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Le second degré en première : trois écritures d'une même fonction

Une fonction polynôme du second degré s'écrit f(x) = ax² + bx + c avec a ≠ 0. Elle admet toujours une forme canonique a(x − α)² + β, avec α = −b/(2a) et β = f(α), et, lorsque le discriminant Δ = b² − 4ac est positif ou nul, une forme factorisée a(x − x₁)(x − x₂). Tout le chapitre de première consiste à passer d'une écriture à l'autre et à choisir celle qui répond directement à la question posée.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

f(x) = 2x² − 4x − 6 : trois écritures, une seule parabole f(x) = 2x² − 4x − 6 : trois écritures, une seule parabole Développée : f(0) = −6. Canonique 2(x − 1)² − 8 : sommet S(1 ; −8). Factorisée 2(x + 1)(x − 3) : racines −1 et 3 −3 −2 −1 1 2 3 4 5 −10 −8 −6 −4 −2 2 4 6 8 10 12 0 S(1 ; −8) axe x = 1 −1 3 f(0) = f(2) = −6 f(x) > 0 f(x) > 0 f(x) < 0
La parabole de f(x) = 2x² − 4x − 6 : on lit f(0) = −6 sur la forme développée, le sommet S(1 ; −8) sur la forme canonique, les racines −1 et 3 sur la forme factorisée.

Trinôme, polynôme ou fonction du second degré : c'est le même objet, une expression ax² + bx + c avec a ≠ 0. Cette page en donne la carte ; chaque partie a sa page détaillée, avec démonstrations et exercices, vers laquelle je renvoie au bon endroit.

Le programme de spécialité applicable à la rentrée 2026 garde le contenu habituel : racines, signe, somme et produit des racines, forme canonique, discriminant, résolution de l'équation, dont la démonstration est exigible. Il change l'insistance. Il cite en premier la fonction « donnée sous forme factorisée », dont on étudie les racines et le signe. La forme canonique se trouve « dans des cas simples » par complétion du carré, à partir de x² + 2ax = (x + a)² − a² ; le cas général « n'est pas un attendu du programme ». Et il demande de factoriser « en diversifiant les stratégies : racine évidente, détection des racines par leur somme et leur produit, identité remarquable, application des formules générales ». Le discriminant devient un outil parmi quatre, pas le premier réflexe : « factoriser x² − 9x + 20 » se traite de tête.

Une fonction, trois écritures, trois lectures

Prenons f(x) = 2x² − 4x − 6, qui servira tout au long de la page. Elle s'écrit de trois façons égales pour tout réel x :

ÉcriturePour fCe qu'on y lit sans calcul
Développée réduite ax² + bx + c2x² − 4x − 6f(0) = c = −6 ; le signe de a, donc l'orientation de la parabole
Canonique a(x − α)² + β2(x − 1)² − 8le sommet S(α ; β) = (1 ; −8), l'extremum, l'axe de symétrie x = 1
Factorisée a(x − x₁)(x − x₂)2(x + 1)(x − 3)les racines −1 et 3, le signe de f(x) par un tableau

La forme développée existe toujours. La forme canonique aussi. La forme factorisée dépend du discriminant : deux racines distinctes si Δ > 0, une racine double si Δ = 0, et aucune factorisation dans ℝ si Δ < 0. Ici Δ = (−4)² − 4 × 2 × (−6) = 16 + 48 = 64.

Pourquoi la parabole a un axe de symétrie

La forme canonique le démontre en une ligne. Pour tout réel h, f(α + h) = a·h² + β et f(α − h) = a·(−h)² + β = a·h² + β. Les deux points de la courbe d'abscisses α + h et α − h ont la même ordonnée : ils sont symétriques par rapport à la droite d'équation x = α. Pour f, f(1 + h) = f(1 − h) = 2h² − 8.

Deux conséquences servent tout le temps. Le sommet est le point le plus bas si a > 0, le plus haut si a < 0, puisque a·h² ≥ 0 ou ≤ 0 selon le signe de a ; β est donc un minimum ou un maximum. Et quand il y a deux racines, elles sont symétriques par rapport à l'axe, donc α = (x₁ + x₂)/2 : avec −1 et 3, on retrouve α = 1 sans calcul.

