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Lycée Charlemagne : des maths de haut niveau, sans vitrine

En 2025, Charlemagne est le quatrième lycée public de Paris à la part de mentions très bien au bac général, 37 % des candidats. Son site n'affiche pourtant aucune activité autour des maths : ni club, ni section, ni concours. Tout se joue en classe, avec une prépa scientifique de 300 étudiants de l'autre côté de la cour.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Le lycée Charlemagne et sa fontaine, rue Charlemagne, Paris 4e
Le lycée Charlemagne, côté rue Charlemagne, dans le 4e arrondissement. Photo Moonik, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le lycée Charlemagne, au 14 rue Charlemagne, forme une cité scolaire avec son collège. Le lycée est général uniquement : aucune filière technologique n'y est proposée. Environ 720 lycéens, dont un peu plus de 240 en terminale d'après L'Étudiant. Pour un élève qui aime les maths, la question est simple à poser : que vaut l'enseignement des maths dans un lycée qui n'en fait aucune publicité ?

Quatrième lycée public de Paris aux mentions très bien, sans club de maths

À la session 2025, 37 % des candidats de Charlemagne en voie générale ont obtenu une mention très bien. Seuls Louis-le-Grand (82 %), Henri-IV (62 %) et Lavoisier (40 %) font mieux parmi les lycées publics parisiens. Tous lycées confondus, privés sous contrat compris, Charlemagne est seizième de Paris. La moyenne parisienne est de 23 %, la moyenne nationale de 14 %.

Ce qui frappe quand on cherche ce que le lycée propose autour des maths, c'est l'absence. La page des actions pédagogiques ne mentionne ni olympiades, ni Kangourou, ni atelier MATh.en.JEANS. Il n'y a pas de section européenne, pas de maths enseignées dans une autre langue, pas de groupes de niveau annoncés. Les options de terminale sont celles du programme : maths expertes, 3 heures par semaine, et maths complémentaires, 3 heures aussi.

Pour un bon élève, ce dépouillement ne coûte rien. Un élève de Charlemagne fait 4 heures de maths en première et 6 en terminale, plus 3 s'il prend maths expertes, et le niveau du bac montre que ces heures sont bien employées. Mais celui qui a besoin d'un concours ou d'un club pour se motiver devra le chercher lui-même.

42, 28, 37 : une promotion ne ressemble pas à la suivante

Les chiffres de Charlemagne bougent beaucoup d'une année à l'autre. Le lycée présente environ 230 candidats au bac général : quelques élèves très forts de plus ou de moins suffisent à déplacer la part de mentions très bien de dix points.

SessionMentions très bienToutes mentionsValeur ajoutée des mentions
202242 %93 %+6
202342 %97 %+6
202428 %87 %0
202537 %91 %+3

Voie générale. Part de TB calculée sur les présents (TB avec et sans félicitations). Valeur ajoutée en points : écart entre le taux de mentions obtenu et celui qu'on attendait des élèves. Source : ministère de l'Éducation nationale, indicateurs de valeur ajoutée des lycées, sessions 2022 à 2025.

La session 2024 est le creux : 28 % de TB, une valeur ajoutée nulle. Elle n'a pas duré, puisque 2025 remonte à 37 %. Sur quatre ans, la valeur ajoutée n'est jamais négative : le lycée mène ses élèves au moins aussi loin que leur profil le laissait prévoir, et souvent plus loin. Il les garde aussi : 93 % des élèves de seconde obtiennent leur bac à Charlemagne même.

Une étude de la DEPP publiée en 2025 a montré qu'en maths, plus les élèves d'un établissement réussissent l'épreuve finale, plus leurs notes de contrôle continu sont basses par rapport à cette épreuve (souvent de 0 à 4 points pour une moyenne de 15). L'étude ne nomme aucun lycée. Pour un lycée qui a ce niveau de mentions, j'en déduis qu'un 13 sur le bulletin de Charlemagne ne se lit pas comme un 13 ailleurs : les parents qui s'inquiètent d'une moyenne de première devraient regarder le rang dans la classe avant de regarder la note.

Peu d'abandons de la spécialité maths en route

À la rentrée 2025, 77 % des élèves de première de Charlemagne suivent la spécialité maths, un peu plus que la moyenne parisienne (74 %). En terminale, ils sont 69 %, contre 57 % à Paris et 44 % en France. Le chiffre le plus parlant est celui de la continuité : parmi les élèves de première qui faisaient des maths en 2024, 85 % les ont gardées en terminale en 2025. À Paris, c'est 76 % ; en France, 66 %.

Un élève qui commence la spécialité à Charlemagne a donc de bonnes chances d'aller au bout, et il sera entouré de camarades qui font la même chose. Un peu plus d'un tiers des terminales (37 %) associe maths et physique-chimie, la doublette des prépas scientifiques. À Louis-le-Grand, ce sont 65 %. Une bonne part des terminales de Charlemagne qui font des maths les associent donc à une autre spécialité que la physique.

Pour le choix entre maths expertes et maths complémentaires, qui se fait en fin de première, j'ai détaillé ce que contient chaque option dans un article à part sur maths expertes ou maths complémentaires.

La prépa de l'autre côté de la cour

Charlemagne abrite des classes préparatoires scientifiques : deux MPSI et une PCSI en première année, puis MP, MP*, PC et PC* en deuxième année. Environ 300 étudiants en sept classes, des locaux ouverts de 8 heures à 19 heures. Le bilan des concours 2026, publié par le lycée en septembre, compte côté MP 27 intégrations dans les écoles Centrale (12 en MP, 15 en MP*), pour 85 élèves de deuxième année dans ces deux classes, et 9 aux Mines-Ponts.

Le lycéen de Charlemagne partage donc ses couloirs avec des étudiants qui préparent les concours de Centrale et des Mines. Ce voisinage ne vaut pas place réservée. Sur Parcoursup en 2025, la MPSI a reçu 5 603 vœux pour 96 places, et 7 % seulement des admis venaient du lycée lui-même. Pour la PCSI, 2 %.

Ce que je travaille avec un élève de Charlemagne

J'accompagne les élèves parisiens de la seconde à la terminale. Dans un lycée qui n'offre rien en dehors des heures de cours, mon rôle est de faire ce que la classe n'a pas le temps de faire : reprendre la rédaction ligne par ligne, et prendre les chapitres avant le professeur. Le raisonnement par récurrence, par exemple, se prend en septembre de terminale, avant qu'il arrive en classe, et se rédige ligne par ligne jusqu'à ce que l'hérédité tienne sans trou.

Si vous hésitez entre Charlemagne et un voisin de la rive droite, j'ai écrit sur Condorcet, dont plus de la moitié des élèves viennent de collèges REP et REP+, et sur Victor-Hugo, à quelques rues de là, dans le 3e. La comparaison chiffrée de tous les grands lycées se trouve dans les meilleurs lycées de Paris pour les maths.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je lis d'abord trois copies récentes de l'élève, puis nous fixons la note à atteindre au trimestre suivant. Entre deux séances, il m'écrit dès qu'un exercice bloque.

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