Études supérieures à Bordeaux : les formations sélectives après le bac
Douze places, 742 vœux, 70 % de mentions très bien parmi les admis : la licence de mathématiques parcours international de l'université de Bordeaux recrute plus haut que toutes les prépas scientifiques de la ville, Montaigne excepté. Le supérieur bordelais réserve ce genre de surprise à qui lit Parcoursup formation par formation, et les maths y font presque toujours la différence.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Quand une famille bordelaise ouvre Parcoursup pour la première fois, elle cherche d'abord les noms qu'elle connaît : Montaigne, Sciences Po, KEDGE. Je l'invite à faire autrement. L'open data du ministère donne, pour chaque formation, le nombre de places, le nombre de vœux, le taux d'accès et la part de mentions très bien chez les admis. Rangées sur ce dernier critère, les formations bordelaises ne tombent pas dans l'ordre attendu.
Un mot sur le taux d'accès, parce qu'il trompe souvent. Il indique la part des candidats qui ont reçu une proposition, calculée sur le rang du dernier appelé. Ça ne mesure pas la part d'admis. Sciences Po Bordeaux affiche 15 % sur Parcoursup, alors que L'Étudiant indique que moins de 7 % des candidats y ont trouvé une place en 2025. La part de mentions très bien renseigne mieux sur le niveau de ceux qui finissent admis.
Le niveau d'entrée, formation par formation
| Formation | Places | Vœux | Taux d'accès | Admis avec mention TB ou félicitations |
|---|---|---|---|---|
| MPSI, lycée Montaigne | 94 | 5 266 | 10 % | 88 % |
| Sciences Po Bordeaux, cursus général | 275 | 3 777 | 15 % | 88 % |
| Licence de mathématiques, parcours international (université) | 12 | 742 | 15 % | 70 % |
| CPBx, vœu ENSC (cognitique) | 10 | — | 16 % | 67 % |
| La Prépa des INP, Bordeaux | 70 | 3 767 | 37 % | 66 % |
| MPSI, lycée Camille Jullian | 48 | 2 982 | 20 % | 64 % |
| CPES Sciences et société (université) | 45 | 813 | 26 % | 49 % |
| CPBx, vœu ENSEIRB-MATMECA | 20 | — | 19 % | 42 % |
| PCSI, lycée Gustave Eiffel | 96 | 2 293 | 32 % | 42 % |
| CMI statistique et informatique (université) | 10 | 303 | 29 % | 25 % |
| Bachelor de technologie, Arts et Métiers | 25 | 819 | 14 % | 25 % |
| MPSI, Sainte-Marie Grand Lebrun | 48 | 830 | 63 % | 17 % |
| Licence de mathématiques, portail classique | 155 | 3 633 | 82 % | 11 % |
| KEDGE, programme post-bac bac+5 | 270 | 5 200 | 52 % | 1 % |
Session 2025, phase principale. Source : open data Parcoursup, ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (fr-esr-parcoursup). Le CPBx se demande école par école ; le nombre de vœux par école n'est pas repris ici.
Deux lignes du haut ne surprendront personne. Les deux suivantes, si. La licence de maths parcours international et le vœu ENSC du CPBx recrutent au-dessus de presque toutes les prépas scientifiques de la ville, sur des effectifs minuscules. Et le Bachelor des Arts et Métiers, avec 14 % de taux d'accès, est plus difficile à obtenir sur le papier que la MPSI de Camille Jullian, alors qu'il prend des profils plus variés : un quart seulement de ses admis avaient la mention très bien.
Les prépas, très brièvement
Bordeaux compte une grande prépa, Montaigne (28 classes, plus d'un millier d'étudiants, internat de 300 places), et trois autres pôles : Camille Jullian (MPSI, PCSI, khâgne), Gustave Eiffel (PCSI, PTSI, ENS D1 et D2) et Grand Lebrun (MPSI, ECG), le seul privé. Je compare l'entrée dans les deux lycées publics du centre dans l'article Montaigne ou Camille Jullian, et leurs résultats aux concours dans un article à part.
