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Phobie des maths : ce que dit la recherche, ce qui aide

Ce que les familles appellent phobie des maths, les chercheurs l'appellent anxiété mathématique : une peur qui se déclenche devant un calcul et fait perdre des moyens qu'on possède. Elle est étudiée depuis des décennies, touche aussi de bons élèves, et recule quand l'enfant accumule des réussites réelles sur des exercices bien choisis. Elle ne relève pas d'un diagnostic médical. Si elle déborde l'école, c'est un professionnel de santé qu'il faut voir.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Le cercle de l'évitement : peur, évitement, moins de pratique, moins de réussite Le cercle qui entretient la peur des maths Chaque étape nourrit la suivante · on le casse par des réussites réelles La peur On évite les maths On pratique moins On réussit moins Ce qui le casse, d'après la recherche : des exercices réussis, des lacunes comblées, la pression remise par paliers.
Le cercle de l'évitement décrit par la recherche sur l'anxiété mathématique.

Le mot « phobie » est fort, et les parents l'emploient rarement à la légère. Ils l'utilisent pour un enfant qui a mal au ventre le matin des devoirs de maths, qui rend une copie à moitié blanche alors qu'il savait faire les exercices la veille, ou qui fond en larmes devant un devoir maison. Ce que décrivent ces scènes porte un nom dans la littérature scientifique, et il existe sur le sujet des centaines d'études sérieuses.

Je ne suis pas médecin, et cet article ne pose aucun diagnostic. Il rassemble ce que la recherche a établi, ce que j'observe chez les élèves que j'accompagne, et les repères qui doivent amener une famille vers un professionnel de santé.

Anxiété mathématique : ce que les chercheurs désignent

Le psychologue américain Mark Ashcraft en a donné en 2002 une définition souvent reprise : un sentiment de tension, d'appréhension ou de peur qui gêne la réussite en mathématiques. Le dernier mot compte. Ne pas aimer les maths est le droit de chacun ; l'anxiété mathématique désigne une peur qui fait perdre des points à un élève capable de les gagner.

Les « phobies » au sens médical sont des troubles anxieux que seul un professionnel peut identifier. L'anxiété mathématique, elle, est un phénomène décrit chez des élèves par ailleurs en bonne santé, qui va d'une gêne légère à une panique franche. Parler de phobie, à la maison, n'a rien de grave, tant qu'on ne fait pas de ce mot une étiquette que l'enfant finit par porter.

Elle apparaît tôt. Une équipe de l'université de Chicago l'a mesurée dès les deux premières années d'école élémentaire, l'équivalent de notre CP et de notre CE1, dans une étude publiée en 2013. Elle touche aussi de très bons élèves.

Les signes à guetter autour d'un contrôle

Avant, c'est l'évitement qui domine. Le devoir de maths est toujours fait en dernier, ou pas du tout. L'enfant se plaint du ventre ou de la tête les matins de contrôle, et seulement ceux-là. Il refuse de réviser « parce que ça ne sert à rien ». Ashcraft décrivait déjà chez les élèves anxieux une forte tendance à éviter les maths, qui finit à la longue par faire baisser leur niveau.

Pendant, l'élève décrit un blanc. Il lit l'énoncé, ne sait plus par où commencer, oublie une formule qu'il récitait le matin même. Il passe trop de temps sur la première question, s'en veut, et le reste de l'épreuve se joue dans cet état.

Après, il y a le fameux « je savais le faire », qui exaspère les parents et qui est souvent vrai. Si votre enfant réussit ses exercices à la maison et rate systématiquement les mêmes en devoir surveillé, la peur est une meilleure explication que la paresse. Quand en revanche il ne sait pas faire les exercices même au calme, le problème est d'abord une lacune, et la peur vient par-dessus. C'est la situation que je décris dans mon enfant est nul en maths.

Pourquoi un élève qui sait perd ses moyens

L'explication la plus solide passe par la mémoire de travail, ce petit espace mental où l'on garde une retenue, un résultat intermédiaire, l'étape suivante d'un raisonnement. L'inquiétude occupe une partie de cet espace. Il en reste moins pour le calcul, et l'élève fait des erreurs qu'il ne ferait jamais au calme.

Cela explique un résultat qui surprend les familles. Dans l'étude de Chicago de 2013, ce sont les enfants dotés de la meilleure mémoire de travail, ceux qui utilisent les méthodes les plus ambitieuses, que l'anxiété pénalise le plus : les plus anxieux avaient près d'une demi-année scolaire de retard sur leurs camarades sereins. Je retrouve cela au lycée, chez des élèves qui raisonnent juste en classe et se trompent, le jour du devoir surveillé, dans un développement de troisième.

Une autre étude, menée en 2012 sur un petit groupe d'adultes très anxieux, a montré à l'imagerie cérébrale que l'annonce d'un calcul activait des régions associées à la perception de la menace et de la douleur, et que l'activation disparaissait pendant le calcul lui-même. L'échantillon est trop réduit pour en tirer des certitudes. Mais l'idée correspond à ce que décrivent les élèves : le pire moment est souvent celui où l'on distribue les sujets.

