Accueil › Blog › Maths · Terminale
Forme exponentielle d'un nombre complexe : produits, puissances, Euler et Moivre
Pour tout réel θ, on note eiθ = cos θ + i sin θ. Tout nombre complexe non nul s'écrit z = reiθ, où r = |z| > 0 et θ est un argument de z : c'est sa forme exponentielle. La notation est justifiée par la relation eia × eib = ei(a + b) : on multiplie les modules et on additionne les arguments, ce qui rend les produits et les puissances immédiats.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Cette notion relève de l'option maths expertes de terminale, partie « Nombres complexes et trigonométrie » du programme de 2019. Elle prolonge l'article sur le module et l'argument : la forme trigonométrique r(cos θ + i sin θ) y était déjà, il manquait la règle qui fait de l'argument d'un produit une somme.
Les formules d'addition, par le produit scalaire
Le programme demande d'établir les formules d'addition à partir du produit scalaire et d'en démontrer une. Dans un repère orthonormé, soit u⃗(cos a ; sin a) et v⃗(cos b ; sin b), deux vecteurs unitaires tels que (i⃗, u⃗) = a et (i⃗, v⃗) = b. Par la relation de Chasles, (v⃗, u⃗) = a − b [2π].
En coordonnées, u⃗ · v⃗ = cos a cos b + sin a sin b. Avec la définition par le cosinus, u⃗ · v⃗ = ‖u⃗‖ ‖v⃗‖ cos(a − b) = cos(a − b). Donc, pour tous réels a et b :
cos(a − b) = cos a cos b + sin a sin b.
En remplaçant b par −b : cos(a + b) = cos a cos b − sin a sin b. En utilisant sin x = cos(π/2 − x) : sin(a + b) = cos((π/2 − a) − b) = cos(π/2 − a) cos b + sin(π/2 − a) sin b = sin a cos b + cos a sin b. Avec a = b, on obtient les formules de duplication cos 2a = cos² a − sin² a = 2cos² a − 1 = 1 − 2sin² a et sin 2a = 2 sin a cos a. Le produit scalaire en coordonnées et avec le cosinus est traité dans l'article sur le produit scalaire.
La notation eiθ et sa relation fonctionnelle
On pose, pour tout réel θ, eiθ = cos θ + i sin θ. C'est le complexe de module 1 et d'argument θ, image du point associé à θ sur le cercle trigonométrique. Par exemple ei0 = 1, eiπ/2 = i et eiπ = −1.
Relation fonctionnelle. Pour tous réels a et b, eia × eib = ei(a + b).
Preuve : (cos a + i sin a)(cos b + i sin b) = (cos a cos b − sin a sin b) + i(sin a cos b + cos a sin b) = cos(a + b) + i sin(a + b), d'après les formules d'addition.
C'est la propriété de l'exponentielle réelle, eˣ × eʸ = eˣ⁺ʸ, d'où le choix de la notation. On en déduit 1/eiθ = e−iθ = conj(eiθ), et par récurrence (eiθ)ⁿ = einθ pour tout entier n ≥ 0, puis pour tout n ∈ ℤ.
Pour z = reiθ et z′ = r′eiθ′, avec r, r′ > 0 : zz′ = rr′ ei(θ + θ′), z/z′ = (r/r′) ei(θ − θ′), zⁿ = rⁿ einθ et z̄ = re−iθ. C'est la démonstration de arg(zz′) = arg z + arg z′ [2π]. Enfin reiθ = r′eiθ′ (r, r′ > 0) si et seulement si r = r′ et θ = θ′ [2π].
Euler et Moivre
En ajoutant puis en soustrayant eiθ = cos θ + i sin θ et e−iθ = cos θ − i sin θ, on obtient les formules d'Euler :
cos θ = (eiθ + e−iθ)/2 et sin θ = (eiθ − e−iθ)/(2i).
