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Théorème de Gauss en arithmétique : de « a divise bc » aux équations ax + by = c

Théorème de Gauss : soient a, b, c trois entiers relatifs, a non nul. Si a divise bc et si a et b sont premiers entre eux, alors a divise c. Il se démontre en quelques lignes avec le théorème de Bézout et sert surtout à résoudre les équations ax + by = c en nombres entiers. Sa conséquence la plus utilisée : si deux entiers premiers entre eux divisent n, leur produit divise n.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Les solutions entières de 7x + 5y = 3 Les solutions entières de 7x + 5y = 3 Une solution particulière (−6 ; 9), puis un saut de vecteur (5 ; −7) : Gauss garantit qu'il n'y en a pas d'autres −9 −8 −7 −6 −5 −4 −3 −2 −1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 −14 −13 −12 −11 −10 −9 −8 −7 −6 −5 −4 −3 −2 −1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 0 7x + 5y = 3 (−6 ; 9) (−1 ; 2) (4 ; −5) (9 ; −12) x = −6 + 5k y = 9 − 7k, k ∈ ℤ
Les solutions entières de 7x + 5y = 3 sont des points de la droite espacés régulièrement : on part de (−6 ; 9) et l'on avance par sauts de (5 ; −7).

Le théorème de Gauss fait partie de l'arithmétique de l'option maths expertes de terminale. Le programme de 2019 le place juste après le théorème de Bézout et range sa démonstration parmi celles qu'il faut savoir refaire.

L'énoncé, et pourquoi l'hypothèse ne se discute pas

Soient a, b, c des entiers relatifs avec a ≠ 0. Si a divise bc et si PGCD(a ; b) = 1, alors a divise c.

Sans l'hypothèse « premiers entre eux », la conclusion tombe : 6 divise 4 × 3 = 12, mais 6 ne divise ni 4 ni 3. Ici PGCD(6 ; 4) = 2, et une partie du 6 se loge dans le 4, l'autre dans le 3. Quand a et b n'ont aucun facteur commun, ce partage est impossible.

Lorsque a est un nombre premier p, PGCD(p ; b) = 1 dès que p ne divise pas b. On obtient le lemme d'Euclide : si p premier divise bc, alors p divise b ou p divise c. Il sert à l'unicité de la décomposition, traitée dans l'article sur les nombres premiers et la décomposition.

La démonstration par Bézout, et le corollaire

Théorème. Comme PGCD(a ; b) = 1, le théorème de Bézout donne deux entiers u et v tels que au + bv = 1. On multiplie par c : c = acu + bcv. Le nombre a divise acu, et il divise bc par hypothèse, donc bcv. Il divise la somme : a divise c.

Corollaire. Si a et b sont premiers entre eux et divisent tous deux n, alors ab divise n. En effet, a divise n, donc n = ak avec k entier. Alors b divise ak et PGCD(b ; a) = 1 : par le théorème de Gauss, b divise k, soit k = bk′. Donc n = abk′.

Le corollaire remplace deux divisibilités par une seule : un entier divisible par 4 et par 9 est divisible par 36. Il ne vaut plus sans l'hypothèse : 18 est divisible par 6 et par 9, mais pas par 54.

Résoudre ax + by = c en nombres entiers

La méthode attendue en devoir surveillé tient en cinq temps, et je fais justifier chacun sur la copie.

Exemple 1 · 7x + 5y = 3

Solution particulière. PGCD(7 ; 5) = 1 et 7 × (−2) + 5 × 3 = 1. En multipliant par 3 : 7 × (−6) + 5 × 9 = 3. Le couple (−6 ; 9) est solution.

Toutes les solutions. Si 7x + 5y = 3, alors 7x + 5y = 7 × (−6) + 5 × 9, donc 7(x + 6) = 5(9 − y). Ainsi 5 divise 7(x + 6) ; comme PGCD(5 ; 7) = 1, le théorème de Gauss donne : 5 divise x + 6. Il existe k ∈ ℤ tel que x = −6 + 5k. En reportant, 7 × 5k = 5(9 − y), donc y = 9 − 7k.

Réciproque. Pour tout k ∈ ℤ, 7(−6 + 5k) + 5(9 − 7k) = −42 + 45 = 3. Les solutions sont les couples (−6 + 5k ; 9 − 7k), k ∈ ℤ, par exemple (−1 ; 2), (4 ; −5), (9 ; −12).

Exemple 2 · 6x + 15y = 9, où il faut d'abord simplifier

Rédaction. PGCD(6 ; 15) = 3, qui divise 9 : il y a des solutions, et l'équation équivaut à 2x + 5y = 3. Le couple (−1 ; 1) convient. Si 2x + 5y = 3, alors 2(x + 1) = 5(1 − y) ; 5 divise 2(x + 1) et PGCD(5 ; 2) = 1, donc x = −1 + 5k, puis y = 1 − 2k. Réciproquement, 2(−1 + 5k) + 5(1 − 2k) = 3. Les solutions sont (−1 + 5k ; 1 − 2k), k ∈ ℤ.

Sans la division par 3, on écrit 6(x + 1) = 15(1 − y), et Gauss ne s'applique pas directement à 15 et 6, qui ne sont pas premiers entre eux.

Exemple 3 · Les racines rationnelles de 2x³ + x² + x − 1

Le programme cite ce problème parmi les « problèmes possibles ». On cherche les rationnels r tels que P(r) = 0, où P(x) = 2x³ + x² + x − 1.

