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Étudier à Bordeaux : ce que la ville offre, ce qui coince

Pour un lycéen qui aime les sciences, Bordeaux offre plus que sa réputation de ville agréable. Une université bien classée, et en Gironde l'un des lasers les plus énergétiques au monde. Le revers existe aussi, à commencer par le logement.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Le domaine universitaire de Talence, université de Bordeaux
Le domaine universitaire de Talence, cœur scientifique de l'université de Bordeaux. Photo Prométhée33, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Je pose souvent la même question aux parents d'un élève de première qui parle de « partir ». Qu'est-ce que vous savez de ce qu'il y a ici ? La réponse est en général un peu courte. On connaît Montaigne et la fac. Le reste beaucoup moins, et c'est dommage, parce qu'un élève attiré par la physique, l'informatique ou l'ingénierie a autour de Bordeaux de quoi faire toute sa formation, jusqu'à la thèse.

Cet article ne détaille pas les formations une par une (elles sont dans l'article sur les études supérieures à Bordeaux). Il parle de la ville elle-même, de ce qu'elle apporte à un élève ambitieux, et de ce qu'elle lui coûte.

Une grande ville étudiante, et une université qui compte

La métropole compte plus de 100 000 étudiants, dont environ 54 000 à l'université de Bordeaux. L'Étudiant la présente comme le cinquième pôle universitaire français, et la croissance n'est pas finie : 25 000 étudiants de plus en quinze ans.

L'université figure dans les 400 premières du classement de Shanghai 2026, dans la tranche 301-400. Pour une université française de région, c'est un bon rang. Elle a aussi obtenu en 2016 la confirmation définitive de son label d'excellence IdEx, avec Strasbourg et Aix-Marseille, les trois premières en France à le garder sans limite de durée.

Où la science se fait, autour de la ville

Ce qui me frappe le plus, quand je parle de Bordeaux à des élèves scientifiques, c'est la concentration d'outils de recherche dans un rayon assez court.

Sur le campus de Talence

L'Institut d'Optique Graduate School a ouvert son bâtiment bordelais en 2014, l'Institut d'Optique d'Aquitaine. Il abrite le LP2N, un laboratoire de photonique commun à l'école, à l'université et au CNRS, créé en 2011. À côté, le centre Inria de l'université de Bordeaux réunit une vingtaine d'équipes-projets, en modélisation, calcul haute performance, robotique, intelligence artificielle, santé et aéronautique. Pour un élève qui hésite entre maths et informatique, c'est le genre d'endroit où l'on voit à quoi servent les équations qu'on résout en prépa.

Au Barp, au sud de la métropole

Le CEA y exploite le Laser Mégajoule, l'un des lasers les plus énergétiques au monde. 176 faisceaux, plus d'un mégajoule dans l'ultraviolet, couplé au laser pétawatt PETAL. Il sert à étudier la matière dans des conditions extrêmes, celles d'une arme nucléaire ou du cœur d'une étoile. Le CEA annonce qu'il sera pleinement opérationnel en 2027. Je le cite souvent aux élèves de terminale qui me demandent à quoi sert la physique. La réponse est en Gironde.

Autour de l'aéroport

Mérignac, Le Haillan et Saint-Médard-en-Jalles forment la zone Bordeaux Aéroparc. Dassault Aviation, ArianeGroup, Thales et Safran y sont installés. J'ai travaillé dans l'aéronautique et le spatial avant d'enseigner, ces noms ne sont pas abstraits pour moi. On y entre comme ingénieur, par des écoles qui recrutent d'abord sur les maths.

Le budget, comparé à Paris

L'UNEF publie chaque été une estimation du coût de la vie étudiante par ville. En 2025, un étudiant non boursier à Bordeaux dépensait environ 1 291 euros par mois, contre 1 627 à Paris. L'écart vient presque entièrement du loyer : autour de 590 euros dans le privé à Bordeaux, 915 à Paris. Sur un an, ça fait près de 3 900 euros de loyer en moins.

