Lycées privés de Paris en maths : devoirs du samedi, heures en plus et notes serrées
Dans les lycées privés sous contrat de Paris, près de trois bacheliers généraux sur dix ont une mention très bien, contre un sur cinq dans le public, et cet écart n'a pas bougé de 2022 à 2025. En maths, plusieurs privés publient leur calendrier : à Blomet, un devoir sur table chaque semaine en seconde et le samedi matin en première et en terminale ; à Stanislas, 2 à 4 heures de devoirs surveillés en plus des cours. Et l'étude du ministère sur le contrôle continu constate que le privé sous contrat note plus sévèrement que le bac en maths.
Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012
Sur les 25 lycées parisiens qui ont obtenu en 2025 la plus forte part de mentions très bien en voie générale (parmi ceux qui présentent au moins 50 candidats), 18 sont privés sous contrat. Le premier reste public, Louis-le-Grand, avec 82 %. Derrière lui, on trouve dans l'ordre Jeannine Manuel, Henri-IV, Saint-Louis-de-Gonzague, puis Stanislas, Sévigné, La Tour, Saint-Jean-de-Passy et Blomet. Cette page regarde ce qui, dans ces établissements, touche aux maths : le rythme des devoirs, les heures qu'ils ajoutent, la façon dont ils notent. L'inscription n'y est pas traitée.
Dix points d'écart, quatre années de suite
Les chiffres du ministère permettent de comparer les deux secteurs à Paris sur les mêmes bases. En 2025, 28,8 % des candidats de voie générale des lycées privés sous contrat ont eu une mention très bien, contre 19,1 % dans les lycées publics. En 2022, c'était 30,5 % contre 19,9 %. Sur la figure, les deux courbes restent parallèles, à une dizaine de points l'une de l'autre.
Le chiffre global cache un recouvrement plus intéressant pour une famille qui hésite. Une fois Louis-le-Grand et Henri-IV mis à part, les meilleurs lycées publics tiennent le même niveau que le milieu du tableau privé. En 2025, Fénelon (public, 6e) a 35,8 % de mentions très bien, Bossuet-Notre-Dame 36,2 %, Fénelon Sainte-Marie 36,5 %. Lavoisier, avec 40,0 %, passe devant Gerson, Picpus et Fénelon Sainte-Marie. Pour un bon élève en maths, le choix se joue donc moins entre public et privé qu'entre une poignée d'établissements précis.
Une part de l'écart vient du recrutement : les élèves n'arrivent pas au même point de départ. La valeur ajoutée, qui corrige du profil des élèves, dit ce que le lycée fait en plus ; elle figure dans le tableau plus bas.
Le samedi matin, au lycée
Plusieurs privés écrivent sur leur site le rythme de leurs devoirs. Pour savoir ce que vivra un élève en maths, c'est le renseignement le plus concret.
- Blomet (15e) : un devoir sur table de 2 heures chaque semaine en seconde ; en première, un ou deux devoirs de 2 heures le samedi matin ; en terminale, un devoir de 1 h 30 à 4 heures, toujours le samedi matin.
- Stanislas (6e) : les notices d'inscription annoncent « 2 à 4 heures de devoirs surveillés » par semaine en plus des cours en première, « 3 à 4 heures » en terminale.
- Gerson (16e) : deux devoirs sur table de maths par trimestre, et zéro pour une absence non justifiée à un devoir ou à un examen blanc.
- Fénelon Sainte-Marie (8e) : l'élève absent à un devoir en temps limité est « convoqué le samedi suivant ».
Pour les maths, j'en tire une conséquence. Avec un devoir de deux heures chaque semaine, comme en seconde à Blomet, le temps entre la leçon et la note se compte en jours : une notion mal comprise en début de semaine doit être reprise avant le devoir suivant, pas à la fin du chapitre.
Les heures que le privé ajoute aux maths
Le programme est le même partout. Ce qui change, ce sont les heures autour. Les sites des lycées en décrivent plusieurs formes, très différentes entre elles.
Sévigné (5e) propose de la sixième à la terminale un module « Maths et Logique ». Le lycée précise qu'il ne s'agit pas de soutien scolaire. Le programme de première et terminale va jusqu'à la méthode de Cardan, la formule du crible et les nombres de Stirling, des sujets qui relèvent en partie du programme de première année de prépa.
