Meilleur lycée de Paris : les classements relus avec les yeux d'un prof de maths
Au printemps 2026, Le Parisien a classé premier de Paris un lycée du 18e où 12 % des bacheliers ont eu la mention très bien, et Le Figaro a mis en tête Louis-le-Grand, où ils sont 82 %. Les deux ont raison, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. Aucun des deux ne mesure les maths. Les chiffres du ministère permettent de dire ce que chaque palmarès vaut pour un élève qui veut faire des maths, et de dresser le tableau des lycées parisiens qui comptent dans cette matière.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Charles-de-Foucauld premier de Paris, Stanislas quarante-cinquième
Prenez les trois palmarès publiés en avril 2026, tous calculés sur le bac 2025.
Celui du Parisien Étudiant, tel que l'a repris Le Bonbon le 9 avril, place en tête de Paris le lycée Charles-de-Foucauld, établissement privé du 18e arrondissement (16,77 sur 20), devant Louis-le-Grand (16,5) et le lycée public Claude-Monet, dans le 13e (16,39). Henri-IV y est neuvième de Paris, Fénelon douzième. Stanislas, que l'article dit « longtemps en tête », tombe au 45e rang parisien.
Le Figaro, d'après les reprises qui en ont été faites, donne l'ordre inverse : Louis-le-Grand premier, puis Jeannine Manuel et Notre-Dame de Sion.
L'Étudiant classe les 2 346 lycées de France. Charles-de-Foucauld y est quatrième du pays, Saint-Vincent-de-Paul (13e) vingt-neuvième. Louis-le-Grand arrive 83e de France, Fénelon entre la 101e et la 200e place, Henri-IV entre la 401e et la 500e, Montaigne entre la 901e et la 1000e.
Le site Diplomeo, dans son classement 2025, va plus loin encore : Charles-de-Foucauld, Auguste-Renoir et Pascal sur le podium parisien, aucun des trois grands lycées du Quartier latin dans ses 25 premiers parisiens. Or Auguste-Renoir, deuxième de Paris sur cette liste, n'a présenté aucun candidat au bac général dans les données du ministère. Un élève qui veut suivre la spécialité maths ne peut pas y aller.
Ce que chaque palmarès additionne
Tous partent des mêmes données, les indicateurs de résultats des lycées que le ministère publie chaque année. Ils diffèrent par ce qu'ils retiennent et par le poids qu'ils lui donnent.
| Classement | Ce qu'il retient | Premier à Paris |
|---|---|---|
| L'Étudiant 2026 | Cinq notes sur 20, de même poids : réussite, valeur ajoutée de la réussite, chance qu'un élève de seconde ait son bac dans le lycée, taux de mentions, valeur ajoutée des mentions | Charles-de-Foucauld (4e de France) |
| Le Parisien Étudiant 2026 | Réussite, mentions, accès de la seconde au bac, réunis en une note sur 20 (pondération non publiée dans la reprise) | Charles-de-Foucauld |
| Le Figaro 2026 | Indicateurs du ministère, classement public et classement public + privé | Louis-le-Grand |
| Diplomeo 2025 | Sept critères, dont trois valeurs ajoutées et l'indice de position sociale du lycée ; pondération non publiée | Charles-de-Foucauld |
Méthodes telles que publiées par chaque média, ou par les reprises de presse pour Le Parisien et Le Figaro. Consultés le 11 octobre 2026.
Le taux de réussite ne départage presque personne : il dépasse 97 % dans tous les lycées dont il est question ici. La note finale de L'Étudiant est une simple moyenne de cinq notes, dont deux portent sur la valeur ajoutée. Un lycée qui fait beaucoup mieux que prévu peut donc passer devant un lycée où presque tout le monde a très bien.
La valeur ajoutée bute sur un plafond
La valeur ajoutée compare le résultat d'un lycée à celui qu'on attendait de ses élèves, compte tenu de leur âge, de leur milieu social et de leurs notes au brevet. Elle répond à une question précise : ce lycée fait-il mieux que son recrutement ne le laisse prévoir ?
Sur les mentions, voie générale, en moyenne de 2023 à 2025, le premier lycée de Paris est Pascal, dans le 16e, à +16,7 points. Suivent Charles-de-Foucauld (+12,3), La Rochefoucauld et Eugène-Napoléon–Saint-Pierre-Fourier (+10,3). Le premier lycée public de Paris est Claude-Monet, à +6,3. Louis-le-Grand est à +3,0, Henri-IV à +2,7, Janson-de-Sailly à 0.
Pour Louis-le-Grand, ce +3 dit surtout qu'il ne reste plus de place : quand 100 % des élèves ont une mention, aucun lycée ne peut faire beaucoup mieux que prévu. La valeur ajoutée des mentions ne voit d'ailleurs pas la différence entre une mention bien et une mention très bien. L'Étudiant donne à Louis-le-Grand 20 sur 20 pour la réussite, 19,4 pour les mentions, et seulement 12 et 12,67 pour ses deux notes de valeur ajoutée, la « capacité à faire progresser » et la « capacité à faire briller ». Ce sont ces deux notes qui le font reculer au 83e rang national.
