 2025, 101e sur 151 sur cinq ans. L'entrée l'est aussi, avec 63 % de taux d'accès en MPSI à Parcoursup en 2025.

Sa prépa commerciale s'en sort mieux. L'ECG place 42 % de ses élèves dans le panier large des écoles de commerce en 2025 et 51,5 % sur cinq ans, avec peu d'intégrations dans le trio HEC, ESSEC, ESCP (1,9 % de moyenne sur cinq ans). Pour le lycée lui-même, je renvoie à l'article sur Grand Lebrun, Tivoli et Saint-Genès.

Montaigne hors des maths-physique

En ECG, Montaigne place 56,9 % de ses 144 élèves dans le panier large en 2025, et 24,3 % dans les huit premières écoles. Pour HEC, l'ESSEC et l'ESCP, il est à 8,3 %, quand la moyenne nationale est de 14,9 %. Trois élèves ont intégré HEC en 2025. Le lycée écrit que, « sauf exception, la totalité des étudiants candidats intègre une école ».

La BCPST envoie 5,2 % de sa classe dans les écoles vétérinaires, pour une moyenne nationale de 9,3 %. Une famille bordelaise l'a pesé publiquement sur WikiPrépa en juin 2025, avant de choisir Saint-Louis, à Paris.

La surprise vient des lettres. La khâgne B/L de Montaigne est 3e de France sur cinq ans pour les écoles littéraires, avec 37,6 % de réussite moyenne. Deux élèves sont entrés en ENS en 2025. La khâgne A/L, elle, n'a placé personne à l'ENS ni à l'École des chartes en 2025 ; elle est 13e sur 33 sur cinq ans. Camille Jullian, qui prépare l'ENS de Lyon, a placé 1,5 % de sa khâgne dans ces écoles sur cinq ans. La B/L, qui mêle lettres, maths et sciences sociales, recrute d'ailleurs très haut, avec 81 % de mentions Très bien parmi ses admis en 2025.

Ce que j'en conclus pour un lycéen bordelais

Pour l'immense majorité des bons élèves scientifiques, rester à Bordeaux ne coûte rien, et donne même un peu plus que la moyenne nationale. Montaigne en MP, PSI ou PC, la PT* d'Eiffel, et dans une moindre mesure Camille Jullian, mènent à de très bonnes écoles. La question de Paris ne se pose vraiment que pour l'élève qui vise l'X ou Ulm et qui a déjà le niveau des meilleurs à 17 ans. Pour entrer dans l'une ou l'autre prépa du centre, j'ai comparé Montaigne et Camille Jullian sur la sélection, le dossier et l'ambiance.

Dans toutes ces filières, sauf peut-être la PT, l'écrit de maths fait la différence entre deux paniers. Quelques points de moyenne en spé suffisent à changer d'écoles. Je le vois avec les élèves que je suis jusqu'aux concours, et c'est ainsi que je travaille avec les élèves bordelais : les points se perdent rarement sur le cours, presque toujours sur la rédaction et sur les questions longues qu'on n'ose pas finir. On les reprend ensemble, sujet par sujet, à partir des écrits des années précédentes.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves bordelais jusqu'aux concours, en anticipant le programme de MPSI et de PCSI. Les points d'écart à l'écrit se gagnent chapitre après chapitre, dans la méthode.

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