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Équation avec exponentielle : tout ramener à eᵃ = eᵇ, sans logarithme
Pour résoudre une équation avec exponentielle en première, on écrit les deux membres sous la forme eᵃ et eᵇ, puis on utilise que, pour tous réels a et b, eᵃ = eᵇ équivaut à a = b, et eᵃ < eᵇ équivaut à a < b. Ces deux équivalences viennent de ce que la fonction exponentielle est strictement croissante sur ℝ. On se sert aussi de ce qu'une exponentielle n'est jamais nulle ni négative : une équation eˣ = k n'a aucune solution quand k ≤ 0.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Le programme de première ne contient pas le logarithme népérien : on ne sait pas encore écrire la solution exacte de eˣ = 3, et les sujets sont construits pour qu'on n'en ait pas besoin. Les propriétés de calcul sont détaillées dans la fonction exponentielle et ses propriétés.
Pourquoi eᵃ = eᵇ permet de conclure a = b
Le programme définit l'exponentielle comme l'unique fonction f dérivable sur ℝ telle que f′ = f et f(0) = 1. Pour tout réel x, eˣ × e⁻ˣ = 1, donc eˣ n'est jamais nul ; eˣ = (ex/2)², carré non nul, donc eˣ > 0 ; la dérivée exp est strictement positive, donc exp est strictement croissante sur ℝ.
Soit a et b deux réels. Si a < b, la stricte croissance donne eᵃ < eᵇ ; si a > b, eᵃ > eᵇ. Dans les deux cas eᵃ ≠ eᵇ : par contraposée, eᵃ = eᵇ impose a = b, et la réciproque est évidente. De même, eᵃ < eᵇ équivaut à a < b. Le programme de 2026 range la démonstration de la positivité et de la croissance parmi les approfondissements possibles ; ce raisonnement est volontiers posé en question de cours, et c'est lui qui autorise le signe ⇔ dans les résolutions.
Reconnaître la forme de l'équation
- Un produit nul avec un facteur exponentiel ? Ce facteur est strictement positif, il disparaît : (x² − 4)e3x = 0 équivaut à x² − 4 = 0, soit x = −2 ou x = 2.
- Chaque membre s'écrit-il equelque chose ? On regroupe avec les règles de l'encadré, sans oublier 1 = e⁰ et e = e¹, puis on passe aux exposants.
- Seulement eˣ et e2x ? On pose X = eˣ avec X > 0 : on obtient une équation du second degré, et seules ses racines strictement positives donnent des solutions.
- Rien de cela ? L'énoncé attend sans doute une valeur approchée ou une lecture graphique. eˣ = 3 a exactement une solution, puisque exp est strictement croissante et prend toutes les valeurs de ]0 ; +∞[ ; on l'approche par balayage, 1,0986 à 10⁻⁴ près. Sa valeur exacte, ln 3, s'écrira en terminale.
Pour une inéquation, le chemin est le même : la stricte croissance conserve l'ordre, on ne retourne jamais le signe en passant aux exposants. Le signe du trinôme qu'on obtient souvent à la fin est traité dans l'inéquation du second degré.
Deux résolutions rédigées comme sur une copie
Exemple 1. Résoudre dans ℝ l'équation ex² × e⁻³ = e2x.
Pour tout réel x, ex² × e⁻³ = ex² − 3. L'équation équivaut donc à ex² − 3 = e2x, c'est-à-dire à x² − 3 = 2x, puisque eᵃ = eᵇ ⇔ a = b. On résout x² − 2x − 3 = 0 : Δ = 4 + 12 = 16 > 0, d'où x₁ = (2 − 4)/2 = −1 et x₂ = (2 + 4)/2 = 3. L'ensemble des solutions est S = {−1 ; 3}.
Exemple 2. Résoudre dans ℝ l'équation e2x + eˣ − 2 = 0.
Pour tout réel x, e2x = (eˣ)². On pose X = eˣ, avec X > 0. L'équation devient X² + X − 2 = 0, de discriminant Δ = 1 + 8 = 9, de racines X₁ = (−1 − 3)/2 = −2 et X₂ = (−1 + 3)/2 = 1. Comme eˣ > 0, l'égalité eˣ = −2 est impossible. Il reste eˣ = 1, c'est-à-dire eˣ = e⁰, soit x = 0. S = {0}.
Les erreurs sur les équations avec exponentielle qui coûtent des points
- « eˣ = 0 donc x = 0 ». e⁰ = 1, et l'exponentielle ne s'annule jamais. Dans un produit, « (x − 1)eˣ = 0 donc x − 1 = 0 ou eˣ = 0 » doit se conclure par « or eˣ > 0 pour tout réel x ».