La relation (eiθ)ⁿ = einθ, écrite avec cosinus et sinus, est la formule de Moivre : (cos θ + i sin θ)ⁿ = cos(nθ) + i sin(nθ). Elle sert à exprimer cos(nθ) en fonction de cos θ : pour n = 3, on développe le membre de gauche par la formule du binôme, et la partie réelle donne cos 3θ = cos³ θ − 3cos θ sin² θ = 4cos³ θ − 3cos θ, en remplaçant sin² θ par 1 − cos² θ. Euler fait le chemin inverse : il transforme une puissance de cos θ en combinaison de cos(kθ), ce qu'on appelle linéariser.
Choisir la bonne forme
Pour une somme, la forme algébrique. Pour un produit, un quotient, une puissance, la forme exponentielle : on calcule module et argument de chaque facteur, puis on combine. Pour passer d'une forme à l'autre, on calcule r et θ comme dans l'article sur le module et l'argument, et dans l'autre sens on développe reiθ = r cos θ + ir sin θ.
Exemple 1 · (1 + i)⁸ sans développer
|1 + i| = √2 et un argument est π/4, donc 1 + i = √2 eiπ/4. Alors (1 + i)⁸ = (√2)⁸ ei8π/4 = 16 ei2π = 16.
Exemple 2 · Un quotient calculé de deux façons, pour obtenir cos(7π/12)
Énoncé. On pose Z = (1 + i)/(1 − i√3). Écrire Z sous forme algébrique, puis sous forme exponentielle. En déduire cos(7π/12) et sin(7π/12).
Rédaction. Forme algébrique : Z = (1 + i)(1 + i√3)/(1 + 3) = (1 + i√3 + i − √3)/4 = (1 − √3)/4 + i(1 + √3)/4.
Forme exponentielle : 1 + i = √2 eiπ/4 et 1 − i√3 = 2e−iπ/3 (module 2, cosinus 1/2, sinus −√3/2). Donc Z = (√2/2) ei(π/4 + π/3) = (√2/2) ei7π/12.
En identifiant les parties réelles et imaginaires : (√2/2) cos(7π/12) = (1 − √3)/4, donc cos(7π/12) = (1 − √3)/(2√2) = (√2 − √6)/4 ; de même sin(7π/12) = (√2 + √6)/4.
Exemple 3 · Linéariser cos³ θ pour intégrer
Énoncé. Linéariser cos³ θ, puis calculer I = ∫ cos³ θ dθ entre 0 et π/2.
Rédaction. Par Euler et le binôme, cos³ θ = (eiθ + e−iθ)³/8 = (e3iθ + 3eiθ + 3e−iθ + e−3iθ)/8. On regroupe : e3iθ + e−3iθ = 2cos 3θ et eiθ + e−iθ = 2cos θ. Donc cos³ θ = (cos 3θ + 3cos θ)/4.
Une primitive est θ ↦ sin(3θ)/12 + 3sin(θ)/4, d'où I = (sin(3π/2)/12 + 3sin(π/2)/4) − 0 = −1/12 + 3/4 = 2/3. Le calcul d'intégrale lui-même est dans l'article sur l'intégrale en terminale.
La figure : multiplier par 1 + i, quatre fois
La figure suit l'exemple 1 dans l'ordre des puissances. Le point d'affixe z⁰ = 1 apparaît d'abord, puis la flèche de z = 1 + i, de module √2, avec l'arc qui marque l'angle π/4. Chaque étape suivante multiplie par z : la flèche verte de z² = 2i est √2 fois plus longue et tournée de π/4 de plus, puis vient la rouge de z³ = −2 + 2i, de module 2√2 et d'argument 3π/4, et enfin la bleue de z⁴ = −4, sur l'axe des réels négatifs. Les arcs dorés s'ajoutent un à un : les arguments s'additionnent. Une spirale en pointillés relie enfin les quatre points, ce qui montre qu'une suite de puissances tourne et s'éloigne de O à la fois. En continuant, z⁸ = (z⁴)² = 16 retombe sur l'axe des réels positifs.
