Accueil › Blog › Maths · Première
Forme canonique d'un polynôme du second degré : compléter le carré pas à pas
Toute fonction polynôme du second degré f(x) = ax² + bx + c, avec a ≠ 0, peut s'écrire de manière unique f(x) = a(x − α)² + β : c'est sa forme canonique. On a α = −b/(2a) et β = f(α), et le point S(α ; β) est le sommet de la parabole qui représente f. On l'obtient en complétant le carré grâce à l'identité x² + 2kx = (x + k)² − k².
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Un même polynôme du second degré a plusieurs écritures : la forme développée x² − 6x + 5 donne l'image de 0, la forme factorisée (x − 1)(x − 5) les racines, la forme canonique (x − 3)² − 4 le sommet de la parabole, donc l'extremum et les variations. Elle a sa place dans le chapitre sur le second degré en première, avant le discriminant, qui en découle.
Lire a(x − α)² + β : le sommet est dans la formule
Soit f définie sur ℝ par f(x) = a(x − α)² + β, avec a ≠ 0. Pour tout réel x, (x − α)² ≥ 0, avec égalité si et seulement si x = α.
- Si a > 0, alors f(x) ≥ β pour tout x, et f(α) = β : f admet un minimum égal à β, atteint en α ; elle est décroissante sur ]−∞ ; α] et croissante sur [α ; +∞[.
- Si a < 0, alors f(x) ≤ β : f admet un maximum égal à β, atteint en α ; elle est croissante sur ]−∞ ; α] puis décroissante sur [α ; +∞[.
La parabole a pour sommet S(α ; β) et pour axe de symétrie la droite d'équation x = α ; le coefficient a est le même que dans la forme développée. Attention au signe : f(x) = 2(x + 2)² − 5 s'écrit 2(x − (−2))² + (−5), donc α = −2, et non 2.
La figure part de la parabole y = x² en pointillés gris, montre la flèche dorée qui va de l'origine à S(3 ; −4), trace la parabole bleue de f(x) = (x − 3)² − 4, puis place l'axe, le sommet et enfin les racines. Les deux courbes ont la même forme : remplacer x par x − 3 décale la courbe de 3 vers la droite, ajouter −4 la descend de 4. Les racines 1 et 5 sont symétriques par rapport à l'axe x = 3 = α, et la plus petite ordonnée de la courbe est −4 = β.
Compléter le carré, étape par étape
L'outil est l'identité remarquable lue à l'envers : x² + 2kx = (x + k)² − k². On reconnaît dans x² + 2kx le début d'un carré, on écrit ce carré, puis on retire ce qu'on a ajouté en trop. Le programme demande cette complétion du carré « dans des cas simples » ; le calcul de la forme canonique avec a, b, c quelconques n'est pas exigé.
La méthode, pour f(x) = ax² + bx + c :
- Si a ≠ 1, mettre a en facteur dans les deux premiers termes seulement : f(x) = a(x² + (b/a)x) + c.
- Écrire le coefficient de x sous la forme 2k : k est la moitié de ce coefficient.
- Remplacer x² + 2kx par (x + k)² − k².
- Redistribuer a sur les deux termes du crochet, puis réduire la constante.
- Vérifier en développant, ou en calculant f(α), qui doit valoir β.
Un cas sans coefficient devant x² : f(x) = x² − 6x + 5
Le coefficient de x est −6 = 2 × (−3), donc k = −3. On écrit x² − 6x = (x − 3)² − 9.
f(x) = (x − 3)² − 9 + 5 = (x − 3)² − 4.
Ainsi α = 3 et β = −4. Comme a = 1 > 0, f admet un minimum égal à −4, atteint en x = 3. Contrôle : f(3) = 9 − 18 + 5 = −4.
Un coefficient a ≠ 1 : g(x) = 2x² + 8x + 3
On met 2 en facteur dans les deux premiers termes : g(x) = 2(x² + 4x) + 3.
x² + 4x = (x + 2)² − 4, donc g(x) = 2[(x + 2)² − 4] + 3 = 2(x + 2)² − 8 + 3 = 2(x + 2)² − 5.
α = −2, β = −5. Le minimum de g vaut −5 et il est atteint en −2. Contrôle : g(−2) = 8 − 16 + 3 = −5.
Un coefficient négatif et une moitié fractionnaire : h(x) = −x² + 5x − 4
h(x) = −(x² − 5x) − 4. Le coefficient de x dans la parenthèse est −5 = 2 × (−5/2).
x² − 5x = (x − 5/2)² − 25/4, donc h(x) = −[(x − 5/2)² − 25/4] − 4 = −(x − 5/2)² + 25/4 − 16/4 = −(x − 5/2)² + 9/4.
α = 5/2 et β = 9/4. Comme a = −1 < 0, h admet un maximum égal à 9/4, atteint en x = 5/2. La parabole est tournée vers le bas.