Le lien entre anxiété et résultats est confirmé à grande échelle. Une méta-analyse publiée en 2021 dans le Psychological Bulletin, qui rassemble 747 mesures issues d'études menées entre 1992 et 2018, le retrouve à tous les âges, de l'école élémentaire à l'âge adulte. L'effet est qualifié de « petit à modéré », ce qui est une bonne nouvelle : la peur pèse, mais elle ne décide pas de tout.

Ce qui l'entretient, souvent sans qu'on le veuille

L'évitement, d'abord, qui se nourrit de lui-même. Moins l'élève pratique, moins il réussit, plus il a de raisons d'avoir peur. Le cercle se ferme vite.

Les devoirs faits avec un parent anxieux, ensuite. C'est le résultat le plus dérangeant de la littérature, et le plus utile aux familles. Une étude parue en 2015 dans Psychological Science a suivi des enfants pendant une année d'école élémentaire. Ceux dont les parents étaient eux-mêmes anxieux face aux maths apprenaient moins et devenaient plus anxieux, mais seulement quand ces parents les aidaient souvent à faire leurs devoirs de maths. Les parents qui n'aidaient pas ne transmettaient rien. Si vous gardez un mauvais souvenir des maths, la meilleure aide est parfois de confier les devoirs à quelqu'un d'autre et de rester du côté des encouragements.

Le chronomètre trop tôt, enfin. Faire travailler en temps limité un élève qui panique, avant qu'il soit à l'aise, revient à lui faire répéter la panique.

Ce qui la fait reculer

La recherche ne propose pas de remède miracle. Elle a mis en évidence quelques gestes efficaces, que j'utilise dans cet ordre.

  1. Accumuler des réussites réelles. En 2015, une équipe de Stanford a proposé à des enfants de 7 à 9 ans huit semaines de tutorat individuel en maths, trois séances de 40 à 50 minutes par semaine. Chez les plus anxieux, l'anxiété a baissé, et l'activité de l'amygdale, une région du cerveau liée à la peur, est revenue au niveau de celle des enfants sereins. L'étude porte sur 46 enfants seulement, mais elle va dans le sens de ce que je vois : la peur recule quand l'élève constate, exercice après exercice, qu'il sait faire.
  2. Combler les lacunes qui donnent raison à la peur. Un élève qui a peur des fractions a souvent de bonnes raisons. On reprend la règle, on la fait fonctionner sur des exercices courts jusqu'à ce qu'elle ne lâche plus.
  3. Remettre la pression par paliers. D'abord sans limite de temps, puis avec une durée large, puis dans les conditions du devoir. La manière de préparer la semaine d'un contrôle est détaillée dans comment réviser un contrôle de maths.
  4. Écrire ses inquiétudes juste avant l'épreuve. C'est le résultat le plus étonnant. En 2011, deux chercheurs de l'université de Chicago ont fait écrire des lycéens de 14-15 ans, juste avant leur premier examen final de biologie, sur ce qui les inquiétait. Les plus anxieux qui avaient écrit ont obtenu en moyenne B+, contre B- pour les anxieux qui ne l'avaient pas fait, soit le niveau de leurs camarades sereins. L'hypothèse des auteurs : poser la peur sur le papier libère la mémoire de travail. Dix minutes suffisent dans leurs expériences en laboratoire. L'exercice ne coûte rien, mais il semble inutile pour les élèves peu anxieux.

Chez soi, le plus utile reste de ne pas dramatiser une mauvaise note, de ne jamais commenter le niveau de l'enfant (« tu n'es pas fait pour ça ») et de féliciter le travail engagé plus que le résultat.

Quand l'angoisse déborde les maths

Tout ce qui précède vaut pour une peur qui reste attachée aux maths et aux contrôles. Certains signes doivent vous faire sortir de ce cadre : des maux de ventre ou de tête qui reviennent pour toutes les matières, des nuits difficiles, un refus d'aller en classe, des crises de panique, une tristesse qui dure, un enfant qui s'isole. À ce stade, ni un professeur de maths ni des fiches de révision ne sont la bonne réponse.

Parlez-en d'abord à votre médecin traitant ou au pédiatre. Le dispositif Mon soutien psy permet, dès 3 ans, jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, remboursées, sans passer par un médecin depuis le 15 juin 2024. Les Maisons des adolescents reçoivent les 11-25 ans gratuitement et sans rendez-vous. Le Fil Santé Jeunes répond aux 12-25 ans au 0 800 235 236, de façon anonyme et gratuite. En cas d'idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.

Les deux suivis se combinent bien : un élève peut voir un psychologue et reprendre en même temps, avec un professeur, les chapitres qui l'inquiètent.

Comment je travaille avec un élève qui a peur des maths

Je ne parle presque jamais de la peur avec lui au début. Je lui donne un exercice qu'il va réussir, puis un autre un peu plus difficile, et je le regarde faire. Pendant ce temps, je repère sur ses copies où les points partent vraiment, et je fais la part entre ce qui relève de la lacune et ce qui relève de la panique. La lacune, on la reprend. Pour la panique, on avance par paliers, jusqu'au jour où il fait en temps limité ce qu'il réussissait déjà au calme. Les élèves ne disent pas qu'ils n'ont plus peur. Ils disent, un jour, que le contrôle « était faisable ».

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Avec un élève qui a peur des maths, je cherche dans ses copies ce qui a vraiment manqué, souvent une lacune précise. Entre deux séances, il peut m'appeler plutôt que rester bloqué seul.

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