Où les copies dérapent
- −2eiπ/3 présenté comme forme exponentielle : le module doit être strictement positif. Ce nombre vaut 2ei4π/3.
- eiπ/3 + eiπ/6 = eiπ/2 : les arguments s'additionnent pour un produit, jamais pour une somme.
- (reiθ)ⁿ = reinθ : le module aussi passe à la puissance n.
- Un argument final laissé à −1013π/3 au lieu d'être ramené dans ]−π ; π] quand l'énoncé demande l'argument principal.
- Dans une linéarisation, le facteur 1/2ⁿ oublié, ou le 2i de la formule de sin θ remplacé par 2.
Trois exercices corrigés sur la forme exponentielle
Exercice 1 · Passer d'une forme à l'autre
Énoncé. a) Écrire sous forme exponentielle −2, 3i et −1 − i. b) Écrire 4e−iπ/6 sous forme algébrique.
Correction. a) −2 = 2eiπ ; 3i = 3eiπ/2 ; |−1 − i| = √2, cosinus et sinus valent −√2/2, donc −1 − i = √2 e−3iπ/4.
b) 4e−iπ/6 = 4cos(π/6) − 4i sin(π/6) = 2√3 − 2i.
Exercice 2 · Pour quels n la puissance est-elle réelle ?
Énoncé. a) Calculer (1 + i√3)⁶. b) Écrire w = √3 − i sous forme exponentielle. Déterminer les entiers n ≥ 1 tels que wⁿ soit réel, et calculer w⁶. c) Donner le module et l'argument principal de w²⁰²⁶.
Correction. a) 1 + i√3 = 2eiπ/3, donc (1 + i√3)⁶ = 64ei2π = 64.
b) |w| = 2, cos θ = √3/2, sin θ = −1/2, donc w = 2e−iπ/6 et wⁿ = 2ⁿ e−inπ/6. wⁿ est réel si et seulement si sin(−nπ/6) = 0, soit nπ/6 = kπ avec k ∈ ℤ, c'est-à-dire n multiple de 6. Le plus petit est n = 6 : w⁶ = 64e−iπ = −64.
c) |w²⁰²⁶| = 2²⁰²⁶. Un argument est −2026π/6 = −1013π/3. Comme −1013π/3 + 338π = (−1013 + 1014)π/3 = π/3, l'argument principal est π/3 : w²⁰²⁶ = 2²⁰²⁶ eiπ/3.
Exercice 3 · Résoudre z³ = 1
Énoncé. Résoudre dans ℂ l'équation z³ = 1. Placer les solutions et calculer leur somme.
Correction. 0 n'est pas solution ; on cherche z = reiθ avec r > 0. z³ = r³e3iθ = 1 × ei0 équivaut à r³ = 1 et 3θ = 0 [2π], soit r = 1 et θ = 2kπ/3, k ∈ ℤ. Trois valeurs distinctes de eiθ : 1, j = e2iπ/3 = −1/2 + i√3/2 et e4iπ/3 = −1/2 − i√3/2. Leur somme vaut 1 − 1/2 − 1/2 + i(√3/2 − √3/2) = 0.
Les trois points sont sur le cercle de centre O et de rayon 1 et forment un triangle équilatéral de côté √3 : par exemple |1 − j| = |3/2 − i√3/2| = √(9/4 + 3/4) = √3. Les racines n-ièmes de l'unité généralisent ce cas dans la partie géométrique du programme.
Greg Mittelette
La forme exponentielle, je la prends avant la classe et je fixe à l'élève un objectif chiffré pour le devoir de complexes. Les linéarisations se rédigent ensuite au niveau des meilleurs lycées.
★★★★★ 5/5 sur 411 avis Superprof
Premier échange offert, 20 minutesÀ lire aussi