Rédaction. On écrit r = p/q sous forme irréductible, avec q ≥ 1 et PGCD(p ; q) = 1. En multipliant P(p/q) = 0 par q³ : 2p³ + p²q + pq² − q³ = 0.

D'une part, q³ = p(2p² + pq + q²), donc p divise q³. Comme p est premier avec q, il est premier avec q³ (exercice 3 de l'article sur Bézout), et p divise 1 × q³ avec PGCD(p ; q³) = 1 : par Gauss, p divise 1, donc p = ±1. D'autre part, 2p³ = q(q² − pq − p²), donc q divise 2p³ ; q est premier avec p³, donc q divise 2 : q = 1 ou q = 2.

Les seuls candidats sont 1, −1, 1/2 et −1/2. Or P(1) = 3, P(−1) = −3, P(−1/2) = −3/2 et P(1/2) = 2/8 + 1/4 + 1/2 − 1 = 0. La seule racine rationnelle est 1/2. On peut même conclure sur ℝ : P(x) = (2x − 1)(x² + x + 1), et x² + x + 1 a un discriminant égal à −3, négatif.

Les solutions de 7x + 5y = 3 sur la droite

La figure reprend l'exemple 1. La droite d'équation 7x + 5y = 3 se trace d'abord : elle contient une infinité de points, mais seuls ceux à coordonnées entières sont des solutions. Le point (−6 ; 9) apparaît ensuite, puis trois sauts du même vecteur de coordonnées (5 ; −7) mènent à (−1 ; 2), (4 ; −5) et (9 ; −12). Les formules x = −6 + 5k, y = 9 − 7k s'affichent pour finir. Le théorème de Gauss explique pourquoi aucun point entier de la droite n'échappe à ces sauts : entre deux solutions, l'écart des abscisses est forcément un multiple de 5.

Les erreurs sur le théorème de Gauss qui coûtent des points

Trois exercices corrigés sur le théorème de Gauss

Exercice 1 · Divisible par 6, sans calculer

Énoncé. a) Montrer qu'un entier divisible par 6 et par 9 n'est pas forcément divisible par 54. b) Montrer que, pour tout n ∈ ℕ, n(n + 1)(2n + 1) est divisible par 6.

Correction. a) 18 est divisible par 6 et par 9, mais pas par 54. Le corollaire ne s'applique pas, car PGCD(6 ; 9) = 3.

b) Parmi n et n + 1, l'un est pair : 2 divise le produit. Pour 3, on raisonne sur le reste de n modulo 3 : si n ≡ 0 [3], 3 divise n ; si n ≡ 2 [3], 3 divise n + 1 ; si n ≡ 1 [3], 2n + 1 ≡ 3 ≡ 0 [3]. Dans tous les cas, 3 divise le produit. Comme 2 et 3 sont premiers entre eux, le corollaire du théorème de Gauss donne : 6 divise n(n + 1)(2n + 1).

Exercice 2 · 13x − 8y = 3

Énoncé. Résoudre dans ℤ² l'équation 13x − 8y = 3.

Correction. 13 × 5 − 8 × 8 = 65 − 64 = 1, donc PGCD(13 ; 8) = 1. On repère aussi la solution (−1 ; −2) : 13 × (−1) − 8 × (−2) = −13 + 16 = 3.

Si 13x − 8y = 3, alors 13(x + 1) = 8(y + 2). 8 divise 13(x + 1) et PGCD(8 ; 13) = 1, donc 8 divise x + 1 : x = −1 + 8k, k ∈ ℤ. En reportant, 13 × 8k = 8(y + 2), donc y = −2 + 13k. Réciproquement, 13(−1 + 8k) − 8(−2 + 13k) = −13 + 16 = 3. Les solutions sont (−1 + 8k ; −2 + 13k), k ∈ ℤ.

Exercice 3 · 300 € en jetons de 17 € et de 11 €

Énoncé. Un jeu vend des jetons à 17 € et à 11 €. On dépense exactement 300 €. Combien de jetons de chaque sorte peut-on avoir achetés ?

Correction. On cherche les entiers naturels x, y tels que 17x + 11y = 300. On a 17 × 2 + 11 × (−3) = 1, donc 17 × 600 + 11 × (−900) = 300. Comme précédemment, 17(x − 600) = 11(−900 − y), 11 divise 17(x − 600) et PGCD(11 ; 17) = 1, donc x = 600 − 11k, puis y = −900 + 17k, avec k ∈ ℤ ; la réciproque se vérifie : 17(600 − 11k) + 11(−900 + 17k) = 300.

On impose x ≥ 0 et y ≥ 0 : k ≤ 600/11 ≈ 54,5 et k ≥ 900/17 ≈ 52,9, donc k = 53 ou k = 54. On obtient (17 ; 1) et (6 ; 18). Vérification : 17 × 17 + 11 × 1 = 300 et 17 × 6 + 11 × 18 = 102 + 198 = 300. On a donc acheté soit 17 jetons à 17 € et 1 à 11 €, soit 6 à 17 € et 18 à 11 €.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je prends le théorème de Gauss avant la classe et je fais rédiger les équations diophantiennes comme dans les meilleurs lycées. Ce sont les copies de l'élève qui me disent quelle étape reprendre.

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