On peut aller plus loin : h(x) = 9/4 − (x − 5/2)² est une différence de deux carrés, (3/2)² − (x − 5/2)², donc h(x) = (3/2 − x + 5/2)(3/2 + x − 5/2) = (4 − x)(x − 1). Les racines 1 et 4 apparaissent sans discriminant : c'est le mécanisme de la démonstration générale, présentée dans l'article sur le discriminant.
Pourquoi α = −b/(2a) et β = f(α)
En développant a(x − α)² + β, on obtient ax² − 2aαx + aα² + β. Deux polynômes égaux pour tout réel x ont les mêmes coefficients, donc b = −2aα, d'où α = −b/(2a) ; et f(α) = a × 0 + β = β. Sur g(x) = 2x² + 8x + 3 : α = −8/4 = −2 et β = g(−2) = −5. Si le sujet dit « mettre sous forme canonique », le calcul du carré doit figurer sur la copie ; ces formules servent au contrôle. Et β n'est pas c : dans x² − 6x + 5, c = 5 alors que β = −4.
Quand la forme canonique est la bonne écriture
Les sujets ne disent pas toujours « mettre sous forme canonique » ; ils demandent un maximum, une aire optimale, des variations.
- Un extremum ou des variations sans dérivée : la forme canonique donne la valeur extrême et le point où elle est atteinte ; la dérivée, une fois vue, doit concorder.
- Une équation f(x) = k : (x − 3)² − 4 = 5 équivaut à (x − 3)² = 9, soit x − 3 = 3 ou x − 3 = −3, donc x = 6 ou x = 0.
- Une inégalité valable pour tout x : x² − 6x + 10 = (x − 3)² + 1 ≥ 1 > 0, sans discriminant. Le lien avec le signe d'un trinôme est immédiat.
Les erreurs sur la forme canonique qui coûtent des points
- Le signe de α : (x + 2)² correspond à α = −2.
- Le facteur a oublié sur la constante : 2(x + 2)² − 4 + 3 au lieu de 2(x + 2)² − 8 + 3. C'est l'erreur la plus fréquente ; le développement de contrôle la détecte.
- a mis en facteur sur les trois termes : 2x² + 8x + 3 = 2(x² + 4x + 3) est faux.
- La moitié du coefficient : pour x² − 5x, k = −5/2, pas −5.
- Minimum et point où il est atteint : le minimum est β, une valeur de f ; α est une abscisse.
Trois exercices corrigés sur la forme canonique
Exercice 1 · Écrire sous forme canonique f(x) = x² + 10x + 7 et donner le sommet de sa parabole.
10 = 2 × 5, donc x² + 10x = (x + 5)² − 25.
f(x) = (x + 5)² − 25 + 7 = (x + 5)² − 18.
α = −5, β = −18 : le sommet est S(−5 ; −18). Contrôle : f(−5) = 25 − 50 + 7 = −18.
Exercice 2 · Soit f(x) = 3x² − 12x + 1. Déterminer sa forme canonique, puis son extremum et ses variations.
f(x) = 3(x² − 4x) + 1. Or x² − 4x = (x − 2)² − 4.
f(x) = 3[(x − 2)² − 4] + 1 = 3(x − 2)² − 12 + 1 = 3(x − 2)² − 11.
a = 3 > 0 : f admet un minimum égal à −11, atteint en x = 2. f est décroissante sur ]−∞ ; 2] et croissante sur [2 ; +∞[.
Contrôle : α = −b/(2a) = 12/6 = 2 et f(2) = 12 − 24 + 1 = −11.
Exercice 3 · Un enclos rectangulaire est adossé à un mur. On dispose de 40 m de grillage pour les trois autres côtés. Quelle aire maximale peut-on clore ?
On note x la longueur, en mètres, de chacun des deux côtés perpendiculaires au mur. Le côté parallèle au mur mesure 40 − 2x, ce qui impose 0 < x < 20.
L'aire vaut A(x) = x(40 − 2x) = −2x² + 40x.
Forme canonique : A(x) = −2(x² − 20x) = −2[(x − 10)² − 100] = −2(x − 10)² + 200.
Pour tout x de ]0 ; 20[, −2(x − 10)² ≤ 0, donc A(x) ≤ 200, avec égalité pour x = 10, qui appartient bien à l'intervalle : cette vérification fait partie de la réponse.
L'aire maximale est 200 m², obtenue avec deux côtés de 10 m perpendiculaires au mur et un côté de 20 m parallèle au mur.
Greg Mittelette
Je prends la complétion du carré avant le cours et fais rédiger mise en facteur, carré et contrôle comme dans les meilleurs lycées. Un signe de α qui résiste se règle par un appel.
★★★★★ 5/5 sur 411 avis Superprof
Premier échange offert, 20 minutesÀ lire aussi