Accueil › Blog › Parents

Mon ado ne travaille pas au lycée : comprendre avant de serrer la vis

Un lycéen qui ne travaille pas n'est presque jamais un paresseux de nature. Le plus souvent, il dort trop peu, passe ses soirées sur son téléphone, ne voit pas à quoi servent ses cours, ou traîne un retard qui lui fait éviter le bureau. Chaque cause appelle une réponse différente. Il faut donc trouver la bonne avant de durcir les règles, sinon on serre la vis sur le mauvais boulon.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Durée de sommeil des lycéens avant un jour de classe, comparée au besoin estimé Combien dorment les lycéens Nuits avant un jour de classe · enquête EnCLASS 2018 besoin estimé : 8 à 10 h Lycéens, en moyenne 7 h 19 En terminale 7 h 13 5 h 6 h 7 h 8 h 9 h 10 h 29 % des lycéens dorment moins de 7 heures ; 41,4 % se disent fatigués presque tous les matins.
Le sommeil des lycéens les nuits avant un jour de classe. Source : enquête EnCLASS 2018 (EHESP).

La scène est connue de beaucoup de familles. La porte de la chambre est fermée, le sac n'a pas bougé depuis vendredi, et à la question « tu as du travail ? » la réponse tient en un mot, « fini », ou « rien ». Puis arrive un bulletin qui dit le contraire.

Je reçois beaucoup d'appels qui commencent comme ça. Ce que j'ai appris, en regardant ensuite travailler ces élèves, c'est que l'adolescent qui « ne fait rien » fait en général quelque chose de précis à la place, et que ce quelque chose se repère. La première tâche des parents est de le repérer, avant de chercher une punition ou une récompense.

Pourquoi mon ado ne travaille pas : regarder une semaine entière

Avant d'en parler avec lui, observez une semaine ordinaire sans rien dire. À quelle heure il éteint vraiment, et pas à quelle heure il va dans sa chambre. Combien de temps il passe à son bureau, et ce qu'il y fait. Quelles matières il ouvre, et lesquelles il ne touche jamais. Ce dernier point dit beaucoup. Un lycéen qui fait son anglais et son histoire mais jamais ses maths n'a pas un problème de travail. Il a un problème avec les maths.

Regardez aussi les notes une par une sur l'espace numérique de l'établissement, pas seulement la moyenne du bulletin. Une chute brutale après la Toussaint de seconde ne raconte pas la même histoire qu'une glissade lente depuis la quatrième.

Ce que cache le plus souvent le non-travail

Il est fatigué, vraiment

C'est la cause la plus sous-estimée, et elle est mesurée. Dans l'enquête nationale EnCLASS de 2018, un lycéen dort en moyenne 7 h 19 les nuits qui précèdent un jour de classe, alors que les spécialistes du sommeil estiment le besoin d'un adolescent entre 8 et 10 heures. Près de trois lycéens sur dix dorment moins de 7 heures, et quatre sur dix disent se lever fatigués presque tous les matins.

Un élève qui a dormi six heures et demie peut s'asseoir à son bureau à 18 heures. Il relira trois fois le même énoncé sans le comprendre et ira se coucher persuadé d'avoir perdu son temps. Vu de l'extérieur, ça ressemble beaucoup à de la mauvaise volonté.

Le téléphone a pris la soirée

Dans la même enquête, deux lycéens sur trois communiquent sur leur téléphone avant de s'endormir les veilles de cours, et la proportion monte à 73 % chez ceux qui manquent de sommeil. Le téléphone ne prend donc pas seulement le temps des devoirs. Il prend aussi la nuit, et la nuit d'après, il prend encore le temps des devoirs, parce que l'élève est fatigué.

Interdire ne suffit pas, et confisquer en pleine crise donne rarement le résultat attendu. Ce qui marche le mieux, d'après ce que me racontent les familles, c'est une règle simple, posée à froid et valable pour toute la maison : les téléphones dorment hors des chambres, à partir d'une heure fixée ensemble. Pendant le travail, le téléphone est dans une autre pièce, pas retourné sur le bureau. Beaucoup de lycées encadrent déjà le portable dans leur règlement intérieur : la règle de la maison ne fait alors que prolonger celle de l'établissement, ce qui aide à la faire accepter.

Il ne voit pas à quoi ça sert

En seconde, beaucoup d'élèves travaillent pour un horizon qui leur paraît flou. Ils n'ont pas encore choisi leurs spécialités, ne savent pas ce qu'ils feront après le bac, et « c'est important pour ton avenir » ne leur dit rien. Je ne crois pas aux grands discours sur l'avenir. Ce qui remet un élève au travail, c'est un objectif proche qu'il a choisi lui-même : garder la spé maths, passer au-dessus de 12 au deuxième trimestre, entrer dans une formation précise dont on a lu ensemble la fiche Parcoursup. Un objectif chiffré, daté, qu'il peut vérifier seul.

Il a pris du retard et il le fuit

C'est la cause que je rencontre le plus souvent en maths. L'élève a décroché sur un chapitre, puis sur le suivant, qui reposait sur le premier. À partir d'un certain point, ouvrir le cahier revient à constater qu'on ne comprend rien, et personne n'a envie de vivre ça chaque soir. Il fait donc autre chose. Les psychologues parlent d'évitement, et l'évitement résiste très bien aux sermons. Il recule quand le retard est identifié et repris dans l'ordre. Je décris comment le localiser dans mon enfant est nul en maths.