La démonstration exigée par le programme, la résolution de ax² + bx + c = 0, part elle aussi de la forme canonique ; elle est rédigée en entier sur la page du discriminant.

La parabole de 2x² − 4x − 6 sur la figure

La figure trace la courbe de f dans un repère, de x = −3,5 à x = 5,5, puis fait apparaître chaque écriture dans l'ordre : f(0) = f(2) = −6, puis l'axe et le sommet, puis les racines, enfin les signes. Le point bleu (0 ; −6) vient de la forme développée : c = −6 ; le segment bleu en pointillés le relie à son symétrique (2 ; −6). Le point doré S(1 ; −8) est le sommet donné par la forme canonique, et la droite en pointillés x = 1 l'axe de symétrie. Les deux points rouges, en −1 et 3, sont les racines de la forme factorisée, deux unités de chaque côté de l'axe. La courbe est au-dessus de l'axe des abscisses à l'extérieur des racines et au-dessous entre elles : f(x) est du signe de a = 2 sauf entre −1 et 3.

Choisir l'écriture avant de calculer

Avant d'écrire quoi que ce soit : que demande-t-on, et quelle écriture le donne directement ? Pour une image, une équation f(x) = c ou une lecture de l'ordonnée à l'origine : la forme développée. Pour un extremum, un sommet, des variations sans dérivée ou un problème d'optimisation : la forme canonique. Pour des racines, un signe ou une inéquation : la forme factorisée. Si la forme dont on a besoin n'est pas donnée, on la cherche dans cet ordre : factorisation visible (facteur commun, identité remarquable), racine évidente, somme et produit des racines, puis seulement le discriminant.

Quand l'énoncé fournit une écriture (« vérifier que f(x) = 2(x + 1)(x − 3) »), on la vérifie en développant, puis on s'en sert au lieu de repartir de la forme développée avec un discriminant.

Équation, minimum, optimisation : trois cas rédigés

Exemple 1. Soit f(x) = 2x² − 4x − 6. (a) Résoudre f(x) = −6. (b) Montrer que f(x) = 2(x − 1)² − 8 et en déduire le minimum de f. (c) Factoriser f(x) et étudier son signe.

(a) f(x) = −6 équivaut à 2x² − 4x = 0, soit 2x(x − 2) = 0 : les solutions sont 0 et 2.

(b) 2(x − 1)² − 8 = 2(x² − 2x + 1) − 8 = 2x² − 4x − 6 = f(x). Pour tout réel x, (x − 1)² ≥ 0, donc f(x) ≥ −8, avec égalité pour x = 1 : le minimum de f sur ℝ est −8, atteint en 1.

(c) −1 est racine évidente : f(−1) = 2 + 4 − 6 = 0. Le produit des racines vaut c/a = −3, donc l'autre racine est 3, et f(x) = 2(x + 1)(x − 3). Comme a = 2 > 0, f(x) < 0 pour x ∈ ]−1 ; 3[ et f(x) > 0 pour x ∈ ]−∞ ; −1[ ∪ ]3 ; +∞[.

Exemple 2, une optimisation géométrique. ABCD est un carré de côté 10. On place E sur [AB], F sur [BC], G sur [CD], H sur [DA] avec AE = BF = CG = DH = x, où x ∈ [0 ; 10]. EFGH est un carré ; pour quelle valeur de x son aire est-elle minimale ?

Dans le triangle AEH rectangle en A, AE = x et AH = 10 − x, donc EH² = x² + (10 − x)². L'aire de EFGH vaut A(x) = x² + (10 − x)² = 2x² − 20x + 100. Sa forme canonique : 2x² − 20x + 100 = 2(x² − 10x) + 100 = 2[(x − 5)² − 25] + 100 = 2(x − 5)² + 50. Donc A(x) ≥ 50 pour tout x, avec égalité pour x = 5 : l'aire est minimale quand E, F, G, H sont les milieux des côtés, et vaut 50, la moitié de l'aire du grand carré.