- Les fausses règles. eᵃ + eᵇ n'est pas ea+b (c'est le produit) ; eˣ × eˣ vaut e2x, pas ex².
- La condition X > 0 oubliée. On trouve X = −2, on écrit « eˣ = −2 » et on invente une solution. La condition s'écrit en posant X et sert en revenant à x.
- Des équivalences non justifiées. Le passage de eᵃ = eᵇ à a = b se justifie par la stricte croissance ou la propriété du cours, au moins la première fois (voir comment bien rédiger en maths).
Trois exercices corrigés sur les équations avec exponentielle
Exercice 1 · Résoudre dans ℝ : a) e3x+1 = e2−x ; b) ex² − 5x = e⁻⁶ ; c) eˣ = −e
a) Par l'équivalence eᵃ = eᵇ ⇔ a = b, l'équation équivaut à 3x + 1 = 2 − x, soit 4x = 1, donc x = 1/4. S = {1/4}.
b) L'équation équivaut à x² − 5x = −6, soit x² − 5x + 6 = 0. Δ = 25 − 24 = 1, d'où x₁ = (5 − 1)/2 = 2 et x₂ = (5 + 1)/2 = 3. S = {2 ; 3}.
c) Pour tout réel x, eˣ > 0, alors que −e < 0. L'équation n'a pas de solution : S = ∅.
Exercice 2 · Résoudre dans ℝ l'inéquation ex² ≤ ex+2
La fonction exponentielle est strictement croissante sur ℝ, donc l'inéquation équivaut à x² ≤ x + 2, c'est-à-dire x² − x − 2 ≤ 0.
Le trinôme x² − x − 2 a pour discriminant Δ = 1 + 8 = 9 et pour racines x₁ = (1 − 3)/2 = −1 et x₂ = (1 + 3)/2 = 2. Son coefficient dominant est positif : il est négatif ou nul entre ses racines.
S = [−1 ; 2].
Exercice 3 · a) Résoudre dans ℝ l'équation eˣ + e⁻ˣ = e + 1/e. b) En déduire les solutions de eˣ + e⁻ˣ > e + 1/e.
a) Pour tout réel x, eˣ > 0. On multiplie les deux membres par eˣ, ce qui donne une équation équivalente puisque eˣ ≠ 0 : e2x + 1 = (e + 1/e)eˣ, soit e2x − (e + 1/e)eˣ + 1 = 0.
On pose X = eˣ, avec X > 0 : X² − (e + 1/e)X + 1 = 0. Le discriminant vaut Δ = (e + 1/e)² − 4 = e² + 2 + 1/e² − 4 = (e − 1/e)², strictement positif car e ≠ 1/e. Ses racines sont X₁ = ((e + 1/e) − (e − 1/e))/2 = 1/e et X₂ = ((e + 1/e) + (e − 1/e))/2 = e. On peut le vérifier : leur somme vaut e + 1/e et leur produit 1.
Les deux racines sont strictement positives. eˣ = 1/e = e⁻¹ donne x = −1 ; eˣ = e = e¹ donne x = 1. S = {−1 ; 1}.
b) Avec la même multiplication par eˣ > 0, qui conserve le sens, l'inéquation équivaut à X² − (e + 1/e)X + 1 > 0 avec X = eˣ. Ce trinôme est strictement positif à l'extérieur de ses racines : X < 1/e ou X > e. Par stricte croissance de exp, eˣ < e⁻¹ équivaut à x < −1 et eˣ > e¹ équivaut à x > 1. S = ]−∞ ; −1[ ∪ ]1 ; +∞[.
Ce que montre la courbe de l'exponentielle
La figure trace la courbe de y = eˣ, puis trois droites horizontales l'une après l'autre. La droite y = 1, en or, coupe la courbe en un seul point, d'abscisse 0 : c'est la solution de l'exemple 2. La droite y = e, en vert, la coupe au point d'abscisse 1. La droite y = −2, en rouge, reste sous l'axe des abscisses alors que la courbe reste au-dessus : aucun point commun, d'où le rejet de X = −2.
Une droite y = k avec k > 0 rencontre la courbe exactement une fois ; avec k ≤ 0, jamais. Les inéquations se lisent aussi : eˣ ≥ e correspond à la partie de la courbe au-dessus de la droite verte, soit x ≥ 1. Pour étudier une fonction de la forme eu(x), voir dériver exp(u).
Greg Mittelette
J'aborde l'exponentielle avec l'élève avant sa classe et je lui fais justifier chaque équivalence comme on l'exige dans les meilleurs lycées. Une équation qui bloque entre deux séances, il m'appelle.
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