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Intégration par parties : d'où vient la formule, et comment choisir u et v′

Si u et v sont deux fonctions dérivables sur [a ; b], de dérivées u′ et v′ continues sur [a ; b], alors ∫ₐᵇ u(x) v′(x) dx = [u(x) v(x)]ₐᵇ − ∫ₐᵇ u′(x) v(x) dx. La formule se déduit en une ligne de la dérivée d'un produit, (uv)′ = u′v + uv′. Elle sert à intégrer un produit dont on ne connaît pas de primitive, comme x eˣ ou ln x.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

[u v]₀¹ = ∫₀¹ u v′ dx + ∫₀¹ u′ v dx, lu sur un rectangle [u v]₀¹ = ∫₀¹ u v′ dx + ∫₀¹ u′ v dx, lu sur un rectangle u(x) = x, v(x) = eˣ : le point (v ; u) décrit la courbe de ln de (1 ; 0) à (e ; 1) 1 2 3 0,5 1 0 ∫₀¹ eˣ dx = e − 1 ∫₀¹ x eˣ dx = 1 (1 ; 0) v u (e ; 1) e abscisse v = eˣ, ordonnée u = x aire du rectangle : e × 1 = e
Le rectangle de côtés e et 1 coupé en deux par la courbe : sous elle, ∫₀¹ x eˣ dx = 1 ; à sa gauche, ∫₀¹ eˣ dx = e − 1.

La formule et ses hypothèses

Le crochet se lit [u(x) v(x)]ₐᵇ = u(b) v(b) − u(a) v(a). La continuité des dérivées garantit que u v′ et u′ v sont continues, donc que les deux intégrales ont un sens ; on l'écrit en une phrase avant d'appliquer la formule. Pour un produit, il n'existe aucune formule générale de primitive dans les primitives usuelles : c'est le rôle de cette formule, au programme de spécialité de terminale (programme de 2019) avec sa démonstration.

Une ligne de démonstration, à savoir refaire

Le produit uv est dérivable sur [a ; b] et (uv)′ = u′v + uv′. Les fonctions u, v, u′ et v′ étant continues, u′v et uv′ le sont aussi, donc (uv)′ est continue et uv en est une primitive. Par conséquent ∫ₐᵇ (u′(x) v(x) + u(x) v′(x)) dx = [u(x) v(x)]ₐᵇ, et la linéarité de l'intégrale donne ∫ₐᵇ u′(x) v(x) dx + ∫ₐᵇ u(x) v′(x) dx = [u(x) v(x)]ₐᵇ. Il suffit de faire passer ∫ₐᵇ u′(x) v(x) dx de l'autre côté.

Choisir u et v′ : la fonction qu'on dérive doit se simplifier

La formule remplace l'intégrale de u v′ par celle de u′ v. Elle n'aide que si la seconde est plus simple que la première. On choisit donc pour u une fonction que la dérivation simplifie, et pour v′ une fonction dont on connaît une primitive qui ne se complique pas.

Un mauvais choix ne donne pas un résultat faux. Il donne une intégrale plus compliquée que celle de départ : avec u = eˣ et v′ = x pour ∫ x eˣ dx, on tombe sur ∫ (x²/2) eˣ dx. Dans ce cas, on s'arrête et on échange les rôles.

Exemple 1 · Le cas d'école : ∫₀¹ x eˣ dx

Énoncé. Calculer ∫₀¹ x eˣ dx.

Rédaction. On pose, pour x ∈ [0 ; 1], u(x) = x et v′(x) = eˣ, d'où u′(x) = 1 et v(x) = eˣ. Les fonctions u et v sont dérivables sur [0 ; 1], de dérivées continues. Par intégration par parties :

∫₀¹ x eˣ dx = [x eˣ]₀¹ − ∫₀¹ eˣ dx = (1 × e − 0 × e⁰) − [eˣ]₀¹ = e − (e − 1) = 1.

Exemple 2 · Le logarithme, écrit comme un produit

Énoncé. Calculer ∫₁ᵉ ln x dx, et en déduire une primitive de ln sur ]0 ; +∞[.

Rédaction. On pose, pour x ∈ [1 ; e], u(x) = ln x et v′(x) = 1, d'où u′(x) = 1/x et v(x) = x, toutes continues sur [1 ; e]. Alors :

∫₁ᵉ ln x dx = [x ln x]₁ᵉ − ∫₁ᵉ (1/x) × x dx = (e × 1 − 1 × 0) − ∫₁ᵉ 1 dx = e − (e − 1) = 1.

Le même calcul entre 1 et un réel t > 0 donne ∫₁ᵗ ln x dx = t ln t − t + 1. La fonction x ↦ x ln x − x est donc une primitive de ln sur ]0 ; +∞[, ce qu'on vérifie en la dérivant : ln x + x × (1/x) − 1 = ln x. Que les deux exemples donnent 1 n'est pas un hasard : la figure l'explique.

Exemple 3 · Deux intégrations par parties de suite

Énoncé. Calculer K = ∫₀¹ x² e⁻ˣ dx.

Rédaction. Première intégration par parties, avec u(x) = x² et v′(x) = e⁻ˣ, donc u′(x) = 2x et v(x) = −e⁻ˣ (fonctions dérivables à dérivées continues sur [0 ; 1]) :

K = [−x² e⁻ˣ]₀¹ − ∫₀¹ 2x × (−e⁻ˣ) dx = −e⁻¹ + 2 ∫₀¹ x e⁻ˣ dx.

