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Inéquation du second degré : la résoudre sans perdre un intervalle ni un crochet

Résoudre une inéquation du second degré, c'est se ramener à la forme ax² + bx + c > 0 (ou < 0, ≥ 0, ≤ 0) avec a ≠ 0, puis lire le signe du trinôme. S'il a deux racines x₁ < x₂, il est du signe de a à l'extérieur de [x₁ ; x₂] et du signe contraire entre les racines. S'il n'a pas de racine réelle (Δ < 0), il est partout du signe de a ; s'il a une racine double x₀, il est du signe de a sauf en x₀ où il s'annule. On conclut par un ensemble de solutions écrit avec les bons crochets.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Résoudre −2x² + 3x + 2 ≥ 0 sur la parabole Résoudre −2x² + 3x + 2 ≥ 0 sur la parabole a = −2 < 0 : la courbe est au-dessus de l’axe entre les racines −1/2 et 2, d’où S = [−1/2 ; 2] −2 −1 1 2 3 −4 −3 −2 −1 1 2 3 4 0 y = −2x² + 3x + 2 x₁ = −1/2 x₂ = 2 f(x) ≥ 0 f(x) < 0 f(x) < 0 S = [−1/2 ; 2]
La parabole de f(x) = −2x² + 3x + 2 est au-dessus de l'axe des abscisses entre ses racines −1/2 et 2 : c'est l'ensemble des solutions de −2x² + 3x + 2 ≥ 0.

Le programme de spécialité de première applicable à la rentrée 2026 range les inéquations dans une capacité : choisir la forme adaptée d'un trinôme (développée, canonique ou factorisée) pour résoudre un problème, « équation, inéquation, optimisation, variations ». Toute la résolution repose sur le signe d'un trinôme du second degré ; la vue d'ensemble est dans l'article sur le second degré en première. On les retrouve dès qu'une dérivée est un trinôme.

La propriété dont tout découle

Soit f(x) = ax² + bx + c avec a ≠ 0, et Δ = b² − 4ac.

La justification est courte quand Δ > 0. On écrit f(x) = a(x − x₁)(x − x₂). Entre les racines, x − x₁ > 0 et x − x₂ < 0, donc le produit (x − x₁)(x − x₂) est négatif et f(x) est du signe de −a. À l'extérieur, les deux facteurs ont le même signe, leur produit est positif, et f(x) est du signe de a. Pour Δ ≤ 0, on part de la forme canonique : f(x) = a[(x + b/(2a))² − Δ/(4a²)], et le crochet est positif ou nul.

La méthode en quatre temps

Premier temps : tout passer dans un membre pour obtenir 0 dans l'autre. On ne compare jamais deux expressions avec x des deux côtés. Deuxième temps : trouver les racines, par une factorisation directe si elle se voit (facteur commun, identité remarquable, somme et produit), sinon par le discriminant. Troisième temps : écrire le signe, en citant la règle ou par un tableau de signes. Quatrième temps : conclure par l'ensemble des solutions, en se demandant pour chaque borne si elle est solution.

Le choix des crochets se règle par une question simple. L'inégalité est-elle large (≥, ≤) ? Alors les racines, où le trinôme vaut 0, sont solutions et les crochets sont fermés de leur côté. Stricte (>, <) ? Alors on les exclut. Du côté de l'infini, le crochet est toujours ouvert.

Trois inéquations résolues comme sur une copie

Exemple 1 · −2x² + 3x + 2 ≥ 0

On a a = −2, b = 3, c = 2, d'où Δ = 3² − 4 × (−2) × 2 = 9 + 16 = 25 > 0. Les racines sont x₁ = (−3 − 5)/(−4) = 2 et x₂ = (−3 + 5)/(−4) = −1/2. Le trinôme est du signe de a, donc négatif, à l'extérieur des racines, et positif entre elles. Il s'annule en −1/2 et en 2, qui sont donc solutions. L'ensemble des solutions est S = [−1/2 ; 2].

Attention à l'ordre : avec a < 0, la formule (−b − √Δ)/(2a) donne la plus grande racine. On range les racines avant d'écrire l'intervalle.

La figure trace la courbe de f(x) = −2x² + 3x + 2, puis marque les racines −1/2 et 2, colore la zone où f(x) ≥ 0 et pose enfin le segment des solutions. Comme a = −2 < 0, la parabole est tournée vers le bas : au-dessus de l'axe entre les racines, en dessous à l'extérieur. Le segment doré sur l'axe des abscisses est [−1/2 ; 2] ; ses deux points aux bornes sont pleins parce que l'inégalité est large. Pour f(x) > 0, on retirerait ces deux points : ]−1/2 ; 2[.

Exemple 2 · x² < 3x + 10

On se ramène à 0 : x² < 3x + 10 équivaut à x² − 3x − 10 < 0. Deux nombres de somme 3 et de produit −10 se trouvent de tête, 5 et −2, donc x² − 3x − 10 = (x − 5)(x + 2). Le trinôme a pour coefficient a = 1 > 0 : il est négatif strictement entre ses racines. L'inégalité étant stricte, on exclut −2 et 5. S = ]−2 ; 5[.