Pour un parent, la valeur ajoutée dit une chose utile : dans quels lycées un élève moyen à l'entrée progresse plus qu'ailleurs. Elle ne dit pas à quel niveau se fait le cours de maths.
La mention très bien, ou le niveau de la classe
Le chiffre qui renseigne sur le niveau d'une classe de maths est la part de mentions très bien. Le ministère publie le nombre de TB, avec et sans félicitations ; rapporté au nombre d'élèves de voie générale présents à l'examen, il donne une part comparable d'un lycée à l'autre.
En 2025, 23,2 % des bacheliers généraux parisiens ont eu la mention très bien, contre 13,6 % en France. Parmi les 1 764 lycées français qui présentent au moins 80 candidats en voie générale, six des dix premiers sont parisiens, et 21 des cinquante premiers. Louis-le-Grand est premier de France (82 %), Jeannine Manuel deuxième (64 %), Henri-IV troisième (62 %). Le premier lycée hors de Paris, le Gymnase Jean-Sturm de Strasbourg, arrive quatrième.
Pourquoi ce chiffre compte-t-il en maths ? Parce que le professeur règle son cours sur sa classe, et que les lycées du haut du tableau l'écrivent. À Fénelon, 36 % de TB en 2025, le cahier d'entrée en première prévient : « Aucun rappel sur les techniques opératoires ou sur les nombres ne sera fait en classe de première ». Les félicitations du jury, qui demandent 18, montrent le haut de la classe : Paris compte 4,1 % des candidats au bac général de France et 7,2 % des félicitations. À Louis-le-Grand seul, 83 élèves les ont obtenues en 2025.
Ce chiffre a un revers : les lycées où le niveau est le plus haut sont aussi ceux qui notent le plus sévèrement en cours d'année, d'après une étude nationale de la DEPP que je détaille dans l'article sur l'exigence en maths des lycées parisiens.
Une terminale sur deux en spécialité maths, ou neuf sur dix
Aucun palmarès ne regarde la part des élèves qui gardent les maths en terminale. C'est pourtant ce qui distingue le plus nettement deux lycées de niveau voisin.
À la rentrée 2025, 56,7 % des élèves de terminale générale suivaient la spécialité maths à Paris, contre 44,4 % en France. Parmi les lycées du tableau plus bas, l'écart va de 49 % à 89 % : 89 % à Saint-Louis-de-Gonzague (Franklin), 86 % à Louis-le-Grand et à Saint-Jean-de-Passy, 80 % à Stanislas, 77 % à Janson-de-Sailly, mais 58 % à Fénelon, 51 % à Claude-Monet et 49 % à Pascal.
Les deux lycées qui dominent les classements fondés sur la valeur ajoutée sont du côté bas : 51 % de spécialité maths en terminale à Charles-de-Foucauld, 49 % à Pascal. Ce sont de bons lycées, ils font mieux que prévu avec leurs élèves. Mais un élève qui cherche une terminale où presque tout le monde fait des maths y sera dans une classe où la moitié des élèves les ont laissées.
Vingt et un lycées qui comptent en maths
Le tableau retient les lycées parisiens qui se détachent sur au moins un des trois chiffres utiles en maths : la part de TB, la valeur ajoutée, la spécialité maths. Il ajoute une colonne que les palmarès ignorent : les classes préparatoires installées dans le lycée.
| Lycée | Arr. | Statut | TB 2025 (rang en France) | Valeur ajoutée des mentions, 2023-2025 | Spécialité maths en terminale, 2025 | Prépas dans le lycée (places en 1re année scientifique) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Louis-le-Grand | 5e | public | 82 % (1er) | +3,0 | 86 % | MPSI, PCSI, MP2I (288) |
| Jeannine Manuel | 15e | privé | 64 % (2e) | non publiée | 74 % | aucune |
| Henri-IV | 5e | public | 62 % (3e) | +2,7 | 72 % | MPSI, PCSI, BCPST (192) |
| Saint-Louis-de-Gonzague (Franklin) | 16e | privé | 59 % (5e) | +2,0 | 89 % | ECG seulement |
| Stanislas | 6e | privé | 55 % (6e) | +2,7 | 80 % | MPSI, PCSI (238) |
| Sévigné | 5e | privé | 50 % (9e) | +2,3 | 75 % | aucune |
| La Tour | 16e | privé | 48 % (11e) | +3,7 | 60 % | aucune |
| Saint-Jean-de-Passy | 16e | privé | 48 % (12e) | +4,0 | 86 % | ECG seulement |
| Blomet | 15e | privé | 47 % (14e) | +3,7 | 65 % | lettres seulement |
| Lavoisier | 5e | public | 40 % (25e) | +1,0 | 62 % | PCSI (48) |
| Gerson | 16e | privé | 38 % (30e) | +8,0 | 71 % | aucune |
| Charlemagne | 4e | public | 37 % (33e) | +3,0 | 69 % | MPSI, PCSI (144) |
