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Bordeaux ou Paris pour les études : rester ou partir après le bac ?

Une famille bordelaise qui hésite à envoyer son enfant à Paris, à Londres ou à Lausanne compare souvent des villes. Je compare plutôt des élèves. Les prépas parisiennes ne regardent pas l'adresse, l'EPFL demande 16 de moyenne, Oxford fait passer le même test de maths à tout le monde. Ce qui ouvre ces portes, c'est le niveau, et il se prépare bien avant la terminale.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Deux TGV en gare de Bordeaux-Saint-Jean
Deux TGV en gare de Bordeaux-Saint-Jean : Paris est à 2 h 04 depuis 2017. Photo Rémi J., Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

La question arrive en général en première, parfois plus tôt. Un parent me demande si son fils « doit » viser Paris, ou si sa fille perdrait quelque chose à rester à Bordeaux. Ma réponse déçoit parfois. Ça dépend de l'élève, beaucoup plus que de la ville. Bordeaux a de très bonnes formations, que je détaille dans l'article sur les études supérieures à Bordeaux. Ce qui suit concerne l'autre option, partir, et ce que chaque destination demande vraiment.

Paris : la prépa ne regarde pas votre adresse

Beaucoup de familles bordelaises pensent encore que Louis-le-Grand ou Henri-IV recrutent d'abord des Parisiens. C'est faux. L'entrée en classe préparatoire passe par Parcoursup et le lieu de résidence ne fait pas partie des critères. La proviseure d'Henri-IV l'a dit à L'Étudiant en 2024 : ses élèves viennent de lycées de province « grands et petits, publics ou privés », et elle n'y voit « aucun obstacle ».

Les chiffres de Parcoursup 2025 le confirment. En MPSI, 57 % des admis de Ginette (Sainte-Geneviève, à Versailles) viennent de l'extérieur de l'Île-de-France, 42 % à Louis-le-Grand, 40 % à Stanislas, 26 % à Henri-IV. Combien viennent de Bordeaux, personne ne le sait : les données publiques ne détaillent pas l'académie d'origine.

La porte est donc ouverte. Le niveau demandé, lui, est plus haut qu'à Bordeaux, et pas d'un peu.

MPSI, Parcoursup 2025Taux d'accèsAdmis avec mention TB ou félicitationsdont félicitations du jury
Louis-le-Grand (Paris)4 %90 %46 %
Pierre-de-Fermat (Toulouse)7 %97 %36 %
Sainte-Geneviève (Versailles)9 %98 %74 %
Michel-Montaigne (Bordeaux)10 %88 %22 %

Taux d'accès : part des candidats qui ont reçu une proposition. Source : open data Parcoursup, session 2025, ministère de l'Enseignement supérieur.

À Ginette, trois admis sur quatre avaient les félicitations du jury. À Montaigne, un sur cinq. Un dossier qui passe largement à Montaigne peut se retrouver dans la moyenne basse des candidats de Ginette. Et l'écart se retrouve à la sortie. Aux concours 2025, Ginette a fait entrer 33,9 % de ses élèves de MP à Polytechnique, Louis-le-Grand 21,3 %, aucune prépa bordelaise n'en a placé. Je ne développe pas ici les résultats des prépas bordelaises, qui ont leurs points forts (la PT* de Gustave-Eiffel surtout) : ils sont dans l'article sur ce que donnent les prépas de Bordeaux.

Où loger un élève de 17 ans à Paris

C'est souvent ce qui fait reculer les parents, et ils ont raison d'y penser. Henri-IV a un internat de 160 lits, dont plus de la moitié occupés par des boursiers, pour environ 1 100 élèves de prépa. Ginette loge tous ses élèves en internat, c'est une partie de son modèle. Pour Louis-le-Grand, je n'ai pas trouvé de chiffre officiel fiable sur l'internat, donc je ne vous en donne pas. Hors internat, il faut compter avec le coût de Paris, que l'UNEF estimait en 2025 à 1 627 euros par mois pour un étudiant, dont 915 euros de loyer. La comparaison avec Bordeaux est dans l'article étudier à Bordeaux.

Sur un forum de prépas, en juin 2025, une famille bordelaise hésitait entre Montaigne et Saint-Louis en BCPST. Un parent lui a fait remarquer que le « choc » du départ serait sans doute moins lourd à Paris, en internat et entourée, que seule dans un studio à Bordeaux. Je trouve l'argument juste, et on y pense rarement.

Le Royaume-Uni depuis le Brexit

Depuis la rentrée 2021, un étudiant français paie les frais « internationaux » fixés par chaque université, sans accès aux prêts britanniques. Le retour du pays dans Erasmus+, prévu à partir de 2027-2028, concerne les échanges d'un semestre ou d'un an. Il ne change rien au prix d'une licence complète.

Ce prix est élevé. Imperial College affiche 44 850 livres par an pour sa licence de mathématiques ; à Oxford, les frais des étudiants étrangers vont de 37 380 à 62 820 livres par an selon la filière, logement non compris.

Pour les maths, il y a aussi un changement que beaucoup de sites n'ont pas encore intégré. Oxford a supprimé le MAT, son test d'admission historique, utilisé de 2007 à 2025. Depuis le cycle d'admission 2026, tous les candidats passent le TMUA, comme à Cambridge et à Imperial. Ce sont deux épreuves de 75 minutes, 20 questions à choix multiples chacune, sans calculatrice. Cambridge y ajoute le STEP en condition d'offre, et demande un dossier de très haut niveau (A*A*A en A Levels, 41 à 42 points à l'IB).