Bossuet-Notre-Dame (10e) organise en terminale une « Prépa CPGE Ingé » : certains samedis et la première semaine des vacances de la Toussaint et d'hiver, 30 heures de maths en huit séances de 3 ou 4 heures, avec des khôlles de mathématiques, autant d'heures en physique, chimie et informatique.
Stanislas propose des études du soir de 17 h 30 à 19 h 30, et un « internat externé » qui va jusqu'à 21 h 15, soit trois heures de travail personnel par soir selon le lycée.
L'Assomption, rue de Lübeck (16e), donne en seconde un accompagnement en maths par modules de cinq semaines (7 h 30 par module, jusqu'à quatre modules, une vingtaine d'élèves).
Le module de Sévigné et les modules de Lübeck n'ont rien en commun : le premier emmène un élève à l'aise au-delà du programme, les seconds reprennent avec un élève en difficulté ce que la classe a déjà quitté. Notre-Dame de Sion, très bon lycée par ailleurs, présente un dispositif de préparation aux filières sélectives (Prép'Excellence) tourné vers l'écrit, l'oral et la culture générale, sans volet maths annoncé.
Des bulletins plus durs que le bac, et des lycées qui le disent
En avril 2025, la direction des études du ministère (DEPP) a comparé, établissement par établissement, la moyenne de contrôle continu et la note aux épreuves du bac. Elle conclut que les lycées privés sous contrat et ceux qui accueillent une population favorisée sous-notent davantage en maths. L'étude ne nomme aucun lycée ; la page sur l'exigence en maths dans les lycées parisiens détaille ses chiffres. Paris compte 52 lycées privés sur les 95 qui présentent des candidats en voie générale, et l'indice de position sociale moyen des collèges privés parisiens est de 150,1, contre 116,9 dans les collèges publics (2025-2026). J'en déduis que c'est chez eux que l'écart entre bulletin et bac a le plus de chances d'être grand ; la DEPP, elle, ne cite ni Paris ni aucun établissement.
Deux lycées parlent de leur notation dans leurs propres documents. L'Assomption confie en première et en terminale chaque spécialité à deux professeurs différents, ce qui permet selon le lycée « une diversité d'évaluations » et de compenser « parfois une notation plus sévère ». Fénelon Sainte-Marie, dans son document d'évaluation 2026-2027, pose que « la correction et la notation d'un professeur ne peuvent être contestées », prévoit une harmonisation possible entre groupes et précise que les encouragements, compliments et félicitations « n'existent plus au lycée ».
Pour une famille, une moyenne de 12 en maths dans l'un de ces lycées se lit avec le rang et la moyenne de la classe. C'est d'autant plus vrai en fin de seconde, quand cette moyenne pèse dans le choix de garder ou non la spécialité.
Spécialité maths : dans certains privés, la question ne se pose presque pas
À Paris, 74 % des élèves de première générale suivaient la spécialité maths à la rentrée 2025, contre 66 % en France. Plusieurs privés vont bien au-delà : 100 % à Gerson, 97 % à Stanislas, 96 % à Saint-Louis-de-Gonzague, 85 % à Sévigné, 83 % à Fénelon Sainte-Marie. Le cas de Gerson tient à son organisation : le lycée n'ouvre que deux combinaisons de spécialités en première, et les deux contiennent les maths.
Le passage en terminale fait le tri. Entre la première 2024 et la terminale 2025, Stanislas a gardé en maths 81 % de ses élèves, Fénelon Sainte-Marie 73 %, Gerson 67 %, contre 76 % pour l'ensemble de Paris. À Gerson, je lis dans cet écart des élèves qui avaient suivi les maths en première faute d'autre menu, et qui les arrêtent dès que le choix s'ouvre. Pour un élève fragile en maths, une première où la spécialité est imposée se prépare dès la seconde, sur le calcul littéral et les fonctions, parce que l'épreuve anticipée de maths l'attend en juin de première.