| Fénelon Sainte-Marie | 8e | privé | 37 % (36e) | +4,7 | 66 % | MPSI, PCSI, MP2I (141) |
| Fénelon | 6e | public | 36 % (38e) | +4,3 | 58 % | MPSI, PCSI, BCPST (192) |
| Chaptal | 8e | public | 36 % (42e) | −1,0 | 63 % | MPSI, PCSI, PTSI, BCPST (381) |
| Pascal | 16e | privé | 31 % (moins de 80 candidats) | +16,7 | 49 % | aucune |
| Condorcet | 9e | public | 27 % (109e) | +3,0 | 59 % | MPSI, PCSI (144) |
| Janson-de-Sailly | 16e | public | 22 % (207e) | 0,0 | 77 % | MPSI, PCSI, MP2I, BCPST (430) |
| Claude-Monet | 13e | public | 20 % (274e) | +6,3 | 51 % | ECG et lettres |
| Buffon | 15e | public | 15 % (530e) | +5,7 | 55 % | MPSI, PCSI (96) |
| Charles-de-Foucauld | 18e | privé | 12 % (850e) | +12,3 | 51 % | aucune |
TB : mentions très bien (avec et sans félicitations) rapportées aux présents en voie générale, bac 2025 ; rang parmi les 1 764 lycées de France ayant au moins 80 candidats. Valeur ajoutée du taux de mentions, voie générale, moyenne des sessions 2023, 2024 et 2025 (Jeannine Manuel : publiée pour 2023 seulement). Sources : ministère de l'Éducation nationale, indicateurs de valeur ajoutée des lycées et effectifs par spécialité en terminale (data.education.gouv.fr) ; Parcoursup 2025, places de première année de CPGE (data.enseignementsup-recherche.gouv.fr). Calculs au 11 octobre 2026 ; les effectifs de spécialité inférieurs à 5 sont masqués par le ministère.
Une prépa dans les murs ne dit rien du lycée
La dernière colonne peut tromper. Le lycée Paul-Valéry, dans le 12e, abrite une MPSI, une MP2I et une PCSI de 48 places chacune ; 1 % de ses bacheliers généraux ont eu la mention très bien en 2025. Claude-Bernard, dans le 16e (MP2I et PCSI), et Pierre-Gilles-de-Gennes, dans le 13e (MPSI, PCSI, BCPST), sont à 5 %. Le lycée Saint-Louis, boulevard Saint-Michel, offre 480 places de prépa scientifique en première année et n'a pas un seul lycéen.
Ces prépas recrutent dans toute la France. Même à Janson-de-Sailly, dont la MPSI a reçu 9 367 candidatures en 2025, les élèves du lycée ne font que 4 % des admis. La prépa d'un lycée ne renseigne donc pas sur le niveau de ses cours de seconde, de première et de terminale.
Le Concours général échappe aussi aux classements. Louis-le-Grand publie son palmarès 2025 en mathématiques : un deuxième prix, un troisième prix, deux accessits et quatre mentions. Stanislas publie de son côté, pour 2026, un palmarès des lycées parisiens au Concours général, toutes disciplines confondues.
Quel chiffre regarder, selon l'élève
Pour un élève de troisième déjà très à l'aise en maths, qui veut être tiré vers le haut, je regarde d'abord la part de TB et la spécialité maths. Louis-le-Grand, Henri-IV, Stanislas, Franklin et Saint-Jean-de-Passy cumulent les deux. Il faut accepter d'y être un élève parmi d'autres, dans des lycées où, d'après l'étude de la DEPP citée plus haut, la notation en maths est plus sévère que le bac.
Pour un élève solide mais irrégulier, je regarde la valeur ajoutée sur plusieurs années. Côté public, Claude-Monet, Buffon et Fénelon font mieux que prévu chaque année ; côté privé, Pascal, Gerson et Charles-de-Foucauld. À Claude-Monet et à Charles-de-Foucauld, une terminale sur deux seulement garde les maths : l'élève qui veut viser une prépa scientifique doit le savoir en choisissant.
Le détail lycée par lycée est dans les pages du tableau. Pour les neuf lycées que l'on appelle les grands lycées parisiens, la comparaison est dans les grands lycées parisiens en maths ; pour l'hésitation la plus fréquente, dans Henri-IV ou Louis-le-Grand. Le privé sous contrat a sa propre page, et le 16e, où l'on passe de 59 % à 4 % de TB en quelques rues, aussi : le meilleur lycée de Paris 16e en maths.
J'accompagne les élèves parisiens de tous ces lycées. Les familles me demandent souvent lequel est le meilleur ; je leur réponds avec ce tableau, et avec les copies de leur enfant.
Greg Mittelette
Je commence par lire les copies de l'élève pour situer son niveau réel, puis nous fixons un objectif chiffré pour le prochain bulletin. Entre deux séances, il m'écrit dès qu'un exercice bloque.
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