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Suite géométrique : la formule du terme général, sa preuve et le piège des pourcentages

Une suite (uₙ) est géométrique s'il existe un réel q, appelé raison, tel que uₙ₊₁ = q × uₙ pour tout entier naturel n. Son terme général est alors uₙ = u₀ × qⁿ, et plus généralement uₙ = uₚ × qⁿ⁻ᵖ pour tous entiers n ≥ p. Une grandeur qui évolue chaque période au même taux t est une suite géométrique de raison q = 1 + t, et c'est dans ce passage du taux à la raison que se perdent le plus de points.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

uₙ = 80 × 0,8ⁿ : on multiplie toujours par 0,8 uₙ = 80 × 0,8ⁿ : on multiplie toujours par 0,8 Quantité de médicament (mg) au bout de n heures ; elle passe sous 10 mg à n = 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 10 20 30 40 50 60 70 80 90 0 seuil 10 mg u₀ = 80 u₁ = 64 u₂ = 51,2 u₁₀ ≈ 8,59 × 0,8 × 0,8 × 0,8 × 0,8 y = 80 × 0,8ˣ
Les termes de uₙ = 80 × 0,8ⁿ : chaque point s'obtient en multipliant le précédent par 0,8, et la suite passe sous 10 à n = 10.

Multiplier toujours par le même nombre q

La suite (uₙ), définie sur ℕ, est géométrique s'il existe un réel q tel que, pour tout entier naturel n, uₙ₊₁ = q × uₙ. Le réel q est la raison ; il ne dépend pas de n. Là où la suite arithmétique ajoute une constante, la suite géométrique multiplie.

Augmenter de t %, c'est multiplier par 1 + t/100 ; baisser de t %, multiplier par 1 − t/100. Un capital placé à 3 % d'intérêts composés est multiplié chaque année par 1,03 ; une quantité de médicament dont 20 % est éliminé chaque heure est multipliée par 0,8. La raison n'est jamais le taux lui-même : avec q = 0,03, un capital de 5 000 € vaudrait 150 € au bout d'un an, ce qu'un contrôle de vraisemblance attrape tout de suite.

Des évolutions successives ne s'additionnent pas. Deux hausses de 10 % font une hausse de 21 %, puisque 1,1² = 1,21. Trois baisses de 20 % laissent 0,8³ = 0,512 de la quantité de départ, soit une baisse de 48,8 %, pas de 60 %.

Pourquoi uₙ = u₀ × qⁿ

Le programme demande de savoir démontrer la formule du terme général. Écrire u₁ = q × u₀, u₂ = q² × u₀, u₃ = q³ × u₀ puis des points de suspension ne prouve rien ; la démonstration suivante se passe de la récurrence, qui n'arrive qu'en terminale.

Démonstration, dans le cas q ≠ 0. Pour tout entier naturel n, on pose vₙ = uₙ / qⁿ. Alors vₙ₊₁ = uₙ₊₁ / qⁿ⁺¹ = (q × uₙ) / (q × qⁿ) = uₙ / qⁿ = vₙ. La suite (vₙ) est donc constante, égale à son premier terme v₀ = u₀ / q⁰ = u₀. Ainsi, pour tout n, uₙ / qⁿ = u₀, c'est-à-dire uₙ = u₀ × qⁿ.

Cas q = 0. Tous les termes à partir de u₁ sont nuls, et la formule reste vraie avec la convention 0⁰ = 1.

Le même raisonnement, appliqué à partir du rang p, donne uₙ = uₚ × qⁿ⁻ᵖ pour tous entiers n ≥ p. Si la suite commence à u₁, son terme général est uₙ = u₁ × qⁿ⁻¹.

Démontrer qu'une suite est géométrique

On exprime uₙ₊₁ à partir de l'expression de l'énoncé, on le transforme jusqu'à faire apparaître q × uₙ avec q indépendant de n, puis on conclut en nommant la raison et le premier terme. Le quotient uₙ₊₁ / uₙ est une autre voie, à condition d'avoir justifié que uₙ ≠ 0 pour tout n.

Trouver deux fois le même nombre pour u₁ / u₀ et u₂ / u₁ ne démontre rien. En revanche, deux rapports différents suffisent pour montrer qu'une suite n'est pas géométrique.

Exemple 1 · Reconnaître la raison dans une formule explicite

Énoncé. Pour tout n ∈ ℕ, uₙ = 3 × 2ⁿ⁺¹. Montrer que (uₙ) est géométrique.

Rédaction. Pour tout n ∈ ℕ, uₙ₊₁ = 3 × 2ⁿ⁺² = 3 × 2ⁿ⁺¹ × 2 = 2 × uₙ. La suite (uₙ) est donc géométrique de raison q = 2. Son premier terme est u₀ = 3 × 2¹ = 6, et l'on peut écrire uₙ = 6 × 2ⁿ.

Exemple 2 · Une élimination à taux constant, et un seuil

Énoncé. On injecte 80 mg d'un médicament. Chaque heure, 20 % de la quantité présente est éliminée. On note uₙ la quantité restante, en mg, au bout de n heures. Exprimer uₙ en fonction de n, puis déterminer au bout de combien d'heures il reste moins de 10 mg.

Rédaction. Perdre 20 %, c'est multiplier par 1 − 0,20 = 0,8. Pour tout n ∈ ℕ, uₙ₊₁ = 0,8 × uₙ : la suite est géométrique de raison 0,8 et de premier terme u₀ = 80. Donc, pour tout n, uₙ = 80 × 0,8ⁿ.