Seconde intégration par parties, avec u(x) = x et v′(x) = e⁻ˣ, donc u′(x) = 1 et v(x) = −e⁻ˣ :

∫₀¹ x e⁻ˣ dx = [−x e⁻ˣ]₀¹ + ∫₀¹ e⁻ˣ dx = −e⁻¹ + [−e⁻ˣ]₀¹ = −e⁻¹ + 1 − e⁻¹ = 1 − 2e⁻¹.

Donc K = −e⁻¹ + 2(1 − 2e⁻¹) = 2 − 5/e ≈ 0,161.

Le degré du polynôme baisse d'une unité à chaque passage, ce qui dit d'avance combien d'intégrations par parties il faudra.

Ce que montre le rectangle de côtés e et 1

La figure donne une lecture géométrique de la formule avec u(x) = x et v(x) = eˣ sur [0 ; 1]. On trace, dans un repère où l'abscisse est v et l'ordonnée est u, la courbe décrite par le point (eˣ ; x) quand x va de 0 à 1 : c'est la courbe de ln, de (1 ; 0) jusqu'à (e ; 1). Le rectangle dont les côtés mesurent v(1) = e et u(1) = 1 a pour aire u(1)v(1) − u(0)v(0) = e, c'est-à-dire le crochet [u v]₀¹. La courbe se trace d'abord, puis le rectangle, puis la région dorée et enfin la région bleue. La région dorée, sous la courbe, a pour aire ∫₁ᵉ ln t dt = 1, et c'est aussi ∫₀¹ u v′ dx = ∫₀¹ x eˣ dx = 1 : les exemples 1 et 2 calculent la même aire. La région bleue, à gauche de la courbe, a pour aire ∫₀¹ v u′ dx = ∫₀¹ eˣ dx = e − 1. L'intégration par parties dit exactement cela : l'aire sous la courbe est l'aire du rectangle, e, moins l'aire à gauche de la courbe.

Les erreurs sur l'intégration par parties qui coûtent des points

Trois exercices corrigés sur l'intégration par parties

Exercice 1 · Un logarithme multiplié par x

Énoncé. Calculer L = ∫₁ᵉ x ln x dx.

Correction. On pose u(x) = ln x et v′(x) = x, d'où u′(x) = 1/x et v(x) = x²/2 ; ces fonctions sont dérivables à dérivées continues sur [1 ; e]. Alors L = [(x²/2) ln x]₁ᵉ − ∫₁ᵉ (1/x)(x²/2) dx = e²/2 − ∫₁ᵉ (x/2) dx = e²/2 − [x²/4]₁ᵉ = e²/2 − (e² − 1)/4 = (e² + 1)/4 ≈ 2,097.

Exercice 2 · Avec une fonction trigonométrique

Énoncé. Calculer M = ∫₀π x sin x dx.

Correction. On pose u(x) = x et v′(x) = sin x, d'où u′(x) = 1 et v(x) = −cos x, dérivables à dérivées continues sur [0 ; π]. Alors M = [−x cos x]₀π + ∫₀π cos x dx = (−π cos π + 0) + [sin x]₀π = π + 0 = π.

Comme x sin x ≥ 0 sur [0 ; π], M est l'aire, en unités d'aire, du domaine sous la courbe : le résultat positif est cohérent.

Exercice 3 · Une relation de récurrence entre intégrales

Énoncé. Pour tout n ∈ ℕ, on pose Iₙ = ∫₀¹ xⁿ eˣ dx. a) Calculer I₀. b) Montrer, à l'aide d'une intégration par parties, que pour tout n ∈ ℕ, Iₙ₊₁ = e − (n + 1) Iₙ. En déduire I₁, I₂ et I₃. c) Montrer que pour tout n, 0 ≤ Iₙ ≤ e/(n + 1), et en déduire la limite de (Iₙ).

Correction. a) I₀ = ∫₀¹ eˣ dx = e − 1.

b) Soit n ∈ ℕ. On pose u(x) = xⁿ⁺¹ et v′(x) = eˣ, d'où u′(x) = (n + 1)xⁿ et v(x) = eˣ, dérivables à dérivées continues sur [0 ; 1]. Alors Iₙ₊₁ = [xⁿ⁺¹ eˣ]₀¹ − (n + 1) ∫₀¹ xⁿ eˣ dx = e − (n + 1) Iₙ. On obtient I₁ = e − (e − 1) = 1 (c'est l'exemple 1), I₂ = e − 2 × 1 = e − 2, puis I₃ = e − 3(e − 2) = 6 − 2e ≈ 0,563.

c) Pour x ∈ [0 ; 1], 1 ≤ eˣ ≤ e, donc 0 ≤ xⁿ eˣ ≤ e xⁿ. En intégrant entre 0 et 1, bornes dans l'ordre croissant : 0 ≤ Iₙ ≤ e ∫₀¹ xⁿ dx = e/(n + 1). Comme e/(n + 1) tend vers 0, le théorème des gendarmes donne lim Iₙ = 0.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je fais voir l'intégration par parties avant le cours du lycée, puis rédiger les suites d'intégrales au niveau des meilleurs lycées. Quand un choix de u bloque entre deux séances, l'élève m'appelle.

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