Bordeaux INP, deux portes dès le bac
Bordeaux INP regroupe six écoles d'ingénieurs publiques : l'ENSEIRB-MATMECA, l'ENSCBP, l'ENSC (cognitique), l'ENSEGID, l'ENSPIMA et l'ENSTBB ; Bordeaux Sciences Agro y est associée. Le gros des places se gagne au concours commun INP, après deux ans de prépa. Un bachelier peut y entrer directement par deux chemins.
Le premier est le CPBx, le cycle préparatoire de Bordeaux, à Talence. On y postule école par école, ce qui donne des sélectivités très différentes. L'ENSPIMA n'a que 5 places et un taux d'accès de 8 %. L'ENSC en a 10 (16 %), l'ENSEIRB-MATMECA 20 (19 %), l'ENSTBB 8 (11 %). Le second chemin est La Prépa des INP, qui recrute 70 élèves à Bordeaux sur 3 767 vœux, dont deux tiers avaient la mention très bien.
Reste à savoir combien de places ces voies ouvrent vraiment. Pour la seule spécialité mathématiques et mécanique de l'ENSEIRB-MATMECA, la fiche officielle de l'école prévoit 36 places pour les élèves de MP, 20 pour les PSI, 7 pour les PC, 5 pour les PT, 2 pour les MPI, et 8 chacune pour La Prépa des INP et le CPBx. Seize places sur quatre-vingt-six pour les voies post-bac. Le CPBx est une belle porte, mais étroite.
À la sortie, sur 649 ingénieurs diplômés de Bordeaux INP en 2024, 73 % occupaient un emploi salarié en France un an plus tard, aux trois quarts en emploi stable. Le chiffre ne compte ni les postes à l'étranger ni les indépendants, ce qui le tire vers le bas pour une école d'ingénieurs.
Arts et Métiers, campus de Talence
Le campus bordelais des Arts et Métiers n'a pas de concours propre. Les élèves de prépa y entrent par la banque PT ou par le concours Centrale-Supélec, avec un recrutement national, et font leur première année dans l'un des campus de province, dont celui de Talence. La filière qui y mène le mieux depuis Bordeaux est la PT* de Gustave Eiffel : 41 de ses élèves ont intégré les Arts et Métiers en 2025.
Pour un bachelier, l'entrée directe est le Bachelor de technologie en génie mécanique et production, 25 places pour 819 vœux. Je le conseille à un élève solide en maths et en physique, qui aime le concret et ne veut pas de prépa.
Les écoles d'ingénieurs privées
L'offre post-bac privée est large à Bordeaux et peu sélective à l'entrée. Sur Parcoursup en 2025, l'ECE affichait un taux d'accès de 96 %, l'ESME 93 %, l'EFREI 88 %, l'ECAM LaSalle (installée au lycée Saint-Genès) 88 %, ELISA Aerospace 84 %, le concours Puissance Alpha 87 à 91 % selon les vœux. L'ESTACA (47 %) et le CESI (46 %) filtrent davantage.
Mon avis est simple. Ces écoles conviennent à des élèves qui ont un projet d'ingénieur précis, l'aéronautique pour ELISA Aerospace par exemple, et qui ne veulent pas de prépa. Pour un élève fort en maths, elles sont rarement le meilleur usage de son dossier : il aurait sa place au CPBx ou en MPSI, dans le public.
À l'université, viser les petites promotions
L'université de Bordeaux a deux visages en maths. La licence classique accueille 155 étudiants avec un taux d'accès de 82 % et 11 % de mentions très bien : elle est ouverte à presque tous. Le parcours international, lui, prend 12 étudiants et 70 % de mentions très bien. Même logique en physique (12 places, 32 % d'accès) et en informatique (12 places, 17 %).
Les cursus master en ingénierie (CMI) sont l'autre bonne surprise. Ce sont des licences renforcées, prolongées par un master, avec un label national. Le CMI statistique et informatique ne prend que 10 étudiants ; celui d'aéronautique, IMSAT, en prend 60 avec un taux d'accès de 19 %. Pour un élève qui aime les maths appliquées et ne se voit pas en prépa, c'est la piste que je recommande le plus souvent de regarder.