Une variante plus rare, et plus délicate : l'élève qui a peur des maths au point d'en être paralysé pendant les contrôles. La recherche a beaucoup travaillé sur cette angoisse, et elle ne se traite pas comme un manque de travail. J'y consacre un article entier, phobie des maths.

Le cadre, l'autonomie, et où placer le curseur

Les parents oscillent souvent entre deux positions. Tout contrôler, vérifier les devoirs chaque soir, s'asseoir à côté. Ou lâcher prise, « il a seize ans, c'est son problème ». Les deux échouent pour la même raison : l'élève n'a jamais l'occasion de prouver qu'il peut s'organiser seul, ni le filet qui l'empêche de tomber trop bas quand il n'y arrive pas.

Ce que je conseille ressemble à un contrat court. Un créneau de travail fixe, le même chaque jour, choisi par l'adolescent. Une vérification, une fois par semaine, qui porte sur ce qu'il sait faire et pas sur le temps passé. Et une marge qui grandit si les notes suivent. Un élève qui tient son créneau et remonte en maths n'a plus besoin qu'on lui demande chaque soir s'il a travaillé.

Pour la vérification, la question « tu as fait tes devoirs ? » ne sert à rien : la réponse sera oui. Demandez-lui plutôt de refaire devant vous, sans son cahier, un exercice corrigé en classe dans la semaine. Vous n'avez pas besoin de savoir le résoudre pour voir s'il hésite ou s'il déroule.

Les encouragements, enfin, ne fabriquent pas des enfants mous. Un lycéen qui a travaillé pour passer de 8 à 11 a besoin d'entendre que ça se voit, même si 11 reste une note moyenne.

Le cas des maths

Toutes les matières ne pardonnent pas de la même façon un trimestre sans travail. En histoire, un élève qui se réveille en mars peut apprendre ses chapitres et sauver le contrôle suivant. En maths, c'est presque impossible, parce que le chapitre de mars utilise ceux de novembre. Les dérivées supposent les fonctions, les suites supposent le calcul littéral. Un trimestre perdu en maths se paie donc au trimestre suivant, puis à celui d'après.

Les maths sont aussi la matière où le travail se voit le moins. Un élève peut lire son cours une heure, se sentir prêt et rater le devoir surveillé, parce qu'il n'a jamais fait un exercice nouveau sans l'aide du corrigé. Il en conclut que travailler ne sert à rien, et il arrête. Quand un adolescent dit « je travaille et ça ne marche pas », croyez-le, et regardez comment il travaille. J'ai détaillé la méthode qui marche dans comment remonter sa moyenne en maths.

Quand faire appel à quelqu'un, et à qui

Commencez par le lycée. Le professeur principal voit l'élève dans toutes les matières et sait si le décrochage est général ou concentré. Le CPE connaît les absences, les retards, l'ambiance de la classe. Un rendez-vous avec eux, les bulletins sur la table, vous apprendra des choses que votre enfant ne vous dira pas.

Si le blocage tient à une matière, et que le retard a dépassé ce qu'un élève peut rattraper seul, un professeur particulier se justifie. Choisissez-le sur sa façon de commencer : quelqu'un qui demande les copies, fait travailler l'élève devant lui et fixe un objectif. Je donne les questions à lui poser dans comment trouver un prof de maths particulier.

Parfois, le problème n'est pas scolaire. Un adolescent qui dort mal, s'isole, ne voit plus ses amis, a perdu goût aux choses qu'il aimait, ou dont l'humeur a changé depuis des semaines, n'a pas d'abord besoin de cours. Les chiffres de Santé publique France rappellent que ce n'est pas rare : en 2022, plus d'un lycéen sur quatre disait se sentir seul, et 15 % présentaient un risque important de dépression. Dans ce cas, parlez-en à votre médecin traitant. Les Maisons des adolescents reçoivent les 11-25 ans gratuitement et sans rendez-vous, et le Fil Santé Jeunes répond aux 12-25 ans, de manière anonyme et gratuite, au 0 800 235 236. Ce n'est pas mon domaine, et un prof de maths qui prétendrait le contraire devrait vous inquiéter.

Ce que je fais quand on me confie un élève « qui ne fait rien »

Je ne lui demande pas de travailler plus. Je cherche ce qui l'empêche de travailler en maths, sur ses copies et en le regardant faire, puis on reprend ce qui manque, dans l'ordre. Très vite, je prends de l'avance sur la classe. Un élève qui a déjà vu les premiers exercices d'un chapitre suit le cours au lieu de le subir, et c'est souvent à ce moment-là qu'il recommence à ouvrir son cahier sans qu'on le lui demande.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Quand des parents me disent que leur enfant ne travaille pas, je commence par le faire travailler devant moi, sur son dernier chapitre. On fixe ensuite avec lui un objectif chiffré, et vous savez toujours où il en est.

★★★★★ 5/5 sur 411 avis Superprof

Premier échange offert, 20 minutes

À lire aussi