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L'exigence en maths dans les lycées parisiens : une année d'avance

Dans les lycées parisiens exigeants, un élève de seconde travaille en maths à un niveau qu'un lycée public moyen de province atteint l'année suivante. J'estime l'écart à une année. Ce n'est pas une mesure officielle, c'est ce que je constate en accompagnant des élèves des deux côtés, et les chiffres publics vont dans le même sens : spécialité maths plus suivie, mentions très bien presque deux fois plus fréquentes, et une notation plus dure que le bac.

Par Greg Mittelette, professeur de mathématiques depuis 2012

Paris et la France en maths, bac et spécialités 2025 Paris et la France en maths, bac et spécialités 2025 Barre sombre : Paris ; barre claire : France. Données du ministère, rentrée et session 2025. 56,7 % 44,4 % Spécialité maths en terminale 76 % 66 % Gardent les maths de 1re en Tle 23,2 % 13,6 % Mentions TB, voie générale
Paris face à la France en 2025 : spécialité maths en terminale, part des élèves qui gardent les maths entre la première et la terminale, mentions très bien en voie générale.

Ce que recouvre « une année d'avance »

L'avance ne porte pas sur le programme : il est le même à Paris, à Bordeaux ou à Clermont-Ferrand. Elle porte sur ce que le professeur considère comme acquis le jour de la rentrée, et donc sur le point où démarre son cours.

Les lycées parisiens l'écrivent eux-mêmes. Louis-le-Grand et Henri-IV ont publié un livret d'exercices pour les élèves qui entrent chez eux en seconde ; ses auteurs, une professeure de Louis-le-Grand et un professeur d'Henri-IV, préviennent que « le niveau d'ensemble des exercices proposés est assez élevé par rapport au programme de troisième ». Le lycée Montaigne donne à ses futurs élèves de seconde les mêmes premiers exercices, fractions et puissances. Au lycée Fénelon, le cahier de révision pour l'entrée en première spécialité annonce : « Aucun rappel sur les techniques opératoires ou sur les nombres ne sera fait en classe de première. »

Cette dernière phrase résume l'écart. Dans beaucoup de lycées, les premières semaines de première reprennent le calcul littéral, les fractions et les puissances avant d'attaquer le second degré. À Fénelon, le second degré commence le premier jour, et l'élève qui bute encore sur (a − b)² perd pied dès le premier devoir. C'est là que je place l'année : un élève parisien de seconde travaille le calcul au niveau qu'on demande ailleurs en première, et sa première avance au rythme d'une classe qui n'a plus rien à revoir.

Les chiffres publics qui vont dans ce sens

Aucune statistique ne mesure directement le niveau en maths d'un lycée. Trois indicateurs du ministère, recalculés pour Paris et pour la France, en donnent pourtant la trace.

ParisFrance
Élèves de terminale générale en spécialité maths (rentrée 2025)56,7 %44,4 %
Élèves de première générale en spécialité maths (rentrée 2025)74,0 %65,7 %
Élèves qui gardent les maths entre la première 2024 et la terminale 202576 %66 %
Mentions très bien en voie générale (session 2025)23,2 %13,6 %

La part des terminales en spécialité maths était de 42,0 % dans l'académie de Bordeaux et de 48,5 % dans celle de Lyon à la même rentrée. L'écart avec Paris s'est creusé depuis 2020 : +6,6 points à Paris, +3,8 points en France.

Au sommet, l'écart devient un changement d'échelle. À Louis-le-Grand, 96 % des élèves de première suivent la spécialité maths, et 65 % des terminales font maths et physique-chimie ensemble, contre 21,6 % en France. En 2025, Paris comptait 4,1 % des candidats au bac général et obtenait 6,8 % des mentions très bien et 7,2 % des félicitations du jury.

La figure montre trois de ces écarts, un par étape : la spécialité maths en terminale, la part des élèves qui la gardent après la première, puis les mentions très bien. Dans chaque paire, la barre sombre est Paris, la barre claire la France.

Des notes plus basses que le niveau réel

Le second effet de l'exigence parisienne se lit sur le bulletin. En avril 2025, la direction des études du ministère a comparé, lycée par lycée, la moyenne de contrôle continu et la note aux épreuves du bac. En maths, la note de l'année est inférieure à celle de l'examen dans les trois quarts des établissements, et l'écart grandit avec le niveau du lycée : pour une moyenne de 15 à l'épreuve, il va en général de 0 à 4 points. Les lycées privés sous contrat et les lycées qui accueillent une population favorisée sous-notent davantage.

L'étude ne cite ni Paris ni aucun lycée. Mais Paris concentre ces deux profils, et certains établissements l'assument par écrit. Le lycée Victor-Duruy relève, dans son rapport 2022-2023, une moyenne de 12,6 au premier trimestre en spécialités, toutes disciplines confondues, contre 14,7 aux épreuves, et juge cet écart « de deux points » préférable à l'inverse. Stanislas prévient ses futurs élèves de première que s'ajoutent aux cours « 2 à 4 heures de devoirs surveillés » par semaine.

Pour une famille, la conséquence est directe : un 11 en maths dans un grand lycée parisien ne dit pas la même chose qu'un 11 dans un lycée qui note au niveau du bac. Il faut lire la note avec la moyenne de la classe et le rang, et regarder les copies plutôt que la moyenne.

Arriver de province dans un lycée parisien

C'est la situation où l'année d'avance se paie. Un élève qui avait de très bonnes notes en maths dans son lycée de province peut perdre plusieurs points au premier trimestre parisien sans avoir perdu son niveau : il découvre une classe qui calcule plus vite que lui, des devoirs pensés pour ce rythme et une notation plus dure que le bac.

C'est d'abord le calcul que visent les lycées eux-mêmes : leurs cahiers d'été portent sur les fractions, les puissances et le calcul littéral, pas sur des notions nouvelles. Les lycées publient d'ailleurs de quoi le combler : le livret de Louis-le-Grand et d'Henri-IV et le cahier d'été de Montaigne pour l'entrée en seconde, le cahier de Fénelon pour l'entrée en première. Un élève qui les fait en entier pendant l'été, en rédigeant chaque réponse, arrive à la rentrée avec le niveau que la classe tient pour acquis. Les points qui reviennent dans ces cahiers ont chacun leur page ici : le calcul littéral, les identités remarquables, puis, pour l'entrée en première, la forme canonique et le second degré.

L'autre écart est la rédaction. Le cahier de Fénelon la dit « indispensable » dès l'entrée en première. Un élève habitué à donner un résultat juste sans phrase de justification perd des points à Paris sur des exercices qu'il a pourtant réussis.

Ce que l'avance ne garantit pas

Une classe qui va plus vite laisse aussi plus vite les élèves derrière elle. Les grands lycées publics parisiens gardent presque tous leurs élèves jusqu'au bac (98 % d'accès de la seconde au bac à Louis-le-Grand et à Carnot en 2025, 96 % à Fénelon), mais ceux qui décrochent en maths en seconde ne rattrapent pas seuls une classe qui n'attend personne. Le moment où l'écart se creuse est connu : le premier trimestre de seconde pour le calcul, le premier trimestre de première pour le second degré et la dérivation. C'est là qu'il faut regarder les copies, pas en fin d'année.

Greg Mittelette

Greg Mittelette

J'accompagne les élèves parisiens en prenant les chapitres avant la classe, au rythme de leur lycée. À un élève qui arrive de province, je fais d'abord rédiger le calcul au niveau que sa nouvelle classe tient pour acquis.

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