La CPES Sciences et société, montée avec le lycée Montaigne, recrute 45 élèves (26 % d'accès, 49 % de mentions très bien). Je n'ai trouvé en revanche aucune double licence maths-physique ou maths-informatique de l'université de Bordeaux dans les données Parcoursup 2025.
Un dernier repère, pour les familles qui pensent que l'université n'est pas sélective. En 2025, le BUT gestion des entreprises et des administrations de l'IUT de Bordeaux avait un taux d'accès de 4 %, le BUT techniques de commercialisation 6 %. Et le PASS, la première année de santé, offre 1 400 places réparties en huit mineures dont le taux d'accès va de 6 à 37 %.
Sciences Po Bordeaux, un concours à part
Sciences Po Bordeaux ne passe pas par le concours commun des autres instituts d'études politiques. Sa procédure 2026, décrite par L'Étudiant, se fait en trois temps. Un algorithme compare d'abord les notes du candidat à la moyenne de sa classe en français, histoire-géographie, langues, spécialités et philosophie ; environ un quart des candidats sont déclarés admissibles, et cette étape compte pour 40 % de la note. Une lecture qualitative du dossier pèse 20 %. Un oral de vingt minutes, à partir d'une image de presse, compte pour les 40 % restants.
Le recrutement est national. Seulement 22 % des admis de 2025 venaient de l'académie de Bordeaux, et 88 % avaient une mention très bien. Les filières intégrées vont plus loin encore : France-Espagne, 12 places, 9 % de taux d'accès. Les maths ne font pas l'objet d'une épreuve, mais une spécialité maths bien tenue pèse dans la première étape, puisque chaque note y est comparée à celle de la classe. Le lycée Montesquieu propose un semestre de préparation à ce concours, et, d'après une ancienne élève, des professeurs de khâgne de Montaigne animent des ateliers de culture générale pour les IEP.
KEDGE et les écoles de commerce
KEDGE, sur son campus de Talence, recrute de deux façons. Après le bac, son programme international en cinq ans prend 270 élèves avec un taux d'accès de 52 % ; son bachelor, 270 aussi, à 77 %. Le programme grande école, celui qui fait la réputation de l'école, recrute surtout après une prépa ECG, par le concours BCE. Sur 1 472 diplômés de ce programme en 2024, 60 % étaient salariés en France un an après, dont 80 % en emploi stable, sans compter ceux partis travailler à l'étranger.
Pour un élève qui vise une grande école de commerce, la prépa ECG en maths approfondies reste le chemin le plus direct, et elle se prépare dès la terminale avec les maths expertes. Montaigne et Grand Lebrun en ont une. L'INSEEC et l'ESSCA proposent aussi des programmes post-bac à Bordeaux, avec des taux d'accès de 71 à 88 %.
Où les maths décident
En reprenant le tableau, je classe ces formations en trois groupes. Là où la note de maths fait l'admission : MPSI de Montaigne et de Camille Jullian, licence de maths internationale, CPBx, La Prépa des INP, CMI statistique. Là où elle compte sans être seule : Sciences Po Bordeaux, le Bachelor des Arts et Métiers, la CPES. Là où elle pèse peu à l'entrée : les écoles privées d'ingénieurs et les programmes post-bac des écoles de commerce. Les futurs ingénieurs et les étudiants d'école de commerce retrouvent pourtant des maths dès le premier semestre, et celui qui est entré par la porte la moins exigeante paie alors l'écart de niveau.
Avec un élève qui vise le haut de ce tableau, le travail commence en première. Je regarde ses bulletins avec lui comme un jury les lira, matière par matière, parce que Parcoursup classe sur les moyennes de première et de terminale. Je m'assure qu'il garde la spécialité maths et qu'il prend les maths expertes s'il vise une prépa, une licence internationale ou le CPBx. Et je le fais travailler au-delà du programme sur les chapitres qui reviennent en première année, suites, fonctions, raisonnement par récurrence, pour qu'il arrive prêt. C'est le travail que je mène avec les élèves bordelais que j'accompagne, et la question de partir ou rester est traitée dans un article à part.
Greg Mittelette
J'accompagne les élèves bordelais en première et en terminale, les deux années que regardent les dossiers du supérieur. On fixe un objectif chiffré, et je prends les chapitres avant la classe.
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