On cherche le plus petit entier n tel que 80 × 0,8ⁿ < 10, soit 0,8ⁿ < 0,125. La calculatrice donne 0,8⁹ ≈ 0,134 et 0,8¹⁰ ≈ 0,107. Comme 0 < 0,8 < 1 et que u₀ > 0, la suite est strictement décroissante, donc tous les termes après u₁₀ restent sous 10. Il reste moins de 10 mg à partir de la dixième heure (u₉ ≈ 10,74 et u₁₀ ≈ 8,59).

Sans la phrase sur la décroissance, rien n'empêche la suite de repasser au-dessus de 10 plus tard.Le lien entre q et le sens de variation d'une suite a son propre article.

Exemple 3 · Retrouver q à partir de deux termes éloignés

Énoncé. (uₙ) est géométrique, u₃ = 24 et u₆ = −192. Déterminer la raison, u₀, puis u₁₀.

Rédaction. D'après la formule uₙ = uₚ × qⁿ⁻ᵖ, u₆ = u₃ × q³, donc q³ = −192 / 24 = −8. Le seul réel dont le cube vaut −8 est −2, donc q = −2. Ensuite u₃ = u₀ × q³, donc u₀ = 24 / (−8) = −3. Pour tout n, uₙ = −3 × (−2)ⁿ, et u₁₀ = −3 × 1 024 = −3 072.

Avec un écart pair, par exemple q² = 4, il y aurait eu deux raisons possibles, 2 et −2.

La figure : uₙ = 80 × 0,8ⁿ, point par point

La figure place les points de coordonnées (n ; uₙ) pour la suite de l'exemple 2, de n = 0 à n = 12. Elle se construit dans cet ordre : u₀, puis quatre multiplications par 0,8 qui donnent u₁ à u₄, puis les autres termes avec la courbe, la ligne des 10 mg et enfin u₁₀. Les flèches dorées marquent la multiplication par 0,8 d'un point au suivant. Les hauteurs ne diminuent pas de la même quantité à chaque pas : la première chute est de 16 mg, la quatrième d'environ 8 mg, les dernières de moins de 2 mg. La diminution est proportionnelle à ce qui reste. Le point rouge, u₁₀ ≈ 8,59, est le premier sous la ligne des 10 mg. Les termes sont posés sur la courbe en pointillés de x ↦ 80 × 0,8ˣ : le programme relie ainsi suites géométriques et fonction exponentielle, version continue de la même évolution.

Les erreurs sur les suites géométriques qui coûtent des points

Trois exercices corrigés sur les suites géométriques

Exercice 1 · Un terme, une formule, et un nombre qui n'est pas dans la suite

Énoncé. (uₙ) est géométrique de premier terme u₀ = 5 et de raison −3. Calculer u₄, exprimer uₙ en fonction de n, puis dire si 1 215 est un terme de la suite.

Correction. Pour tout n ∈ ℕ, uₙ = 5 × (−3)ⁿ. Donc u₄ = 5 × 81 = 405. Pour que uₙ = 1 215, il faudrait (−3)ⁿ = 243 = 3⁵. Or (−3)ⁿ est positif seulement pour n pair, et sa valeur absolue vaut 3ⁿ, qui égale 243 seulement pour n = 5, impair. Pour n = 5, (−3)⁵ = −243 et u₅ = −1 215. Aucun entier ne convient : 1 215 n'est pas un terme de la suite, alors que −1 215 en est un.

Exercice 2 · Géométrique ou pas, à démontrer dans les deux sens

Énoncé. Pour tout n ∈ ℕ, vₙ = 2²ⁿ⁺¹ / 5ⁿ et wₙ = n × 2ⁿ. Montrer que (vₙ) est géométrique et que (wₙ) ne l'est pas.

Correction. Pour tout n ∈ ℕ, vₙ₊₁ = 2²ⁿ⁺³ / 5ⁿ⁺¹ = (2²ⁿ⁺¹ × 4) / (5ⁿ × 5) = (4/5) × vₙ. La suite (vₙ) est géométrique de raison 4/5 et de premier terme v₀ = 2¹ / 5⁰ = 2.

Pour (wₙ) : w₀ = 0 et w₁ = 2. Si (wₙ) était géométrique de raison q, on aurait w₁ = q × w₀ = 0, ce qui est faux. Donc (wₙ) n'est pas géométrique. Le quotient w₂ / w₁ = 4 ne prouve rien ici ; c'est le premier terme nul qui donne le contre-exemple.

Exercice 3 · Une ville qui perd 1,5 % d'habitants par an

Énoncé. Une commune compte 12 000 habitants en 2026. On suppose que sa population diminue de 1,5 % par an. On note pₙ la population en 2026 + n. a) Exprimer pₙ en fonction de n. b) De quel pourcentage la population a-t-elle baissé en dix ans ? c) En quelle année passera-t-elle sous 10 000 habitants ?

Correction. a) Baisser de 1,5 %, c'est multiplier par 0,985. (pₙ) est géométrique de raison 0,985 et de premier terme p₀ = 12 000, donc pₙ = 12 000 × 0,985ⁿ.

b) p₁₀ / p₀ = 0,985¹⁰ ≈ 0,8597. La population a baissé d'environ 14,0 % en dix ans, et non de 15 % : les baisses successives portent sur une population de plus en plus petite.

c) Comme 0 < 0,985 < 1 et p₀ > 0, la suite est strictement décroissante. À la calculatrice, p₁₂ ≈ 10 010 et p₁₃ ≈ 9 859. Le plus petit n tel que pₙ < 10 000 est 13 ; la population passera sous 10 000 habitants en 2039, et y restera dans ce modèle.

Vue d'ensemble du chapitre : les suites numériques en première.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

Je prends les suites géométriques avant le cours du lycée, en partant des copies : raison prise pour le taux, « pour tout n » oublié. La démonstration se rédige comme dans les meilleurs lycées.

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