Exemple 3, retrouver la fonction. Déterminer la fonction polynôme du second degré qui s'annule en 2 et en −3 et vérifie f(0) = 12.

Une fonction du second degré qui s'annule en 2 et −3 s'écrit f(x) = a(x − 2)(x + 3) avec a ≠ 0. Alors f(0) = a × (−2) × 3 = −6a, et −6a = 12 donne a = −2. Donc f(x) = −2(x − 2)(x + 3) = −2x² − 2x + 12. Partir de la forme factorisée évite un système de trois équations en a, b, c.

Les erreurs sur le second degré qui coûtent des points

Trois exercices corrigés sur le second degré

Exercice 1 · Factoriser sans discriminant : x² − 9x + 20 ; 4x² − 12x + 9 ; 5x² − 2x ; x² − 2x − 15

x² − 9x + 20 : deux nombres de somme 9 et de produit 20, ce sont 4 et 5. Donc x² − 9x + 20 = (x − 4)(x − 5).

4x² − 12x + 9 = (2x)² − 2 × 2x × 3 + 3² = (2x − 3)², par l'identité remarquable (a − b)² ; racine double 3/2.

5x² − 2x = x(5x − 2) : facteur commun x, racines 0 et 2/5.

x² − 2x − 15 : somme 2, produit −15, ce sont −3 et 5. Donc x² − 2x − 15 = (x + 3)(x − 5).

Exercice 2 · f(x) = −x² + 6x − 5 : forme canonique, racines, signe, puis f(x) ≥ −5

Forme canonique : −x² + 6x − 5 = −(x² − 6x) − 5 = −[(x − 3)² − 9] − 5 = −(x − 3)² + 4. Le sommet est S(3 ; 4) et, comme a = −1 < 0, f admet un maximum égal à 4 en x = 3.

Racines : 1 est racine évidente (−1 + 6 − 5 = 0) ; le produit des racines vaut c/a = 5, donc l'autre est 5. f(x) = −(x − 1)(x − 5). On vérifie avec Δ = 36 − 20 = 16 : x = (−6 ± 4)/(−2), soit 1 et 5.

Signe : a < 0, donc f(x) > 0 sur ]1 ; 5[ et f(x) < 0 sur ]−∞ ; 1[ ∪ ]5 ; +∞[.

f(x) ≥ −5 équivaut à −x² + 6x ≥ 0, soit x(6 − x) ≥ 0. Le trinôme −x² + 6x a pour racines 0 et 6 et un coefficient −1 < 0 : il est positif ou nul sur [0 ; 6]. L'ensemble des solutions est [0 ; 6], symétrique autour de 3, comme l'annonçait l'axe de la parabole.

Exercice 3 · Équation à paramètre : x² + mx + 9 = 0

(a) Nombre de solutions selon m. Δ = m² − 36 = (m − 6)(m + 6). Δ > 0 pour m < −6 ou m > 6 : deux solutions. Δ = 0 pour m = 6 ou m = −6 : une solution (−3 si m = 6, car x² + 6x + 9 = (x + 3)² ; 3 si m = −6). Δ < 0 pour −6 < m < 6 : aucune solution réelle.

(b) Pour m = 10 : x² + 10x + 9 ; −1 est racine évidente (1 − 10 + 9 = 0), le produit vaut 9, l'autre racine est −9. Donc x² + 10x + 9 = (x + 1)(x + 9).

(c) Pour quelles valeurs de m l'équation a-t-elle deux solutions distinctes strictement positives ? Il faut Δ > 0. Le produit des racines vaut 9 > 0, donc elles sont de même signe ; leur somme vaut −m. Elles sont toutes deux positives si et seulement si −m > 0. Avec Δ > 0, on obtient m < −6.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je pars des copies : le discriminant y est souvent posé là où une factorisation suffit. Je prends le second degré avant la classe, chaque changement d'écriture justifié comme dans les lycées exigeants.

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