Le TMUA ne ressemble pas à un sujet de bac. Quarante questions courtes, sans calculatrice, à raison d'un peu moins de quatre minutes chacune. Un élève qui connaît son cours mais calcule lentement s'y fait surprendre. Les lycées n'y préparent pas, ce n'est pas leur rôle. Ça se travaille sur plusieurs mois, avec des sujets officiels.

Les États-Unis : le prix affiché et le prix payé

Harvard annonce un coût total de 91 634 dollars pour l'année 2026-2027, frais de scolarité, logement, repas et assurance compris. Le MIT, 93 730 dollars. Ces montants font fuir beaucoup de familles, et souvent à tort.

Depuis 2025-2026, Harvard est gratuit pour les familles qui gagnent moins de 100 000 dollars par an, et la scolarité y est gratuite jusqu'à 200 000 dollars de revenus. Les étudiants internationaux ont droit à la même aide. Le MIT admet ses candidats sans regarder leurs moyens, étrangers compris, et couvre ensuite tout le besoin financier calculé. Le filtre, ce sont les places, très peu nombreuses, et le dossier.

Ce dossier comprend de nouveau un score au SAT ou à l'ACT. Le MIT l'a réintroduit en 2022, Harvard à partir de la promotion 2029. La partie maths du SAT est à la portée d'un bon élève français, sur le fond. Pour les universités de ce niveau, il faut pourtant viser très haut, et l'anglais des énoncés piège des élèves qui connaissent parfaitement la notion.

EPFL et ETH Zurich : une moyenne à atteindre

La Suisse est la destination la plus lisible. L'EPFL admet les bacheliers français qui ont au moins 16 sur 20 de moyenne générale, avec maths et physique au plus haut niveau et au moins 16 dans ces matières aussi. Depuis 2025, la première année est plafonnée à 3 000 places ; s'il y a trop de candidats, l'école les classe à la moyenne générale. Il faut aussi un niveau B2 en français, ce qui ne pose pas de problème à un élève bordelais. L'ETH Zurich demande une moyenne finale d'au moins 16, avec 14 de moyenne dans les matières scientifiques et la langue ; elle a annoncé de nouvelles règles à partir de l'automne 2028.

Le coût reste raisonnable, même après la hausse : 2 190 francs suisses par semestre pour les étudiants étrangers depuis l'automne 2025, le triple de l'ancien tarif.

Ce que je dis aux familles, c'est que l'admission à l'EPFL n'est pas le plus dur. La première année y est très sélective, et un élève qui arrive avec un 16 obtenu sans vraie solidité en analyse le découvre au premier semestre.

Montréal et Milan

Grâce à l'accord entre la France et le Québec, un étudiant français en licence à McGill paie le tarif des étudiants canadiens, sans le supplément international. Pour les sciences (maths, physique, informatique), McGill indique une moyenne attendue au bac de 16,5 à 17,5, avec 15,5 à 16,5 en maths et sciences ; l'ingénierie mécanique monte à 18-19. L'université précise qu'il n'y a « aucune garantie ».

Bocconi, à Milan, facture 17 000 euros la première année de licence en 2026-2027, avec des réductions de 20 à 100 % selon la situation de la famille. Je n'ai pas vérifié sur la page officielle le détail de ses tests d'admission, donc je n'en dis pas plus ici.

Le choix du roi, élève par élève

Les familles parlent du « choix du roi » quand l'élève a plusieurs admissions et peut prendre la meilleure. À Bordeaux, il se pose surtout entre Montaigne et une grande prépa parisienne, ou entre une prépa et l'étranger.

Pour un élève qui est premier partout depuis la première et vise Polytechnique ou l'ENS, les statistiques penchent nettement vers Paris ou Versailles. Je ne le cache pas, les écarts de la sortie sont trop grands.

Pour un très bon élève qui vise Centrale, les Mines, les Arts et Métiers ou une bonne école d'ingénieurs, Montaigne fait mieux que la moyenne nationale, et rester près de chez soi à 17 ans a une valeur que les classements ne mesurent pas. Un élève qui se sent bien en prépa travaille mieux. Je l'ai vu souvent.

Pour un élève bilingue, à l'aise à l'oral, qui n'a pas envie de deux ans de prépa, l'étranger se discute vraiment, à condition de regarder le coût réel après les aides et pas le prix affiché.

Pour un élève solide mais pas exceptionnel, partir à Paris pour être dans le dernier quart d'une classe très forte est rarement une bonne idée. Sur un forum, en 2023, un élève du Sud-Ouest hésitait entre Montaigne et une prépa plus accessible ; on lui a répondu qu'être en tête d'une prépa facile et être dernier d'une très sélective n'ont pas le même effet sur le moral. Les deux situations ont leurs risques, et je les pèse avec chaque famille.

Ce que ces départs demandent en maths

Toutes ces destinations ont un point commun. Elles trient sur les maths, et sur des maths que le lycée n'enseigne pas tout à fait. Le dossier de Ginette se joue sur des résultats dignes des félicitations du jury, le TMUA sur du raisonnement rapide, le SAT sur la précision en anglais, l'EPFL sur une moyenne qui doit tenir jusqu'au bac. Avec les élèves bordelais que j'accompagne, je commence tôt, en seconde idéalement, par installer de vraies bases en calcul et en démonstration. Ensuite seulement on prépare le test ou le concours visé, avec des sujets réels et un calendrier. Quand ce travail est fait à temps, la famille décide de rester ou de partir pour de bonnes raisons, et pas parce qu'une note de terminale a tranché à sa place.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves bordelais jusqu'au choix du supérieur ; certains de mes élèves sont entrés à Polytechnique, à Ginette ou à l'EPFL, d'autres sont restés près de chez eux. Je ne pousse personne vers le départ.

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