Les privés sous contrat parisiens, lus en maths
Le tableau reprend les lycées privés qui comptent en maths, avec la part de mentions très bien sur quatre sessions et la valeur ajoutée des mentions en voie générale (écart entre le taux obtenu et le taux attendu pour le profil des élèves). Une seule année ne suffit pas : Stanislas est passé de 73,8 % à 55,1 % entre 2024 et 2025, et affiche lui-même environ 61 % en 2026 (60,8 % selon le lycée, chiffre que le ministère n'a pas encore publié).
| Lycée | Arr. | Mentions TB 2022 / 23 / 24 / 25 | Valeur ajoutée mentions 2025 (voie générale) | Ce qui marque en maths |
|---|---|---|---|---|
| Saint-Louis-de-Gonzague | 16e | 71 / 63 / 56 / 59 % | +3 | 96 % des premières en spécialité maths |
| Stanislas | 6e | 67 / 66 / 74 / 55 % | +3 | 2 à 4 h de devoirs surveillés en plus des cours ; prépas MP, PC, PSI dans les murs |
| Sévigné | 5e | 32 / 37 / 41 / 50 % | 0 | module « Maths et Logique » de la 6e à la terminale |
| Blomet | 15e | 43 / 41 / 45 / 47 % | +4 | devoir de 2 h chaque semaine en seconde, le samedi en 1re et Tle |
| Notre-Dame de Sion | 6e | 37 / 33 / 39 / 42 % | +4 | physique-chimie en anglais dès la seconde |
| Gerson | 16e | 23 / 36 / 35 / 38 % | +7 | spécialité maths pour toute la première |
| Saint-Michel de Picpus | 12e | 42 / 36 / 39 / 38 % | +4 | prépa ECG dans les murs (230 places) |
| Fénelon Sainte-Marie | 8e | 45 / 48 / 39 / 37 % | +4 | sciences de l'ingénieur et NSI ; prépas MPSI, PCSI, MP2I |
| Bossuet-Notre-Dame | 10e | 36 / 38 / 36 / 36 % | +6 | 30 h de préparation aux prépas scientifiques en terminale |
| Les Francs-Bourgeois | 4e | 30 / 27 / 29 / 34 % | +1 | sessions d'approfondissement pendant les vacances |
| Pascal | 16e | 34 / 34 / 28 / 31 % | +12 | la plus forte valeur ajoutée de cette liste (+22 en 2022 et 2023) |
Mentions TB : part des présents de voie générale, calcul sur les données IVAL du ministère. Jeannine Manuel (64 % en 2025), La Tour (48 %), Saint-Jean-de-Passy (48 %) et l'École alsacienne (39 %) figurent aussi dans le haut du classement parisien.
Deux lignes demandent une lecture attentive. Gerson tire de ses élèves plus de mentions que leur profil ne le laisse prévoir (+7 à +10 de 2022 à 2025), mais la part de ses élèves de seconde qui vont jusqu'au bac dans la maison est inférieure à l'attendu quatre années de suite : 163 élèves en seconde pour 129 en terminale à la rentrée prise en compte pour 2025. Pascal, petit lycée de 78 candidats en 2025, a la valeur ajoutée la plus élevée de la liste avec une part de mentions très bien autour de 30 %. Ce sont deux manières très différentes d'ajouter quelque chose à un élève.
Stanislas, Sévigné, Blomet, Bossuet : quatre façons de faire des maths
Pour un élève déjà sûr en maths, qui vise une prépa scientifique et supporte une charge lourde, Stanislas est le choix le plus cohérent : beaucoup de devoirs, des prépas MP, PC et PSI dans le même établissement, et 66 % de la promotion 2025 partie en prépa selon le lycée. Pour un élève qui aime chercher plus loin que le programme, Sévigné a son module « Maths et Logique », de la sixième à la terminale. Pour un élève qui a besoin d'un cadre serré et régulier, Blomet donne exactement cela, sans prépa scientifique sur place. Bossuet-Notre-Dame, dans le 10e, est le seul de la liste à préparer en interne, en terminale, aux khôlles de maths.
À l'inverse, je déconseille un lycée où toute la première fait la spécialité maths, comme Gerson, à un élève qui a décroché en troisième et ne compte pas s'y remettre : il y passerait une année entière dans une matière qu'il n'a pas choisie. J'accompagne les élèves parisiens de ces lycées comme ceux du public ; avec un élève de Blomet ou de Stanislas, je commence par le calendrier, pour que le chapitre soit vu avant le devoir surveillé, pas après.
Greg Mittelette
Avec un élève d'un lycée privé parisien, je cale les chapitres sur le calendrier des devoirs surveillés. L'objectif chiffré se fixe d'après son rang dans la classe, que je lis sur les copies.
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