Exemple 3 · Les cas où Δ ne donne pas deux racines

Pour x² − 6x + 9 > 0 : on reconnaît (x − 3)². Un carré est positif ou nul, et il est nul seulement pour x = 3. Donc (x − 3)² > 0 pour tout x ≠ 3, et S = ℝ ∖ {3} = ]−∞ ; 3[ ∪ ]3 ; +∞[. La même inéquation avec ≤ 0 aurait pour ensemble de solutions {3}, un seul point.

Pour 2x² + x + 1 ≤ 0 : Δ = 1 − 8 = −7 < 0, donc le trinôme est du signe de a = 2 pour tout réel x, strictement positif. Il n'est jamais négatif ou nul : S = ∅. La réponse dépend du sens de l'inégalité, pas seulement de Δ.

Comparer deux courbes

La position relative d'une parabole et d'une droite, par exemple P : y = x² et D : y = x + 2, se ramène à une inéquation : P est en dessous de D pour les x tels que x² ≤ x + 2, soit x² − x − 2 ≤ 0. Les racines −1 et 2 (somme 1, produit −2) donnent x² − x − 2 = (x + 1)(x − 2), négatif entre ses racines. Conclusion : P est en dessous de D sur ]−1 ; 2[, au-dessus sur ]−∞ ; −1[ et sur ]2 ; +∞[, et les deux courbes se coupent en (−1 ; 1) et (2 ; 4). Le correcteur attend les points d'intersection, pas seulement l'intervalle. Pour deux fonctions quelconques, on étudie de même le signe de f(x) − g(x).

Les réflexes qui faussent un résultat juste

Trois exercices corrigés sur les inéquations du second degré

Exercice 1 · Deux inéquations, puis un produit à développer

a) 3x² − 12 ≤ 0. On factorise : 3x² − 12 = 3(x² − 4) = 3(x − 2)(x + 2). Le trinôme, de coefficient 3 > 0, est négatif ou nul entre ses racines −2 et 2, bornes comprises. S = [−2 ; 2].

b) x² − x − 6 > 0. Deux nombres de somme 1 et de produit −6 : 3 et −2. Donc x² − x − 6 = (x − 3)(x + 2), positif strictement à l'extérieur des racines. S = ]−∞ ; −2[ ∪ ]3 ; +∞[.

c) (2x − 1)(x + 3) ≥ x² + 5x. On développe : 2x² + 6x − x − 3 = 2x² + 5x − 3. L'inéquation équivaut à 2x² + 5x − 3 − x² − 5x ≥ 0, soit x² − 3 ≥ 0, c'est-à-dire (x − √3)(x + √3) ≥ 0. Le trinôme est positif ou nul à l'extérieur des racines, bornes comprises. S = ]−∞ ; −√3] ∪ [√3 ; +∞[.

Exercice 2 · Pour quelles valeurs de m deux solutions distinctes ?

On considère l'équation x² + mx + 4 = 0, d'inconnue x, où m est un réel. Elle admet deux solutions distinctes si et seulement si son discriminant est strictement positif : Δ = m² − 16 > 0.

On résout cette inéquation du second degré d'inconnue m : m² − 16 = (m − 4)(m + 4), trinôme en m de coefficient 1 > 0, strictement positif à l'extérieur de ses racines −4 et 4. L'équation a deux solutions distinctes si et seulement si m ∈ ]−∞ ; −4[ ∪ ]4 ; +∞[.

Pour m = 4 ou m = −4, elle a une seule solution (x = −2 ou x = 2) ; pour −4 < m < 4, elle n'en a aucune.

Exercice 3 · Une inéquation avec un quotient

Résoudre dans ℝ ∖ {2} l'inéquation (x² − 4x + 3)/(x − 2) ≤ 0.

Le numérateur se factorise de tête : 1 est racine évidente (1 − 4 + 3 = 0), et le produit des racines vaut 3, donc l'autre racine est 3. x² − 4x + 3 = (x − 1)(x − 3), positif à l'extérieur de [1 ; 3], négatif entre 1 et 3. Le dénominateur x − 2 est négatif pour x < 2 et positif pour x > 2.

Tableau de signes, par intervalles : sur ]−∞ ; 1[, numérateur positif et dénominateur négatif, quotient négatif ; sur ]1 ; 2[, numérateur négatif et dénominateur négatif, quotient positif ; sur ]2 ; 3[, numérateur négatif et dénominateur positif, quotient négatif ; sur ]3 ; +∞[, quotient positif. Le quotient est nul en 1 et en 3, et n'est pas défini en 2.

L'inégalité étant large, 1 et 3 sont solutions ; 2 est exclu. S = ]−∞ ; 1] ∪ ]2 ; 3].

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je pars des copies, où l'intervalle se perd sur un crochet ou sur le signe de a. Je prends ce chapitre avant la classe, et une inéquation qui résiste se règle par un appel.

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