Cet écart se réduit. Le coût de la vie étudiante a pris presque 7 % en un an à Bordeaux d'après la même enquête de 2025, bien plus que la moyenne nationale, et les loyers y ont encore augmenté de près de 8 % en 2026. Un studio de 20 m² se loue en moyenne 583 euros par mois. Bordeaux reste moins chère que Paris, de moins en moins nettement.

Le logement, le vrai point noir

Je préfère le dire aux familles avant qu'elles ne le découvrent en août : trouver un logement étudiant à Bordeaux est difficile. Le Crous ne loge qu'un étudiant bordelais sur dix. Trois nouvelles résidences ont ouvert à la rentrée 2026, à Pessac, à Lormont et dans le quartier Euratlantique, soit 1 500 places, ce qui ne suffit pas. L'Étudiant a publié en septembre 2026 un reportage sur des étudiants sans logement à la rentrée, dont une étudiante qui faisait l'aller-retour en TER depuis Bergerac chaque jour et un étudiant qui dormait sur un canapé-lit et disait ne pas pouvoir se concentrer sur ses cours.

Pour un élève admis en prépa, l'internat règle le problème. Celui de Montaigne compte 300 places, réservées aux élèves de classes préparatoires. Pour un étudiant à l'université ou en école, il faut chercher tôt, dès les résultats de Parcoursup, et parfois accepter Pessac ou Talence plutôt que le centre.

Une seule grande prépa scientifique

C'est l'autre limite, et elle compte pour les meilleurs élèves. Bordeaux a une grande prépa scientifique, Montaigne, avec ses classes étoilées en deuxième année (MP*, PC*, PSI*, MPI*). C'est beaucoup pour une ville de province. Mais Paris et Versailles en ont une douzaine, et au palmarès 2026 de L'Étudiant pour l'entrée à Polytechnique depuis la MP, aucune prépa bordelaise ne figure parmi les 34 lycées qui ont fait intégrer au moins un élève en 2025. Gustave-Eiffel fait exception dans sa filière, la PT, où il se classe parmi les meilleurs lycées de France. Les chiffres sont dans l'article sur les résultats des prépas bordelaises.

Pour un élève qui vise l'X ou l'ENS Ulm et qui a le dossier pour, la question de partir se pose donc sérieusement. Je la traite dans l'article Bordeaux ou Paris pour les études. Depuis la ligne à grande vitesse ouverte le 2 juillet 2017, Paris est à 2 h 04 en train, contre un peu plus de trois heures avant. Un élève peut d'ailleurs faire sa prépa à Paris en rentrant chez lui un week-end sur deux.

Pour quel élève Bordeaux est une chance

Pour la très grande majorité des élèves que je suis, rester à Bordeaux après le bac est un bon choix. Un très bon élève en sciences y trouve une prépa dont les résultats vers Centrale, les Mines ou les Arts et Métiers dépassent nettement la moyenne nationale, une licence de maths internationale très sélective, des écoles d'ingénieurs et des laboratoires réputés. Il reste près de sa famille et dépense moins qu'à Paris.

Pour l'élève qui est premier partout depuis la seconde et rêve de l'X, Bordeaux peut être un point de départ plutôt qu'une destination. Les deux cas existent, et je ne pousse dans aucun sens.

Dans les deux cas, tout commence au lycée, et souvent par les maths. Avec les élèves bordelais que j'accompagne, je travaille d'abord le calcul juste et la démonstration rédigée sans trou, puis les chapitres qui préparent la suite, l'analyse surtout. Les formations qui font la force de Bordeaux, de Montaigne au CPBx, recrutent sur ces bases-là.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves bordelais du lycée jusqu'au supérieur, prépa comme université. Le travail porte sur des maths comprises en profondeur, rédigées au niveau des meilleurs établissements.

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