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Lycée Victor-Duruy : les maths dans un lycée qui note plus dur que le bac

Victor-Duruy écrit noir sur blanc, dans ses propres rapports, qu'il note plus sévèrement que le bac. En 2023, ses élèves avaient 12,6 de moyenne en spécialité au premier trimestre et 14,7 aux épreuves, toutes spécialités confondues. Pour un parent qui lit un bulletin de maths dans ce lycée du 7e, c'est le premier chiffre à connaître.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Le lycée Victor-Duruy vu du boulevard des Invalides, son portail et son enseigne
Le lycée Victor-Duruy, boulevard des Invalides (Paris 7e). Photo : Celette, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le lycée Victor-Duruy publie chaque année un rapport de fonctionnement. Celui de 2022-2023 donne, chiffres à l'appui, la moyenne des élèves en spécialité, au premier trimestre, était de 12,6 sur 20, et la moyenne aux épreuves de spécialité du bac 2023 de 14,7. Le chiffre porte sur toutes les spécialités ; le rapport ne le détaille pas matière par matière. Deux points d'écart, à l'avantage de l'examen.

12,6 au bulletin, 14,7 à l'épreuve

L'écart n'est pas un accident d'une année. La synthèse d'auto-évaluation de 2022 relevait déjà « un décalage d'1,5 point entre l'évaluation courante et les résultats aux examens » pour l'année 2018-2019. D'un document à l'autre, le lycée mesure le même écart, entre un point et demi et deux points.

Les épreuves elles-mêmes montrent ce dont ces élèves sont capables. Sur 656 notes d'épreuves de spécialité en 2023, 98 étaient des 19 ou des 20, soit une sur six, et le rapport précise que la majorité de ces très bonnes notes ont été obtenues en NSI, un tiers en mathématiques.

Un écart que le lycée revendique

Le rapport assume ce choix en une phrase : « des notes en cours d'année raisonnablement inférieures aux notes d'examen sont sans doute plus souhaitables pour les élèves que l'inverse ». Le rapport parle d'un « écart de deux points entre les bulletins et les épreuves ».

Pour les maths en particulier, Victor-Duruy n'est pas un cas isolé. Une étude de la DEPP publiée en avril 2025, sur la session 2023, montre qu'en maths la note de contrôle continu est inférieure à celle de l'épreuve terminale dans les trois quarts des établissements, et que plus un lycée obtient de bonnes notes à l'épreuve, plus il sous-note pendant l'année. L'étude ne nomme aucun lycée ; Duruy, lui, a chiffré son propre écart dans un document public.

Comment lire un 13 de spécialité au bulletin

Si l'écart moyen de 2023 s'appliquait à un élève particulier, un 13 de moyenne de spécialité au premier trimestre correspondrait à un niveau d'épreuve autour de 15. C'est une moyenne sur toute une promotion et sur toutes les spécialités, pas une règle individuelle, ni un chiffre propre aux maths. Devant un 12 de maths à Duruy en novembre, les copies en disent donc plus que la moyenne : le lycée la tient volontairement basse.

Le revers existe. Un dossier Parcoursup se construit sur les bulletins de première et de terminale, pas sur les épreuves de juin. Un élève de Duruy qui vise une prépa ou une école doit donc aller chercher des notes de bulletin solides dans un lycée qui note sous l'examen.

Des classes mêlées, sans classe de forts

Duruy compose ses classes pour qu'elles se ressemblent : selon la synthèse de 2022, aucune classe ne s'écarte de plus d'un point de la moyenne du niveau. Il n'y a donc pas de seconde « scientifique » où regrouper les meilleurs en maths. Le même document décrit la population du lycée : environ 20 % d'élèves « toujours félicités », 50 % de « bons élèves ».

Concrètement, un élève de niveau moyen se retrouve dans une classe où, d'après ce profil, un camarade sur cinq a les félicitations à chaque trimestre. La marche se ressent dès la seconde : un élève l'écrivait sur L'Étudiant en 2021, en conseillant de ne pas « rater la marche du lycée », surtout en venant « d'un collège moyen ».

Une fois cette marche franchie, le lycée garde ses élèves : selon sa synthèse de 2022, 96 % des élèves qui entrent en seconde à Duruy en sortent avec le bac.

La spécialité maths, de la première à la terminale

À Duruy, les maths sont choisies par une large majorité de premières, un peu moins que dans l'ensemble de Paris. L'abandon à la fin de la première se situe dans la moyenne parisienne. Le rapport 2022-2023 donne le détail de la promotion 2023 : 204 élèves en spécialité maths en première, 49 qui l'ont abandonnée en terminale (24,2 %), 155 qui l'ont gardée.

Spécialité maths en 1re (2025)Spécialité maths en Tle (2025)Maths + physique-chimie en TleGardent les maths, 1re 2024 → Tle 2025
Victor-Duruy71 %61 %34 %75 %
Paris, ensemble74 %57 %—76 %
France66 %44 %21,6 %66 %

Calcul à partir des effectifs de spécialités par lycée (rentrées 2024 et 2025, ministère de l'Éducation nationale). Les effectifs de moins de cinq élèves sont masqués, les pourcentages sont donc des minimums. Le 21,6 % national vient de la DEPP.

En terminale, le lycée propose maths expertes et maths complémentaires. Il donne la priorité, pour les maths complémentaires, aux élèves qui avaient la spécialité maths en première (rapport 2022-2023). Un élève qui lâche la spécialité garde donc une place pour continuer des maths, à condition de l'avoir suivie l'année d'avant. Les deux options sont comparées dans l'article maths expertes ou maths complémentaires.

Après le bac, la prépa scientifique se fait ailleurs

Duruy a des classes préparatoires, mais littéraires : hypokhâgne et khâgne. Pas de MPSI ni de PCSI dans les murs. Le rapport 2022-2023 indique où sont partis les bacheliers : sur 285 élèves qui ont accepté une proposition sur Parcoursup en 2023, 62 sont entrés en prépa, dont 35 en prépa d'ingénieurs. Henri-IV arrive en tête des prépas choisies. À l'université, Paris II-Assas (37 élèves) et Sorbonne Université (19) arrivent devant.

Un bachelier de Duruy sur huit part donc en prépa scientifique, sans avoir eu de prépa scientifique dans son propre lycée, à la différence d'un élève de Buffon, qui a MPSI et PCSI dans ses murs. Pour ceux-là, le travail au-delà du cours commence en première.

J'accompagne les élèves parisiens à distance, et pour un élève de Duruy je pars de ce décalage : l'objectif se fixe sur le bulletin, en sachant que le lycée y note, toutes spécialités confondues, environ deux points sous l'épreuve.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je pars des copies notées de l'élève pour voir où ses points s'en vont. Ensuite on fixe une note visée au bulletin, et pas seulement à l'épreuve.

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